Plusieurs images superposées

Madame Delplanque nous emmène tous.
Elle dit Si vous avez du temps je peux y passer des heures, mais vous aurez peut-être faim, moi ça va mon repas est prêt.
Madame Delplanque sait se promener en superposant les images, elle décrit ce qu’il y a tout en évoquant ce qu’il y avait avant. Les barres de corons et les corons carrés, les anciennes pâtures à présent construites, le jardin du presbytère où on faisait la maraude, enfant, l’église, qui était un puits de mine. Sur le parking devant la supérette, un camion annonce en guise de réclame Ensemble réalisons vos projets. Au rond-point, éloquente devant les voitures qui couvrent presque sa voix, Madame Delplanque nous dit Ici il faut faire un effort d’imaginaire, il y avait un corps de ferme, des champs.
Mais le plus difficile, c’est de se représenter la construction des autoroutes et le morcellement territorial qui en a découlé, les routes coupées (la rue Gambetta, par exemple, qui va au cimetière), les délaissés (Le petit couvent, le chemin de l’Hurtebise) et puis les nuisances sonores, les bouchons. Surtout qu’ils ont oublié de faire le raccordement, entre l’A2 et l’A23. Vous imaginez les travaux, les bassins de rétention et tout le reste. Mais dans le Nord, je sais pas si vous avez remarqué, les autoroutes ne sont pas payantes. Et ça, ça veut dire que les municipalités ont mis la main à la poche. Madame Delplanque veut être précise, elle abonde dans les détails, nous emmène ici et là, se réfère au plan que nous déplions à chaque coin de rue, pour comprendre. C’est qu’à ce carrefour, vous avez trois trottoirs qui sont à La Sentinelle et un à Trith. Et là, le lac, qui n’est pas un lac naturel mais une zone d’effondrement, c’est Valenciennes.

nos horizons

Repartis chacun vers nos horizons respectifs après avoir joué encore dimanche soir. Les habitants du quartier étaient là en nombre, ceux qui ont participé et puis d’autres. On a eu de très bon retours. Les gens nous ont dit être contents de voir que leurs doutes et leurs inquiétudes (concernant les transformations du quartier et du carreau) avaient une place dans le film. Qu’on s’était fait l’écho du positif comme du négatif. Un portrait, un instant dans la vie du quartier, une semaine. On repassera, les uns les autres, au fil de nos visites parisiennes, voir ce que devient le carreau. On ne regardera plus le quartier comme avant, c’est sûr, et on aura toujours une pensée pour ce qu’on a reçu ici, des belles histoires, les momies égyptiennes, les sabres coréens, les plumes et le foot, les caramels au lait de chèvre, l’architecture, le collier corail de madame Modiano, la douce voix de monsieur Kolinka et le gâteau au fromage, la cantine de la rue des vertus et l’accueil si généreux des agents de service, les discussions de fond avec l’OMS3, la salade au stick de mozzarella au café du coin, l’humour des agents de sécurité, et tout..

pti poisson

Hier soir, on a joué dans l’immense lieu du carreau, la grande halle. La soirée était un peu labyrinthique, pour nous comme pour le public, et cet immense lieu tout découpé a perdu un peu tout le monde.
On a essayé de passer entre les gouttes, essayé de jouer malgré tout, essayé de recréer des conditions correctes pour le public, que les gens puissent voir, et entendre, mais ça n’a pas été facile et tout ne dépend pas de nous. Difficile de lutter contre le courant quand on est un tout pti poisson.

Plusieurs d’entre nous se sont glissé, ensuite dans la soirée Voguing. On y a découvert un monde fait d’humour, de talents, d’autodérision on ne peut plus sérieuse, un monde de paillettes en papier mâché où la mode, le corps, le genre, la danse, le carnaval y sont revus et corrigés. On a ri et savouré. Malheureusement, ce moment là aussi était payant (et cher) et cela a sans doute laissé bien du monde à la porte. On y a vu, dans le public, bien peu de gens du quartier, mais quand même, quelques uns étaient là et sont restés jusqu’au bout, avec le sourire…