Petit à petit, l’oiseau

Il y a ceux qui sont nés à Mardyck et il y a ceux que la vie a amené là. Il y a Nicole qui était prête à suivre son époux au bout du monde et qui s’est retrouvée dans un début de commencement de menuiserie, dans un ancien corps de ferme, à 20 ans, prête à tout sans pour autant maîtriser ce tout, « comme un oiseau sur une branche ». Depuis, l’attachement au village se resserrant chaque jour qui passe, elle s’y est enracinée pour de bon. Il y a aussi Thierry qui a immédiatement acheté une maison qui se libérait, pour habiter le monde de sa belle Béatrice et pouvoir la séduire, et la marier. Il y a Ludivine qui a marié Fabrice (dans la famille Pynthe j’ai nommé le cousin) dont l’anniversaire se fêtait en surprise samedi à notre arrivée. Même que Ségolène, la soeur de Ludivine, s’est depuis lors installée sur Mardyck. Même que Evelyne, la mère, depuis trois ans déjà, s’est également laissée tentée, à la fois par le calme du village et par la perspective de vivre près de ses filles et petits enfants. Même que le frère qui n’est pas encore à Mardyck, commence à y réfléchir ferme. Il y a ceux qui ne font que passer mais qui chaque jour s’arrête ici. Tel Gilbert qu’on retrouve régulièrement au pub, accompagné du souvenir de sa femme qui adorait Anita. Des histoires d’amour, de famille et d’amitié. Des liens qui tissent et retissent une maille invisible, à la fois fragile et plus solide que tout.

Martine

Cette après midi, atelier création artisanale à la maison du village. Avant que le groupe de femmes ne s’affaire à la finition des objets qu’elles vendront samedi sur le marché, on leur propose de dire une citation à la caméra. Puis on prolonge la discussion avec Martine Lonnis. Quand les gros chantiers de Loon-Plage ont abouti à l’inondation de ses terres,  Martine, comme beaucoup d’autres, est arrivée à Mardyck. En plus d’être maraîchers, son époux et elle ont alors repris le Café de la mairie de 1976 à 1985. Ce n’était pas un simple bistrot, il y avait aussi une épicerie, des bombonnes de gaz et même une station essence. Martine s’est lancée tout de go dans le métier et elle a adoré. Le contact, le commerce. A cette époque, elle n’arrêtait pas. Quand ce n’était pas le café, c’était la maison, les enfants, et même la lessive mensuelle des maillots de l’US Mardyck. Puis la vie a éloigné Martine du village, mais à peine trois ans. Elle est vite revenue. A la demande expresse du maire qui ne jurait que par son sérieux et son énergie, elle s’est reconvertie au pied levé dans l’entretien de la mairie. C’était il y a 20 ans et elle est toujours là. Martine et le travail, c’est un mode de vie transmis de génération en génération, un art de savoir tout faire. « Si tu veux du pain, tu fais du pain ! Si tu veux de la confiture, tu fais de la confiture ! » Une vie où les tracteurs remplacent la voiture quand on n’a pas le permis – Martine allait ainsi, en tracteur, de porte en porte, vendre ses légumes dans le secteur. L’engin servait aussi à dépanner par temps de neige les automobiles mardyckoises en rade dans les fossés. Martine ne se voit pas quitter Mardyck, et sait déjà qu’à la retraite, elle profitera des activités proposées par le village en premier lieu, entre autre couture et club des anciens. Pour sûr, l’inaction et le retrait ne sont pas pour elle.

Et bien, valsez maintenant…

Chez Anita , on propose trois pas de côtés. Trois pas de valse, une valse à 3 temps, comme au bon vieux temps.
Maurice, avec ses yeux pétillants qui ont déjà vu éclore 85 printemps dont 30 à Paris, avant de revenir à Loon-Plage. Maurice répond avec bonheur à l’invitation de Louise. Valse à 3 temps, temps de la rencontre, mouvement de la rencontre, conversations dansées, envolées joyeuses. Pendant que certains osent l’aventure d’une invitation dansée, les autres continuent leurs conversations sur leurs tabourets de bar, les yeux rivés sur ces tourbillons de pas. Les regards se mettent a valser aussi. Puis on installe la sono sur la place du village, sous le ciel enguirlandé de Mardyck, sous la pluie étoilée de Noël. Cela résonne comme un bal de 14 juillet, le petit bal perdu, impromptu, du 13 décembre à Mardyck. À moins 2 degrés , on vous offre une danse, juste pour se réchauffer le cœur en dansant. Encore une danse, deux danses, avec les quelques passants qui prennent le temps. Une valse à trois temps… Trois minutes de parenthèse, de détournement, de tourbillonnement, avant de reprendre son chemin.

des valses au théâtre du monde

Jeudi soir. Demain à 17h nous jouerons notre premier enchaînement du Portrait de Mardyck. Les techniciens-magiciens du Bateau Feu sont déjà à pied d’oeuvre à la salle des fêtes de Mardyck. Ils y installent une scène. Pour les représentations de samedi à 14h et à 19h. On a dansé au pub mardyckois et sur la place du village. Des valses de Strauss. Et à la maison du village pendant l’installation du marché de noël. Sur la place du village, on a sorti les gens de leur voiture pour un tour de valse sous les décorations de noël et les fontaines de lumière. On a continué à distribuer des tracts-invitations et expliquer notre présence et le film spectacle qu’on réalise pour la fin de semaine. On a croisé nos camarades qui vont lire d’une maison à une autre des extraits du blog. On les a rencontrés au pub. Ils parcourent tout le village et racontent notre résidence. On a publié quelques pages du blog qui sont clamées dans Mardyck, théâtre du monde. Hervé offre des danses.