Madame Modiano

Mme Hélène Modiano est née le 3 août 1939 chez sa grand-mère maternelle au  6ème étage du 1 rue Dupuis.
Histoire de famille mouvementée. Sa famille a fait des allers-retours entre l’Europe de l’Est, le quartier du haut Marais et la zone libre notamment. Le père de Madame Modiano était confectionneur et vendait des manteaux au Carreau. Elle se souvient que c’était très difficile de vendre au Carreau.
Avant la guerre, il y avait surtout des fripes et puis après, de plus en plus de choses neuves.
Dans les années 50, quand elle était petite, le quartier du Carreau était un quartier très pauvre, populaire, avec beaucoup d’émigrés venant d’Europe de l’Est. Madame Modiano nous dit qu’il y avait toutes sortes de personnages au Carreau.
A l’endroit où il y a maintenant le théâtre à l’intérieur du Carreau, on y vendait de l’alimentation : charcuterie polonaise, petits gâteaux polonais.
Il y avait aussi la voiture des 4 saisons, et puis la dame aux bouclettes, qui vendait les meilleures cerises de Paris.
Vers les années 70, petit à petit, une des spécialités du Carreau est devenue le cuir. On venait de loin, de banlieue, parfois de province pour acheter du cuir au Carreau. Toujours dans les années 70, un homme politique a voulu faire des travaux pour créer un parking et une piscine. Comme cela, ils pourraient plonger directement depuis leur appartement disait son mari. Mais le quartier n’a pas voulu.

Cliente occasionnelle, Madame Modiano allait au Carreau
pour les chaussures de Daniel Durville, de toutes les couleurs et qu’on trouvait seulement là, et notamment les vert bronze,
pour un manteau de cuir quatre fois moins cher qu’ailleurs
pour une veste offerte à sa fille pour ses 18 ans
pour un sac qui valait 120 francs, négocié 110, qui en valait 100 sur les Champs

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zigzag

En porte à porte aujourd’hui, ça a été. Sauf que les cages d’escalier parisiennes sont bien étroites et qu’il manque souvent de recul pour les portraits sur le pas de la porte. Elles sont amusantes ces cages d’escalier qui racontent l’histoire : des étages riches, où elles sont larges, puis de plus en plus étroites, jusqu’aux combles, où elles se transforment en longs couloirs zigzagant sans logique architecturale, mais répondant au découpage en coup par coup, au fil des fluctuations de l’immobilier parisien.
On a eu le plaisir de rencontrer des gens charmants, comme cette dame belge qui nous a montré du chocolat comme objet culturel et qui nous en a offert un morceau (délicieux).
Ou bien une étudiante mexicaine qui nous montré les typiques caramels au lait de chèvre mexicains et nous en a laissé aussi, en dégustation.
Rapide grand écart autour du monde culinaire.
On a vu un vitrier qui nous a montré comment poser une vitre.
Et une joaillière qui nous a montré sa petite loupe, héritée de son père, emblème du quartier et de sa vie à elle, toute consacrée au bijou.
On retourne demain de porte en porte pour de nouveaux portraits et de nouveaux objets. .

Danse, Roller et politique

On passe voir devant la mairie en début d’après-midi. La rue Spuller devient le terrain d’activité des enfants du quartier, encadrés par l’ Office du Mouvement des Sports du 3ème. Danse et Roller. Avec Charlotte et Alain, et Françoise.
L’activité est en extérieur, par choix, dans la rue, ouverte à tous, sans inscription. Un camion amène du matériel, un parcours de roller est installé, et puis un dance floor de bitume.
Rester ouvert tout en cadrant. Ce n’est pas un jeu, dit-elle. Les enfants viennent faire une activité sportive tout aussi sérieusement que s’ils l’avaient faite dans une salle, mais ici, même quand on est étranger, riche ou pauvre, avec ou sans papier, on peut venir. On ne doit se justifier de rien. C’est politique dit Françoise. On s’assume comme tel. Faire faire du sport à des gamins peut devenir un acte politique. Revendiquer l’espace public. Revendiquer la gratuité. Et faire de l’éducation, sur les saines bases de l’éducation populaire.

100 ans

On a rencontré Andrée et Fatou parce qu’elle se penchaient sur les portes vitrées du carreau pour voir à l’intérieur. On avait des tracts à la main et on en a profité pour les inviter au spectacle dimanche soir.
Fatou s’occupe d’Andrée. Andrée aura 100 ans en 2015. Elles sont toutes les deux belles et complices. Andrée nous a parlé de sa vie dans le quartier. il y a presque 100 ans. Elle fait la litanie des rues où elle a vécu, et parle des tailleurs, des marchands du carreau, des ouvriers en confection.
On aurait été heureux qu’elles viennent dimanche, mais Andrée est trop âgée pour se déplacer seule, et Fatou ne travaille pas le dimanche : elle s’occupe de ses six enfants. D’ailleurs, elle viendra peut être avec certains d’entre eux.

haut marais

Répu, rue du temple, 2ème sur la gauche en descendant, rue du petit Thouars. Quelques cafés et brasseries, puis, en face, Duperré, École supérieure des métiers du design, de la mode et de la création. Rue Spuller vers le square du temple, pause de midi, à la fois noir de monde et calme. Un monsieur nous a raconté qu’a chaque fois qu’il passe devant ce square, lui revient en mémoire la pancarte « interdit aux juifs et aux chiens ».
Rue Réaumur, rue au Maire. Les magasins chinois et le skate board depuis les années 70. La petite école de la rue des vertus, centre de loisir, parce que c’est les vacances. Rue de Bretagne, les Enfants Rouges. Joli marché trop cher, entend-on. Rue Charlot. Les deux écoles de la rue Béranger. Primaire collège aujourd’hui, filles et garçons autrefois.

Valse et Jazz, la charnière

Ce matin on a dansé avec des gens de l’équipe du carreau du temple et de l’Orchestre National de Jazz. On partage la scène, samedi soir, avec l’ONJ, alors on voulait se rencontrer un peu avant. on a proposé une valse, dans l’immense halle vide, qui commence à se remplir doucement. L’équipe technique commence à installer les projecteurs. Il y a la fin du marteau piqueur, les derniers petits morceaux de chantiers, et le tout début des installations de spectacle. Une valse pour le moment charnière.