La liste de Jérémie

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Hassan arrive lundi. Hassan a participé à la Veillée de Torcy, de Tremblay et de Saint Nazaire. Hassan fait de la percussion corporelle. Hassan va intervenir dans les cités et au collège Jean Jaurès. Ce samedi matin nous sommes cantonnés à la Base pour le travail de montage des films de la présentation de la Veillée. Les armatures des deux grands écrans sont déjà installées dans la grande salle de spectacle, la nef du 11/19. Jérémie a rédigé la liste des séquences qu’il a réalisées.

la rouille

On a réussi a avoir les clefs du 11. Les clefs du chevalement en métal qui domine la base. On est monté, avec une prudence extrême et pas très rassurés tellement c’est rouillé là-haut, mais c’est si beau. Beau le paysage et beau le bâtiment, avec, justement, cette rouille posée sur les cages d’ascenseurs, sur les portillons, sur les plaques du sol, partout. Et la poussière. Et le soleil qui rentre par les trous de rouille. Il y fait un silence interrompu par les pigeons et le vent. Et ce silence, étrangement, il renvoie directement aux bruits d’autrefois. On nous a souvent raconté, dans le quartier, le bruit incroyable et incessant qui émanait du 11/19. Avec tout ce métal, ce métal partout, ça devait être quelque chose, le bruit. On se demande pourquoi, comment, certains restes peuvent avoir autant de mémoire. Comme on réfléchit à chaque pas, pour éviter la rouille et les trous, ça arrête encore plus le temps.
Il y a les salles du premier étage, avec les belle rampes arrondies, si bien dessinées, et les restes de carrelage à motifs et il y a le salpêtre qui dessine une tapisserie.
Il y a la grande salle du deuxième étage, d’où partaient les berlines à la sortie de l’ascenseur, et ces rails qui vont dans un long couloir noir. Les portillons. Pourquoi ces portillons font à ce point penser à tout ceux qui sont descendus ?
Et puis après il y a cet escalier qui continue, ce tout petit escalier aux marches tordues par les passages et trouées par le temps, qui monte, tourne, monte, jusqu’à percer le plafond, jusqu’en haut du chevalement, en traversant le paysage.
C’était tellement beau que le soleil s’est couché à peu près à ce moment là.
Les danseurs on fait l’adage là-haut. Dorothée est restée en bas et les guidait dans la chorégraphie en criant. Jérémie est monté, puis descendu, puis remonté. Pour accompagner, filmer, donner des indications.
Pendant ce temps, là, tout en bas, on a vu Inès et sa mère, chez qui on a dansé en début d’après midi, qui se promenaient. Elles nous ont vu aussi.

on se régale encore

Aujourd’hui on est allé voir la famille d’origine marocaine qui habite juste à côté de la base. On avait rencontré le père et le fils, hier.
On est allé chez eux et il y avait le fils, les deux filles et la petite fille, Inès. Les troubadours ont dansé, avec en fond le beau décor du fil à linge sous le soleil. Inès, qui a deux ou trois ans, a aimé l’adage, le calme de l’adage, et elle a eu peur au moment des percussions corporelles.
Les deux filles nous ont servi des gâteaux. De ces délicieux gâteaux faits par leur mère pour la fin du ramadan. Et puis elle nous ont fait trois paquets pour emporter tout ce qu’il restait. On se régale encore.

Eloge de la marche

On se déplace d’un endroit à un autre en marchant. On a marché dans le quartier à n’en plus finir. La marche lie les endroits les uns aux autres, les différents lieux où on est intervenu dans la journée. En voiture dit Dorothée on ne sait pas bien où on se trouve. A pied dans le quartier on mesure mieux les distances et on rencontre les gens. Les gens nous croisent à différents moments de la journée dans différents endroits et nous les reconnaissons. Et eux aussi nous reconnaissent. En voiture nous passerions  inaperçus. Le temps de la marche d’un endroit à l’autre fait partie de la danse. Il entre dans la démarche. Il nous fait découvrir. Il nous fait découvrir le quartier. Mieux l’apprécier. On marche beaucoup dans une journée de Veillée dit Hervé. Caroline, Caroline et Didier sont dans les rues du quartier et diffusent le petit journal qu’on écrit jour après jour, Le Temps du 11/19 et de La Fabrique Théâtrale. Portes à portes. Aujourd’hui c’est le neuvième jour de la Veillée. Neuvième jour de marche et de découverte. De danse. Et d’errance.

Vendredi soir après l'école

On se dit qu’heureusement il y a des gens comme ça pour proposer des initiatives et mener une réflexion sur l’école d’aujourd’hui. Rue St Esprit on invente l’école comme on peut… On est accueillis par la directrice (intérimaire) de l’Ecole Pasteur et une autre institutrice. Toutes les deux ont fait le choix de ce métier et surtout de ce quartier. Et de tout ça elles sont très fières. La première y est institutrice depuis 20 ans, la seconde y a fait ses premiers pas. Elles constatent, sans trop savoir comment l’expliquer, de plus grandes difficultés chez les enfants, de plus en plus sous pression. La société a changé et ici à l’Ecole Pasteur, on fait comme on peut pour créer des liens. Et aujourd’hui les liens les plus fondamentaux à créer sont avec les parents. Inviter les parents à prendre part à la vie de l’école, revaloriser son image en l’ouvrant sur l’extérieur et donner à l’enfant les repères pour se construire.

manifestation poïélitique

Les troubadours et Didier sont partis avec les panneaux de citations pour faire une manifestation poïélitique vers le passage à niveau et dans la rue qui descend vers Liévin.
Il y a beaucoup de monde qui s’arrête.
Il y a un gamin qui dit, en les voyant : « je croyais que vous étiez des pauvres qui demandaient des trucs ».
Un monsieur demande : « et jusqu’où vous allez comme ça ? » et ils ont répondu « jusqu’au bout du monde. »