on parle des claques de veillées. On rencontre beaucoup de misère et de détresse, on voit souvent comment cette misère se mue en haine, en racisme, en alcoolisme, en violence. On a pas de veillées sans claque.
On parle beaucoup de ça. De la nécessite, pour continuer à y croire, de ne jamais se blinder pour ne jamais être blasé. Rester ouvert à entendre cette violence et continuer à avoir besoin de « changer le monde » comme dirait Marx et « changer la vie » comme dirait Rimbaud. On se repose à chaque fois la question de à quoi on sert. On se répond en se disant qu’il faut donner une image positive de chacun, de la noblesse de chacun. Ouvrir une petite brèche vers l’amour propre et le respect de soi et des autres. Rester positif. Mais il y a de ces claques dans les veillées. On se demande si on ne tombe pas dans l’angélisme. Face à la misère, dans ces moments de veillées là, on se demande…
VEILLEES

Mon Louvre à moi
On est allé au marché de Liévin. On est allé faire les portraits avec citations. On y est allé à plusieurs voitures. Le marché de Liévin est très grand et bien sûr on a eu du mal à se retrouver. Jérémie s’était installé au coin de la rue Défernez et de la rue Victor Hugo un peu après la boulangerie et un peu avant la pharmacie. On y était vers 10h30. On a démarré un peu difficilement. Et puis petit à petit les gens se sont prêtés au jeu. En fait on a remarqué que c’était plus tranquille quand les gens avaient fait leur marché. Ils sont plus disponibles. L’action consiste à discuter avec les gens, à parler de Culture Commune, à parler d’art, à parler des Veillées, du 11/19, un ancien puits de mines reconverti en écopôle et centre d’art. Ensuite on propose aux gens de choisir entre une vingtaine de citations et de poser devant la caméra avec la citation. Dans le cadre des Veillées, d’un film comme une installation vidéo dont la projection aura lieu jeudi et vendredi, la semaine prochaine. Martine et Caroline ont interviewé des gens aux quatre coins du marché. Caroline et Manu ont distribué des invitations et parlé avec les gens.
Hier soir on est allé au Colisée à Lens voir un film, un documentaire qui s’appelle mon Louvre à moi. Un documentaire où il est question d’artistes locaux et du Louvre qui va s’installer à Lens d’ici deux ou trois ans. On a passé un bon moment. Mais on s’est dit que ça ne parlait pas de la situation économique et sociale du territoire et des difficultés qu’éprouvent les gens au jour le jour pour s’en sortir. On s’est dit, à voir la crise économique, la défaite actuelle du capitalisme et tout ce que ça va entraîner pour les uns et les autres de difficultés supplémentaires quand déjà beaucoup d’entr’eux sont dans la survie, c’est difficile de parler d’art, du Louvre et tout… sans parler de politique.
les fleurs

Rue Montesquieu, mardi midi, deuxième semaine de Veillée
On est parti ce matin distribuer des invitations pour la Veillée du 16 et 17 octobre au 9. Ecole primaire et maternelle Pierre et Marie Curie, puis la rue Montesquieu et la Rue Molière. C’était la sortie de l’école et on a rencontré beaucoup de mamans qui avaient déjà pas mal entendu parler de nous, à l’époque de la Tournée des Grands Ducs en 2003 et 2004 avec KomplexKapharnaüm qui avaient installé leur bus au 9 sur la Place de l’Eglise.
En faisant du porte à porte on a rencontré un monsieur à qui on a présenté le principe de la Veillée et qu’on a invité à venir jeudi ou vendredi à la Fabrique. Mais il se sentait pas trop concerné alors il a appelé sa petite fille, ça c’est pour elle, elle aime bien tout ça, elle fait de la danse, il nous dit. D’ailleurs elle a été filmée par Jérémie à l’Amicale du 11/19 pendant le cours de danse de Charlotte et Maggie. Et puis on continue à expliquer à la petite fille la démarche de Culture Commune, la relation entre Art et Société, le rapport à l’histoire à la mémoire du lieu, ici. Là le monsieur réapparaît dans l’entrebâillement de la porte, il nous dit ah bin là c’est moi que ça concerne ! Alors il nous dit qu’il a été mineur depuis l’âge de 14 ans, il nous montre au loin une médaille, il dit que la médaille et un vin d’honneur ça a été sa seule récompense. Merci pour la France il dit en souriant. Il nous confie qu’il ne reste plus beaucoup de copains de la mine. En ce moment d’ailleurs il lit un livre sur le coup de grisou de Courrières, il dit qu’il voudrait bien nous en parler plus. Il dit que personne n’avait été jugé et que les ingénieurs avaient décidé de cesser les recherches alors qu’il restait encore des hommes dans le fond. On passera peut-être discuter avec lui dans les jours qui viennent. On espère qu’il viendra à la Veillée.
errance
On s’est promené au 9.
Didier est resté à culture commune pour faire jouer aux employés une scène de quai des brumes. Les femmes sont Michèle Morgan, les homme sont Jean Gabin.
Jérémie a déjà filmé beaucoup de paysages ici, pendant la veillée à la salle Louis Albert, pendant la veillée 9/9bis et pendant la veillée de Loos-en-Gohelle centre et 5.
Il a vu la même scène avec trois ans d’écart, des gens qui jouaient à la belote au stade Carpentier, aujourd’hui comme il y a trois ans.
Martine est allé au Shopi pour interviewer les trois femmes qui le gèrent. Didier à interviewé un couple de la place Lorraine. Ils sont revenus tous les deux avec un grand sourire.
Ce soir, on va au Colisée de Lens pour voir le film sur le Louvre.
IUT infini

la fiction
On parle encore de la géographie, des distances. On évoque la Tchécoslovaquie. On encourageait les ouvriers à construire des cabanes en Bohème, pour ne pas avoir envie d’aller voir plus loin, derrière les frontières fermées. La Bohème est devenue, peu à peu, quelque chose comme un camp d’indiens et de cow boys, avec des chercheurs d’or. Faute de pouvoir aller plus loin, les tchèques ont fait venir chez eux toute une culture étrangère réinventée. Encore aujourd’hui, dans les tavernes de bohème, tous les jeudis, il y a des concerts de country et de blues. Encore aujourd’hui, il y a des totems indiens dans les jardins. Les cabanes sont devenues des maisons, mais il y a encore le feu de camps, le canoë, la guitare, bien en valeur.
En se souvenant de toute ces anecdotes, on se dit dit que les distances et l’espace, c’est tellement relatif, et surtout tellement culturel et social, et même résolument politique.
On parle des planisphères. Des centres du monde selon où on habite. On parle d’un planisphère australien qui nous paraît être à l’envers. On parle de ces planisphères qui respectent objectivement les superficies et qui nous ont fait prendre conscience de la petitesse des États-unis, de l’Europe, par rapport aux continents du sud.
On se dit que la géographie est une fiction. Qu’on pourrait faire quelque chose là dessus pendant les veillées. Demander aux gens de nous dessiner un plan monde qui correspondrait à leur histoire, à leur parcours, un plan de leur monde.

loin de quoi ?
Hier, on a parlé avec Sabine de la mobilité géographique.
On en reparle ce matin.
Les distances sont culturelles, on se dit. La notion de distance s’apprend, en lien avec l’histoire du lieu où on grandit, en lien avec le contexte social.
Il y a des liens si forts ici, autour de l’histoire de la mine. Ici, l’espace se dit en chiffres : Le 5 de Loos, le 11/19, le 3 de liévin, le 3 de Lens, le 12, le 9.
Ici, le cercle géographique dans lequel on se déplace est réduit, et le centre de ce cercle à une force d’attraction énorme. Il y a plein de gens qui nous disent que, partis du bassin minier, ils n’ont eu qu’une idée en tête : y revenir. Il y a un tel attachement à la culture et à l’histoire d’ici, et une fierté. Il y en a qui disent qu’ils sont partis avec plaisir et qu’ils se sont surpris à y revenir avec plus de plaisir encore.
Hier, en porte à porte, un homme nous a dit qu’il était parti, pendant 15 ans, Il dit ça comme s’il s’en sentait un peu coupable, et que ça n’a jamais cessé de compter, ses racines, et qu’il a finit par revenir, enfin.
Une CPE du lycée de Wingle nous avait parlé de la difficulté de se déplacer. De la peur de perdre ses bases.
Il y a des collégiens qui choisissent leur parcours professionnel en fonction de l’etablissement qu’ils vont fréquenter, en fonction de la distance par rapport au quartier.
Faut dire que c’est pas facile de se déplacer quand on a pas de voiture, et pas beaucoup d’argent. Les distances sont plus longues quand on a pas les moyens, l’espace devient plus petit. Mais il y a aussi, on se dit, l’Histoire des mines. Les mines n’ont jamais encouragé à partir, au contraire. On se souvient du 5 de Loos : le coron était entouré de murs, ce qui fait que Grenay était un autre monde, que le centre de Loos était un autre monde, que seule la fosse cinq et le coron existaient pour les gens qui y vivaient.
On nous a parlé souvent de La Napoule. Le sud, ici, c’est La Napoule. La Napoule sans doute aussi célèbre que Marseille ou Nice. Le sud existe en théorie, alors que la Napoule est une réalité.
La Napoule, c’est là où se trouvait la colonie de vacances des mines. Les ouvriers y avaient droit. Ils partaient en vacances entre mineurs. La Napoule est une sorte d’extension du bassin minier dans les Alpes Maritimes.
