C’est bien dommage qu’avec Robin Renuci et les Tréteaux de France, on ne soit pas allé au delà des trois années de partenariat. On a travaillé pendant trois ans sur le conflit des Redoutables à Roubaix. On a d’abord fait tout un travail de rencontres et de réflexions avec les ouvrières de La Redoute. On a présenté un film spectacle avec les salariés de l’usine à la Condition Publique, au haut-lieu de spectacle de la ville de Roubaix. Puis on a écrit un texte à partir de nos discussions avec les ouvrières qu’elles ont joué à la Boîte à musique de Wattrelos et à Avion, l’année dernière. On s’est tous et toutes donné sans compter. Mais on n’est pas allé pus loin. Trop coûteux et trop logistiquement compliqué. Les interprètes du spectacle étant, pour une grande part, après avoir été licenciés, en formation, ou travaillant ailleurs, ou en charge d’âme (ayant la garde d’enfants et de petits enfants). Ce fut une très belle aventure. On aurait beaucoup aimé qu’elle perdure. On était bien, là.
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La douche froide
Les espèces animales disparaissent comme jamais dans toute l’histoire de la vie sur terre. La menace est aussi (ou à peu près) urgente que dans le film Melancholia de Lars van Triers. A cette différence près qu’il ne s’agit pas d’une autre planète qui vient s’écraser sur la terre et la détruire. C’est la biodiversité sur terre qui est en jeu. Les scientifiques appellent cela la sixième extinction. La précédente a été celle des dinosaures (les uniques descendant des dinosaures, vivants aujourd’hui sur la terre, sont les oiseaux). Alors que les espèces ont disparu, à chaque extinction, en l’espace de quelques millions d’années, de nos jours, elles diminuent à une vitesse extraordinaire de quelques dizaines d’années. Pour beaucoup d’ imminents écologues comme Marie Décima ou Benoît Fontaine, la situation est quasi irréversible (Y a de quoi se taper une grosse déprime). La vie ne disparaîtra pas, des animaux résisteront aux effets toxiques, climatiques, radioactifs, comme c’est le cas autour de Tchernobyl, là où un être humain ne peut survivre plus que quelques minutes. Comment on en est arrivé là ? (Ceux qui croit en un quelconque Dieu aurait dû sincèrement nous prévenir) Il fallait pas toucher à l’arbre de la connaissance, fallait pas chercher à tout comprendre. Ou autrement sans doute, sans cette idée folle de vouloir tant et plus, sans qu’on ait besoin de tous ces produits manufacturés pour vivre. La société du spectacle selon Debord, c’est la marchandise qui se regarde dans la glace, pour mieux se vendre et pour qui seule la marchandise compte. C’est chaud !
roulez doucement entre les deux caps, une pure merveille
Quand on était gamin, l’amicale laïque emmenait toute la cité en bus (six à sept bus partaient dès l’aube) à la plage à Berck sur Mer ou Merlimont et on rentrait le soir. Une journée de bonheur. On dit qu’il faut recouvrir les mauvais souvenirs avec les petits bonheurs. Ces voyages annuels d’une journée à la mer sont restés gravés dans ma mémoire pour toujours. A l’heure d’aujourd’hui, on y va pour ainsi dire plus jamais. Pourtant les plages du nord sont grandes, à perte de vue à marée basse et d’une divine beauté dans la lumière du jour qui se lève. On a troqué l’immensité indéfinie de la mer du Nord et de la Manche pour la piscine de Liévin (histoire de garder un contact avec l’eau, tout de même). On a ici déjà beaucoup vanter les mérites de la piscine de Liévin mais bien entendu, il faut raison garder : rien à voir avec la beauté extatique de la côte d’Opale.
Qu’est ce qui s’est passé ? – la crainte de ne pas retrouver la puissance du souvenir d’enfance ? Où autre chose ? A la piscine on est toujours obligé de faire demi-tour (à moins de se noyer sur une longueur) ! C’est ça qui est rassurant ! Pas de risque de s’égarer au milieu des courants et de partir au large.
H. Michaux chantait : Emportez-moi dans une caravelle,/Dans une vieille et douce caravelle,/Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,/Et perdez-moi, au loin, au loin./Dans l’attelage d’un autre âge./Dans le velours trompeur de la neige./Dans l’haleine de quelques chiens réunis./Dans la troupe exténuée des feuilles mortes./Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,/Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,/Sur les tapis des paumes et leur sourire,/Dans les corridors des os longs et des articulations./Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
J’aurais jamais cru
C’est la 22 ème année d’ Hvdz. Tous les ans des spectacles, des formations, des stages, des ateliers de coconstruction avec les gens. C’est tellement long, qu’on ne se souvient évidemment pas de tout.
Notre base de travail a toujours été la même. Il n’y a plus aucune raison raisonnable que ça change. Liés à Culture Commune pour des siècles et des siècles. Notre atterrissage à Culture Commune a tout changé. L’existence de la compagnie sur ce lieu a déterminé son essence.
Et ça continue.
Rien n’aurait été fait par Hvdz sans la révélation bourdieusienne que fut notre collaboration avec C.C. Révélation personnelle et incidence déterminante dans nos choix de réflexions artistiques et de créations avec les populations. On ne sait rien ou si peu et c’est de ces dialogues avec les personnes des cités populaires en priorité qu’on va apprendre et reconstruire. On se fait la courte échelle pour s’élever. Tout seul, on n’y serait jamais arrivé. Et de toute manière, c’est comme ça que ça se fait. L’égoïsme profond et l’individualisme consumériste qui constituent la réalité de nos vies sont contraires au sens même de la vie, du bien être et du sens commun.
Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. J. Jaurès
Bruxelles, ma Belle
…
A la ducasse d’ Auchel (62), j’allais tirer à la carabine comme le gamin dans la chanson de Diane Dufresne, au Parc Belmont à Montréal (Qc), quand il est guéri.
Ça chauffe
C’est une vraie victoire. On a quasiment terminé la lecture de la République de Platon. On en est au livre VII, le plus intéressant, paraît-il ? Quoiqu’il en soit, se taper Platon, la République, en pleine canicule, quand on n’est pas philosophe, est un défi olympique. Ne pas se réjouir trop vite, on n’en a pas fini, il nous faut avaler encore trois livres ou quatre. On dira trois. C’est du costaud. Socrate parle tout le temps. Certes, c’est construit comme une pièce de théâtre, en dialogues mais les autres personnages disent très peu de choses. La République est l’oeuvre la plus problématique de Platon. Elle est parfois à l’opposé de tout ce qu’il a écrit par ailleurs (c’est ce qu’en disent les spécialistes, et ça ne nous avait pas non plus complètement échappé). Socrate discutent avec ses partenaires d’une cité idéale. Plus on avance dans l’oeuvre, plus la cité en question prend les allures d’une dictature dont les dirigeants et dirigeantes seraient des philosophes, qu’on éduquerait et sélectionnerait dès l’enfance pour leurs qualités d’éducation et d’apprentissage (de la philosophie). Il s’agirait donc de mettre au pouvoir des tyrans philosophes auxquels obéiraient l’armée et les productifs. Chacun à sa place et les moutons sont bien gardés. Celui ou celle qui se hasarderaient à vouloir changer de corps de métier ou de classe serait empêché.e.s de tous les manières possibles. On ne nous avait pas prévenu. On savait bien qu’il existait un hiatus avec la République de Platon. Mais là, quand même, c’est exagéré, comme disait Raymond Barre à propos de Céline.
where is my mind ?
Un mobil home pas loin de la mer. Pas à côté non plus, à une quinzaine de kilomètres. Dans le boulonnais. Ou dans les Flandres. Un truc assez loin de tout quand même. Du coup, ce sera mieux dans le boulonnais. Ça n’empêche pas de faire du théâtre. Yves Brulois s’est installé à Marquise les Boulogne, depuis presque vingt ans et il fait toujours du théâtre. Partout, dans les écoles, les salles des fêtes, les granges, les cafés, les théâtres. Comme on fait les Veillées. Enfin, l’idée n’est pas celle là, théâtre ou pas, c’est égal ; on voudrait faire comme Henri David Thoreau dans Walden (s’éloigner du commerce des hommes) ou s’égarer comme dans le film into the Wild de Sean Pane. Eviter tout de même les baies sauvages quand on n’y connaît rien. Aller de préférence chez U ou ce qu’il y a de ce côté-là. Et puis il n’est pas question d’aller en Alaska. Juste du côté de Boulogne ou de Dunkerque. C’est un Henri David Thoreau étrange qu’on a dans la tête. Aurait il accepté d’être dans un mobil home puisqu’il avait construit lui même sa baraque au milieu des bois ? Tout est dan son livre magnifique (mais assez dur à lire), Walden. Ou alors comme dans Littel Big Man, monter en haut d’une montagne, d’un terril (du côté de Thérouanne), s’allonger et attendre. Redescendre si rien n’arrive. Mais alors attendre des journées complètes. Et retourner au mobil home, et en passant acheter quelques noisettes chez U. En imaginant peut-être une prochaine veillée-création-théâtre-danse-cirque-engagement-solo-duo-trio-no border-à six-wulverdingue-éperlecques-trouble-close-to-me-école-de-cirque-de-bruxelles-superstrat-st-denis-de-la-réunion.
Plouf !
L’été, on allait tous les jours à la piscine de Lillers (62), une piscine gigantesque (de style ouvrier) très colorée et de plein air, à sept kilomètres des corons de la cité 3 de Ferfay et à une vingtaine de kilomètres de Béthune qui n’avait pas de Centre dramatique National à l’époque. Le C.D.N a connu cette saison une grosse zone de turbulences puisque toute l’équipe (ou presque) s’est mise en grève pendant quinze jours pour des raisons de souffrance au travail. Ce lieu est passé par mille configurations. C’était un local désaffecté après avoir été un cinéma d’art et d’essais, où ont eu lieu des débats aujourd’hui légendaires, avec des membres de la Fraction Armée Rouge, par exemple. Avant cela et pendant des années, c’était un cinéma pornographique. Aujourd’hui il y a une immense bâtisse noire (le C.D.N) ; on a gardé le pan de mur de la façade de ce qui fut le cinéma Le Palace. Le C.D.N se situe en face du théâtre municipal. Deux grands théâtres dans une ville moyenne, un véritable tour de force des élus dont Daniel Boys, longtemps premier adjoint et adjoint à la culture du temps de la municipalité de gauche socialiste. Quant à la piscine de Béthune, c’est un joyau, même si je vais plus volontiers à Nautica à Liévin. La piscine de Bruay Labuissière est cependant la plus belle de la région, style art déco. Une magnifique oeuvre d’art. En face du Bookafé. A Lillers, il n’y a plus qu’une petite piscine couverte, dans le quartier du Brûle.
On en parle tout le temps mais rien ne change
Derniers jours du festival d’Avignon. Les festivalier.e.s laissent la place aux touristes. Les artistes et les technicien.ne.s du off quitteront Avignon, après tout le monde, épuisé.e.s de fatigue, de bruit, de stress et de chaleur. Les plus jeunes continueront par le festival d’Uzest (chez B. Lubat), le festival de Vaour pour finir à Aurillac. Ensuite il s’agira de se préparer pour les présentations de saison. Tout cela devrait se tenir mi septembre et les programmations dans les théâtres et en dehors des théâtres comme nos Veillées démarreront dans la foulée. Dans le journal Libération de ce jour, une page entière est consacrée à la popularisation de l’art en général. Cela est, dans les conditions actuelles, un véritable mouton à cinq pattes (une aporie). La popularisation de l’art ne se fera (alors que l’art contemporain et le théâtre ne sont fréquentés que par les élites cultivées) que si l’on change véritablement les valeurs de nos sociétés. Pour cela il nous faudrait un autre mai 68 ou quelque chose comme ça. Mais ça n’en prend pas le chemin. Pire, on tourne le dos à toutes les tentatives de changer le monde.

