Pyramides

Sophia est intervenue à l’école Andrée Chedid en début d’après-midi. Pour avoir assez de place, on est allé dans la salle des chaussettes.  On a donc enlevé nos chaussures et l’atelier a démarré. D’abord l’échauffement, tous en cercle, on commence par des mouvements circulaires des pieds:
–  » ça fait mal! »
–  » Mais non ça fait pas mal, arrête de mentir! »
On continue, le bassin, les bras, la tête…Sophia explique: « Je viens vous voir aujourd’hui et je reviendrai mercredi, on fera dans la cour ce qu’on va faire ici tout de suite…Mais c’est une surprise, il ne faut pas que les autres classes le sachent. Est-ce que vous êtes d’accord? Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Est-ce que vous êtes concentrés? Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiii! Alors on y va. »
Tous en cercle, les enfants doivent reproduire les mouvements de Sophia,bras en l’air, au sol, en se regroupant vite vite, parfois on se cogne un peu:
– » Hey mais arrêtez, ça va finir en vacarme! »
Mais ça ne finit pas en vacarme…ça se passe en douceur, après on suit un élève qui prend la place de Sophia et initie les mouvements. Pour finir l’atelier, Sophia propose de faire des pyramides:
– » Ah ouais on a en a déjà fait! »
– » Si vous connaissez c’est super, on va faire à trois d’abord, puis à six, mais là attention, on reste bien silencieux, il faut qu’on puisse entendre si quelqu’un en dessous a mal, mais on dit stop que si on a  vraiment mal! »
– » Par exemple, j’ai cassé mon dos! »
Personne ne s’est cassé le dos, et tout le monde sera prêt pour le happening dansé dans la cour mercredi, mais chut, c’est une surprise.

Extraits intervention R. Renucci, Bis de Nantes (fev 2014)

…Il nous faut retrouver, dans chaque situation,
Les justes conditions d’un partage symbolique.
Pour offrir à chacune, à chacun – au public –
La possibilité d’exprimer sa culture,
D’échanger avec nous la parole, l’écriture.

Faire avec, faire ensemble, est un choix nécessaire.
Réinventons une Éducation populaire !
Créons non pas «!pour!» eux, mais «avec» les publics,
Ces «experts de la vie», aurait dit Jack Ralite,
Qui demeurent invisibles et contraints à se taire.
Et que chacun puisse, enfin, devenir l’auteur
De sa vie, s’extirper du modèle binaire,
Usé, du producteur face au consommateur.

Ce que Bernard Stiegler a souvent dénoncé,
Cette «misère symbolique» qu’il a su nommer,
Il nous faut la combattre avec lucidité.
Redonner à chacun toute sa dignité,
Ne pas voir en l’humain un simple récepteur,
Mais le considérer comme un «destinateur»…

Notre projet consiste à retisser du lien
Entre des territoires, des gens, au quotidien.
Nous avons donc opté pour une triple attitude :
La création, d’abord, est notre certitude ;
La diffusion…

…Mais, surtout, «l’infusion», afin de faire germer
Des créations qu’ensemble on peut faire émerger.

Comment une œuvre d’art, une représentation,
Vient-elle vraiment s’inscrire dans une population ?
Quelles traces laisse-t-elle ? Dans quelles conditions
Peut-elle participer à une élévation ?
Quelles sont les pratiques que nous pouvons offrir
Qui permettent à chacun d’exprimer son désir ?…

Tout va bien

Sophia, Angèle et Didier ont rencontré Diane, l’adjointe au principal du collège pour une rencontre filmée tandis que Guy et Maggie ont rejoint la salle de classe pour un jour baptisée salle Hvdz. Au repas, à la cantine, on s’est tous retrouvé pour faire un point. Penser nos actions passées et préparer nos actions de l’après midi : Godot au collège avec Didier et Frédérique et Jérémie pour les pas de couloir. Sophia et Maggie à l’école primaire Andrée Chédid. Guy et Marie au Q.G, pour le blog. Martine au Q.G, pour les montages qui lui parviennent en nombre. Sophia est revenue au Q.G vers 16h pour changer de costume, mettre sa grande robe rouge et danser à la crèche, pour les trois sections. Didier et Marie ont fait un interview de Miloud à l’espace civique. Frédérique est rentrée plus tôt de la crèche pour écrire un article sur le blog.

Plein de gens sont passés au Q.G cet après midi. Une dame veut qu’on enlève sa vidéo de pas de porte. Un homme s’inquiète de ce qu’il a raconté pendant son entretien filmé. Martine lui conseille de repasser mercredi lorsqu’elle aura monté la séquence de l’entretien. Karine de la Tréballe nous a demandé à quel moment on intervient à la Bouletterie. Des personnes sont passées nous demander des places. Il n’y a plus de place, nous dit on, mais c’est impossible puisque nous jouerons dans la grande salle du théâtre ! Et il est hors de question qu’on refuse des gens !

Le portrait par Sophia

Toute toute première fois…
Des questions avant d’arriver… plein la tête…
Comment ça va se passer ? qui je vais bien pouvoir rencontrer ? croiser ? et comment ça marche ?
Et puis en fait, quand on arrive c’est simple, faut être disponible et aller vers les gens, simplement.
Revenir à la base, aller dire bonjour aux gens qu’on croise et puis parfois se laisser aller à danser ici ou là le plus simplement, le plus naturellement du monde.
Merci HVDZ, revenir à l’essentiel, pour le quartier, pour les gens, et puis pour nous aussi.
Ca fait du bien…
Discuter avec Fernand, au tir à l’arc, qui va me dire qu’il a eu une « vie un peu crochue » et je trouve ça beau moi d’avoir une « vie crochue », se faire embarquer à la danse africaine, un tourbillon de joie.
Un tourbillon qui donne le courage d’y aller à son tour, accepter l’invitation et s’essayer à cette danse devant eux tous pour finir dans les bras de ces femmes.
Je me suis retrouvée, l’espace d’un moment, comme petite, au Maroc dans ces bras, pleins d’enfants et où on se sent tellement bien.
Quel bonheur. Merci Paulette, merci à tous.
Et puis j’ai accompagné Jérémie filmer ces « pas de porte », simplement toujours… Sonner, demander un moment aux gens ce dimanche matin et puis simplement entendre que non « ils ne sont pas intéressés » ou « ben oui pourquoi pas, faut que je mette mes chaussures ? »
Puis partager ces quelques secondes suspendues, 30 secondes sans paroles, juste eux là, devant une caméra et nous, simplement.
2 jours déjà et plein d’images, de paroles, de danses au milieu de chantiers, ou autres couloirs d’immeubles, de sensations intimes, de croisements incongrus…
Dire que c’est que le début !