médiathèquinventaire à la Prévert

une bibliothécaire

deux citations

un bébé

3 romans

des oeufs mimosa

et un cochon d’Inde

1 lecteur 

2 dvd

1 pêcheur briéron

3 recherches google

1 conte de fée

et un cochon d’Inde

1 phrase par coeur

des yeux bleus

3 adolescents

un bon polar

NTM

et un cochon d’Inde

2 casques

1 autre bibliothécaire

1 gratin de choux fleur

4 bd

une maman

et un cochon d’Inde

 

Délirer, c’est désirer le monde

Lundi rendez vous 9h à l’ Espace Civique. Journée consacrée aux écoles. Toute une journée au collège, à l’école primaire et à la crèche. Magnifique temps de valse à la fin de la cantine avec tout le personnel de la cantine. Temps suspendu et franchement super agréable. Sophia a dansé dans la cour de récréation dans sa magnifique robe rouge. Un énorme cercle d’élèves s’est créé autour de Sophia. Jusqu’à la sonnerie. Jérémie a filmé du premier étage, d’une salle de classe qu’on a mise à notre disposition pour la journée. Martine, Frédérique et Marie ont travaillé avec une classe de troisième autour d’Antigone. Improvisations sur le personnage de la rebelle. On pourrait dire qu’Antigone est arrivée à la Chesnaie cette année et qu’elle est en troisième au collège. Qui la connaît ? Comment est-elle ? Que fait-elle ? Que dit-elle ? Vous en êtes vous fait une amie ? Êtes-vous Antigone ? Est-ce qu’elle parle aux autres ou est ce qu’elle reste seule toute la journée ? Deux heures de tournage et d’invention des élèves pour le film à faire, une séquence de quelques minutes pour le film spectacle du Portrait de La Chesnaie. Maggie, Guy, Didier et Sophia, bientôt rejoints par Angèle ont couru les couloirs de ce grand collège pour demander aux salariés de l’établissement de bien vouloir nous dire des citations qu’on leur a proposées. Certains sont plus timides, osent moins, tandis que d’autres se lancent sans hésiter. Faut dire qu’on a un choix de citations très conséquents, dix huit pages de citations, de Flaubert à René Char et Marguerite Duras en passant par Prévert, Annie Ernaux,  Benjamin Péret et tant d’autres… (Henri Michaux, Louise Michel, Jean-Luc Godard, Simone Weil, Wittgenstien, Pierre Bourdieu, Nietszche, Brecht, Gramsci,  Simone de Beauvoir) !

Un dimanche en bord de mer, à St Nazaire.

Rendez vous à 10h, à l’ Espace Civique. Dimanche à La Chesnaie, monter et descendre tous les escaliers de tous les immeubles du quartier et sonner aux portes. Demander aux gens de bien vouloir répondre au portrait chinois. Si le quartier et une recette de cuisine ? Si le quartier est une chanson, une musique, un groupe de musique, un musicien ? Récolter des dizaines de réponses. Deux groupes de deux sur les portraits et un groupe de deux pour les vidéos en pas de porte, filmées par Jérémie.

Parfois on se trompe et on retourne deux fois dans le même immeuble. C’est dimanche, on voit beaucoup de gens en peignoir. Dans l’après midi à l’heure de la sieste, les gens ont des petits yeux. On rencontre des gens de partout, venus habiter à St Nazaire. Du Kosowo, de Russie, du Maghreb, de Nantes, des gens du nord de la France, du Sénégal… Parfois on fait un peu peur, avec nos tracts et notre caméra. Des portes s’entr’ouvrent et se referment ici et là on nous invite à boire un café et manger de crèpes. Avec un groupe de jeune sénégalais, on rit beaucoup. On doit s’y reprendre à plusieurs fois avant de filmer parce qu’à chaque début de prise, tout le monde éclate de rire.Les gens nous promettent de venir samedi au théâtre voir le résultat final à 16h et 19h30. On ne force rien. On sent bien quand les gens n’ont vraiment pas envie qu’on les filme. Qu’importe, ce qui compte c’est la rencontre. On raconte à chaque fois en détail ce qu’on fait et on discute. On peut rester longtemps sur un palier d’immeuble à échanger.

Le soir, on a mal dans les jambes d’avoir couru toute la journée dans les escaliers de La Chesnaie. Dimanche soir, on se retrouve au Relais d’Alsace. On est bien connu, on y est venu tout le week end. Matin et soir.

Sonia et Shefidin (2)

Sonia et Shefidin Hamiti  se plaisent beaucoup à la Chesnaie, ils y trouvent un cadre agréable pour élever leur fils de 11 ans. Sonia raconte » C’est un super quartier, il s’y passe des choses formidables humainement et culturellement. Avec la maison de quartier, il y a des spectacles, des sorties, le conservatoire vient aussi. Dans la cité c’est soit Johnny, soit du rap, mais des fois on y entend du violon. On vit des trucs magiques, je me souviens du père noël sur un cheval blanc qui se promenait au milieu des HLM! On serait en centre ville, on aurait notre petite vie tranquille mais on n’aurait pas tout ça. Oui, bien sûr, il y a des drames, comme la fusillade en juin. j’ai entendu des gens qui ne voulaient plus mettre leurs enfants dans les parcs. Mais ce n’est arrivé qu’une fois, le vie continue, il faut continuer! »

Il pensent tout de même partir au Kosovo d’ici quelques années. Shefidin explique: » Déjà, parce qu’il n’y a finalement pas de travail ici, et puis je suis un peu fatigué des réflexions gratuites, du rejet qui existe ici vis à vis des étrangers. Franchement c’est dommage parce que j’adore la France, mais c’est fatiguant de se sentir toujours jugé, rabaissé. Je m’exprime bien, mais j’ai du mal à écrire et ça me bloque dans les choix de carrière. Sonia aussi envie de venir. Certaines choses vont être dures quand même, comme l’accès au soin par exemple, la sécurité sociale, ça n’existe pas du tout au Kosovo. C’est drôle mais j’ai toujours habité tout près d’un hôpital en France et ça tombe bien parce que je suis hypocondriaque! Même ici, je me suis installé et il n’y en avait pas, et bien ils en ont construit un! »

Sonia et Shefidin

 On a passé un long moment avec Sonia et Shefidin Hamiti. Ils n’habitent pas à la Chesnaie depuis très longtemps mais sont déjà très actifs à la maison de quartier. « Pour l’instant,on est tout deux au chômage, mais partout où l’on est passé on a fait du bénévolat: le bénévolat, c’est croiser des têtes différentes chaque jour, c’est se dire que même sans travailler, tu existes. Je ne travaille pas, mais je suis utile. Et puis on est seuls ici, sans famille, sans amis, ça permet de tisser des liens. Quand on débarque dans un quartier parfois on se replie dans le communautaire, mais je viens du nord de la France et Shefidin du Kosovo, on ne peut même pas faire dans le communautaire, ça ne voudrait rien dire! » nous dit Sonia dans un éclat de rire.

On parle longuement d’emploi avec Sonia et Shefidin, du manque d’emploi surtout.  » On est venus sur la région parce qu’on nous a dit qu’il y avait du travail mais en fait non, après, à Saint-Nazaire j’ai un peu l’impression que quand les chantiers s’enrhument, c’est la ville qui éternue! On se dit qu’on est poissards, que quand on arrive le travail s’en va! » dit Sonia dans un sourire, « J’ai fait des dizaines de métiers dans ma vie, mais je n’ai jamais été payée plus que le smic! »

Shefidin enchérit: « moi, j’étais dans la mécanique auto mais j’avais trop de problème de dos. J’ai fait des formations pour me reconvertir. Tu sais ce qu’ils t’apprennent là-bas? par exemple, à bien te tenir face à un patron, tu ne dois pas croiser les bras sur la table, tu envahi son espace! avant je ne me posais pas de questions face à un patron, maintenant je sais plus comment me tenir! J’ai voulu me reconvertir dans la conduite d’engins de chantiers, pensant qu’il y avait du travail, on m’a dit tu dois passer des permis, j’en ai passé trois. Maintenant on me dit que je n’ai pas d’expérience! Dans certaines boîtes on me demande bac +5…pour conduire des engins de chantiers! »