thomas jeune écrivain mardyckois nous raconte Mardyck entre réel et imaginaire

Mardyck est un petit village que les usines encerclent. Il y a beaucoup d’activités malgré sa taille : à la maison de village, les jeunes demeurant à Mardyck (et même ailleurs) peuvent se rencontrer et y faire des activités entre eux ; il y a une piscine, où on peut nager et jouer ensemble ; il y a un parc d’attractions où on peut s’amuser sur le caroussel enchanté, les montagnes russes géantes, et on peut même rencontrer des personnages ! Beaucoup de gens disent que Mardyck est pollué alors qu’il y a plein d’autres endroits plus pollués qu’ici. Beaucoup de gens disent qu’on devra partir un jour, mais pourquoi partir ? Parce que si ça pète on est mort ? Il n’y aura pas que nous. On est juste aux premières loges. Et puis alors ? Et pourquoi ce n’est pas les usines qui partent ? Il y a plein de places ailleurs !! Beaucoup de gens ont toute leur vie à Mardyck, et ils veulent la finir à Mardyck. Et après tout, Mardyck était là avant !!! Mais si les usines fabriquent des peluches, autant qu’elles restent. Il y a un orchestre symphonique qui joue les meilleures chansons du moment au kiosque du village. Il y a un marchand de journaux, qui vend plein de B.D. et qui donne des boissons gazeuses à tout le monde !!! Il y a un restaurant 36 étoiles qui vend plein de spaghetti bolognaise et plein de pizzas.

premier filage en présence de M. Le Maire de Mardyck

Premier filage. M. Blanchard, maire du village a assisté au filage. Il a vu tout le film-spectacle. Il a fait quelques remarques et des commentaires. Beaucoup de séquences l’ont fait réagir. Il nous a invités à prendre un verre dans son bureau après la répétition. M. Blanchard connaît tous les acteurs du film. Il a trouvé que les images étaient belles.  Ici, il dit, on n’a pas affaire à des bricoleurs du dimanche. On reprend demain matin tôt. Rendez vous en bas de l’auberge de jeunesse, à l’Ajescale, à 9h. A 14h, aura lieu la première représentation. On a fait un peu plus long que prévu. Le film dure une heure et quart. Il se passe tant de choses à Mardyck et les personnes ont tant à nous dire. On n’a voulu passer à côté de rien.

J-1 à Mardyck

Ce matin on a fait un tour dans le village. Sonner aux portes pour rappeler aux personnes (de personnes à personnes) que nous jouerons demain après midi à 14h  (juste après l’ouverture du marché de noël) et à 19h. Les techniciens-magiciens du Bateau Feu et Yannick d’HVDZ  ont installé tout le matériel dans la salle des fêtes, près de la mairie de Mardyck. On attend une petite centaine de spectateurs par représentation. Ce matin, tout le monde semblait à peu près au courant. On est allé dans le deuxième café de Mardyck. Au retour de la Plage. On a discuté du temps et de la mer. Un homme au comptoir nous a dit qu’il n’aimait ni la mer, ni les poissons. Puis on a parlé des uns et des autres. Et de Loon Plage. Des liens étroits qui unissent ces deux villages. Des jeunes écoliers  mardyckois que les parents emmènent à l’école primaire de Loon Plage ou de Craywick, depuis que l’école de Mardyck est fermée (par manque d’effectif) tandis que d’autres vont en bus à Petite-Synthe. L’homme au comptoir vient tous les jours Au retour de la Plage. Il nous dit que vers onze heures du matin son petit chien noir réclame de sortir pour aller au café. Il dit, à onze heures pile quand il entend les onze coup de l’église. Cet après-midi on répète. Ce soir on passe au Bateau Feu pour l’arbre de Noël du Comité d’Entreprise.

Dominique, Bernard, Marie, Polimeri…

Hier après-midi on sonne aux portes pour proposer une lecture de quelques extraits du blog. On va un peu partout, à la piscine, à la mairie..à la mairie travaille Dominique, la fille d’Octave, on lui lit le texte sur son père, elle acquiesce à chaque phrase. « Ah oui, c’est tout lui ça, je valide! »  On sonne chez Bernard et Marie, que nous n’avions pas encore rencontré, ils connaissent également Octave: »un homme délicieux, qui a toute notre confiance. » Bernard et Marie sont ici depuis sept ans, veufs tout deux, ils recherchaient une grande maison pour pouvoir accueillir leurs quatre enfants respectifs et leurs 18 petits enfants. L’agence immobilière leur a fait visiter la maison de nuit, en se gardant bien de leur décrire l’environnement, mais la maison leur a plu, et ils se plaisent à Mardyck, Marie fait maintenant partie du comité consultatif, et ils participent tous deux au club des anciens. Ils nous promettent de venir samedi, mais c’est compliqué pour eux, car ils doivent être à Dunkerque à 16h pile. Bernard et Marie font partie d’une église évangélique et participent à de nombreuses actions caritatives. Didier leur demande en quoi consiste une église évangélique et Bernard explique que c’est une différence de doctrine, une branche du protestantisme. « Par exemple, on ne croit pas aux saints, tous le monde est saint, vous, moi, il n’y a pas besoin d’attendre d’être mort pour ça ». Didier est ravi, il dit qu’il a bien fait de venir. Avec Saint-Didier cousin, on se dirige chez Anita, on y rencontre des employés de Polimeri, chargés de la maintenance. Ils nous racontent l’histoire du site, fondé en 1977 et appartenant à 51% aux charbonnages de France et à 49% à l’émir du Qatar. Depuis l’entreprise à changé plusieurs fois d’actionnaires et donc de nom, et depuis quelques années elles est une filiale d’ AGIP, un groupe pétrolier italien. À Polimeri on produit de l’éthylène et du propylène à l’aide d’un vapocraqueur, puis on transforme ces gaz nobles en billes de plastique, qui seront ensuite revendues et qui servent à fabriquer un peu tout nous dit un ouvrier. Au pub, il y a également Alain Fatis, on lui lit les textes, puis on parle art contemporain avec Jean-Claude. Alain et lui sont allés plusieurs fois au musée mais nous disent n’y avoir rien compris: « faut être artiste pour comprendre », nous dit Jean-Claude. Alain renchérit: » Alors, ils te montrent un tableau, et ils blablatent sur plein de trucs que toi t’as pas vu, alors tu te dis, bah merde, soit chuis con, soit chuis aveugle! »

Tous les jours dimanche

Anita et Jean-Claude tiennent le pub Mardyckois depuis 1995, avant l’établissement s’appelait le café de l’avenir. « Mais l’avenir à Mardyck hein… » Anita est arrivé il y a 30 ans à Mardyck, en caravane, elle passait tous les jours devant ce café et se disait : « un jour, il sera à moi ! » Anita, de son nom de jeune fille Anita Liber, est une brune au fort caractère, on lui demande si elle a des origines espagnoles, Anita l’Ibère… « Ah oui c’est marrant ça tiens, j’y avais pas fait attention, mais non pas du tout, je suis de Saint-Omer moi ! » Au pub Mardyckois, on ne passe que RDL, la radio de Saint-Omer : « C’est la radio de chez moi, ça me relie à mes racines ! » Anita nous parle de Saint-Omer avec nostalgie, comme d’un pays lointain. « Là-bas, t’avais le choix entre faire de la couture ou travailler à la cristallerie d’Arques, mais moi je voulais pas, je voulais être caissière, j’ai passé un entretien à la cristallerie pour faire plaisir à ma mère, mais je leur ai dit non, je veux pas travailler chez vous ! en sortant je suis allé au supermarché, j’ai été prise tout de suite, 10 ans je suis resté ! Les gens venaient juste pour m’entendre dire : Bonjour, Au revoir et tout le reste au milieu… » Anita aime beaucoup, beaucoup parler, elle nous parle de son métier qu’elle adore, de la vie à Mardyck :  « Oui, un village planté là c’est pas très logique, mais la peur n’évite pas le danger, regardez nous, on aime faire des croisières, une fois par an on s’offre des vacances, et bah un mois avant qu’il coule on étaient sur le Concordia, on a même une photo avec le capitaine, le même hein ! Tu vois, ça peut arriver n’importe où les drames ! » Jean-Claude acquiesce , généralement quand Anita parle, Jean-claude acquiesce. Un habitué nous dit :  «  Jean-Claude c’est le souffre-douleur de Mardyck ! » Jean-Claude nous dit :  « Oui, c’est vrai ! » Mais Jean-Claude a plein de choses à raconter lui aussi, avant il était tuyauteur, beaucoup d’amis à lui sont malades de l’amiante :  « On meurt d’avoir travailler, c’est triste quand même , moi ça va j’ai donné, 51 ans de travail, maintenant c’est la retraite », nous dit-il derrière son bar. Anita et Jean-Claude sont ouverts six jours sur sept, toute la journée. Mais quand ils sont fermés, nous dit un autre habitué, c’est tous les jours dimanche.