Wattrelos, morne plaine mais on se battra jusqu’au bout

Toute la semaine à Wattrelos avec les ouvrières et les ouvriers de la Redoute. On se voit régulièrement dans l’idée de présenter au mois de mai à la BAM, boîte à musique, à Wattrelos un spectacle avec les gens de la Redoute. On a déjà fait un un gros travail de collectes de témoignages et de retranscription. Ce qui permet qu’aujourd’hui on puisse passer à la mise en scène. Martine et Didier ont tous deux travaillé sur l’écriture et la dramaturgie. Marie a organisé les plannings et les activités de tout le monde. Ces derniers jours de travail ont été consacrés à la mise en espace avant d’entamer la mise en scène qu’on doit réaliser en quelques soirées d’ici la présentation du mois de mai. Ce travail se fait en collaboration avec les Tréteaux de France et Robin Renucci. La ville de Wattrelos et la Maison Pour Tous de La Martinoire (quartier de Wattrelos, où se trouvent les ateliers de La Redoute) ainsi que la BAM sont mobilisées pour qu’on fasse de ce travail un moment de théâtre, de réflexion et de fête. Ne sont sur scène que des personnes qui ont travaillé à La Redoute et qui tous ont connu la crise grave que l’entreprise traverse ces dernières années. Personne n’a été ménagé dans cette lutte et Pinault et Ballat, les derniers propriétaires de la Redoute n’ont eu de cesse de mépriser, de casser, de spolier les ouvrières et les ouvriers, pour leur seul intérêt financier. On n’est pas certain que ça va réconcilier le monde ouvrier avec l’art contemporain (Pinault s’est débarrassé de la Redoute pour acquérir des marques de luxe et des oeuvres d’art contemporain mondialement connues exposées en majeure partie à Venise et à Lille… All over the world tandis qu’on a refusé d’écouter les gens de la Redoute et qu’on les a licenciés).

No Jungle (2)

Nadège lutte, âme à âme avec cet insaisissable réel, qu’il faut transfigurer en le matérialisant. Elle enfante, aujourd’hui, demain, toujours. Il résulte de ces journées passées auprès des gens et à écrire, de cette habitude du labeur, la difficulté d’un travail toujours à recommencer.

Nadège multiplie les résidences à Calais et s’est lancée dans un travail au long cours qui lui demande beaucoup de présence et de disponibilité. Sa recherche mêle construction littéraire et travail de terrains. Pas un jour sans qu’elle n’arpente la Jungle seule ou accompagnée d’un membre d’une association à la rencontre de tous les migrants. Par ces temps plus que difficiles, par ces temps de confrontations, et d’autisme de la part de l’Europe et des états, comme si ceux-ci voulaient nécessairement finir dans le mur, la guerre civile. Il est complexe de savoir comment aborder la retranscription du quotidien des migrants. Tout est à fleur de peau. De quelle manière s’emparer de cela (sans le trahir), pour que ça fasse écho jusqu’à l’intérieur de nous-mêmes, qu’on se sentent touchés comme si nous mêmes nous étions dans cette situation de devoir fuir l’innommable, pour se retrouver projeter sur des murs d’incompréhension, et d’hostilité. Dans le spectacle précédent que nous avons monté, Aimer si fort, inspiré de la Maison de la Force d’Angelica Liddell, l’auteure comparait sa vie à celle des femmes de Ciudad Juarez, premières victimes, torturées, violées, assassinées dans la guerre des trafiquants à la frontière des Etats-Unis, comme si dans sa vie à elle de femme, qui a connu le franquisme en Espagne, se nichait une part infiniment douloureuse (qu’elle a retrouvée auprès des femmes de Ciuadad Juarez qu’elle a pu côtoyer au cours d’un stage au Mexique) dont il lui était à jamais impossible de se défaire, que seul le théâtre peut aider à supporter (ne dit elle pas dans la pièce que le théâtre l’a sauvée, qu’elle se serait tirée une balle dans la tête ?). Les opprimés, les exploités, les pauvres, les hommes et les femmes sur la route sont des exilés. Ceux à qui on a fait comprendre de façon plus ou moins violente ou insidieuse qu’il devait dégager, qu’ils n’ont rien à faire là. Les hommes de la route comme les exilés de l’intérieur.

Nadège arpente jour après jour Calais. Elle creuse un peu plus chaque jour. Elle s’expose, se confronte, elle est volontaire, chair à vif, au milieu de celles et ceux qui n’ont que l’espoir d’une issue favorable ou de sombrer dans la folie ou la tragédie. Nadège n’en sort pas indemne. Confrontée à sa propre impuissance, elle est une immigrée parmi les autres. Elle s’en défend du mieux qu’elle peut mais plus le temps dure plus elle se confond avec ce qui l’entoure. Tout dans son expression, dans ce qu’elle a écrit depuis toujours se joue à l’infini dans la jungle. « Tête brulée, je n’ai plus qu’à m’ouvrir le canadair. N’essayer pas de m’éteindre ou je m’incendie volontaire. Frôler des pylônes, frôler des canyons, frôler l’éphémère, réalité, réalité, punition exemplaire, si c’est pour jouer le fugitifs, je suis volontaire, émotions censurées, j’en ai plein le container… » Tous les opprimés n’en sont ils pas là, à France-Télécom, à la Redoute, à Notre Dame des Landes, les intermittents qu’on dézinguent comme des propres à rien depuis les derniers accords de l’état-patron avec les puissants, tous ceux qui auraient les moyens d’accueillir les exilés de tous bords. Nadège se rend compte au fur et à mesure des distances parcourues dans cette immense camp de bâches, de sable et de bois, balayé tous les jours par le vent fort de la mer du nord et l’odeur des gaz lacrymogènes qu’on balance sur les migrants, endormis au fond de leur tente sous des couvertures de fortune (attendant la nuit pour que s’ouvrent les flots et se dessine la route de l’Angleterre) que c’est sur nous tous (opprimés de Calais et d’ailleurs) que retombent les bombes. Seuls, (on dirait que l’histoire se répète) les nazis de Pegida de France et d’ailleurs l’ont compris et profitent de la circonstance pour insuffler leur projet de haine, de racisme, de destruction génocidaire. ( N’avons nous donc rien appris de l’histoire, des camps de concentration ?) Nadège sent au fond d’elle, que ça fuse, que ça fusionne. Notre état est le leur. Il est temps de lever le voile qui nous barre le regard. Nous sommes des migrants, nous les opprimés, notre condition est la leur. Emigrés de l’intérieur et d’ailleurs.

 

La fusion opère, atome d’uranium bombardé par des neutrons à très grande vitesse, libérant des atomes de baryum et déclenchant une énergie destructrice.

No Jungle

A l’époque des Sublimes, on était allé plusieurs fois à Calais, dans la Jungle après la démolition du hangar de Sangatte. Nous avions rencontré Mireille qui faisait partie d’une des premières associations qui venaient en aide aux migrants. Nous avions réalisés Les Sublimes, spectacle dans lequel Mireille apparaissait en vidéo et prenait la parole au nom des migrants. A l’époque, elle hébergeait tous les jours des migrants chez elle. Nous étions retournés quelques mois après la création du spectacle dans la jungle et nous avions décidé de faire un film avec Mireille que nous avons intitulé, Oh Mamy. Ce film a tourné dans beaucoup de festivals de documentaires engagés et alternatifs. Nous nous disions alors que nous ferions d’un prochain spectacle, un spectacle sur les migrants. C’est d’ailleurs ce que nous avions d’abord proposé à G.Lavaudant qui dirigeait l’Odéon. Mais nous avons très vite eu l’intuition qu’il nous manquerait un regard, pour justifier que le théâtre s’empare de cette réalité. Dans les Sublimes, nous abordions ce sujet comme un élément parmi d’autres qui racontaient un monde livré au capitalisme ultra libéral, impitoyable, belliqueux qui réduit les plus pauvres au chômage, la mendicité et l’exode. Aujourd’hui les choses n’ont guère changé, voire elles se gravement détériorées. Notre envie d’alors de faire un spectacle sur le sujet des migrants ne nous a jamais quittés, mais nous savions bien que nous ne saurions pas en parler comme les journalistes, les sociologues ou les philosophes. Le théâtre est le lieu du poème, de la musique alors il nous fallait trouver le poète, l’écrivaine qui dans une langue autre, complètement singulière sache s’emparer d’un sujet d’actualité, d’un sujet d’histoire pour en faire un poème, dans la langue qui est sienne et unique, quitte à ce que ce qui soit dit, mette à jour, ce que personne là dessus n’avait vu ni entendu. Nadège Prugnard est depuis des mois dans la Jungle de Calais et recueille des bruits des sons des paroles, des cris qui sont la rage de l’injustice. Autant de matières qui sont le terrain de son écriture. A la fois le terrain de son écriture et source de réinterprétation pour les acteurs (comme le propose Nadège à chaque détour de phrase). Les acteurs doivent se réapproprier le texte, l’improviser, le malaxer, le forcer, de telle sorte qu’il soit le leur et qu’il sonne comme valeur universelle. Ce qu’on cherche, c’est à dépasser le sens et à montrer à voir ce à côté de quoi on est toujours passé.

Vive le vin et l’art (et les chansons)

Soirée Karaoké à la salle des fêtes de Fresnicourt proposée par l’association Art et Culture de Fresnicourt le Dolmen, samedi à partir de 19h. Un euro le billet d’entrée. Tombola. Nombreux lots. Cette soirée est organisée au profit de l’association. Comme à St Agil (Loir et Cher), sauf qu’à St Agil, il n’y avait pas de croque-monsieur. Quand on est allé jouer La Brique à St Agil, après le spectacle dans la magnifique grange, il y avait eu une grande soirée Karaoké  au restaurant du village, avec des musiciens. C’était du tonnerre ! La nuit avait été longue et nombre d’entre nous avait dansé sur les tables du café jusqu’à l’aurore. Il était prévu qu’en fin de semaine, après la semaine de travail avec les ouvrières de la Redoute, on se retrouve chez Soraya, mais Soraya n’est pas au mieux de sa forme, donc on dînera ensemble une autre fois. A Wattrelos tout se passe très bien. Aux dernières nouvelles le spectacle avance très vite. Toutes les ouvrières et Hvdz sont au taquet sur cette réalisation. Et c’est passionnant.

Qui redoute la parole (2)

Hier soir rencontre de travail avec les ouvrières de la Redoute dans l’idée de faire un spectacle au mois de juin qu’on présentera à la boîte à musique (BAM) de Wattrelos. Guy s’est perdu dans Wattrelos sous une pluie diluvienne. Pourquoi s’est-il rendu rue du 8 mais 1945 ? Bref, il est arrivé juste à l’heure à la Maison Pour Tous de la Martinoire, après un coup de fil paniqué à Marie qui l’a remis sur le droit chemin. Quand il est arrivé, Didier, Marie et Martine de la Redoute étaient déjà là. Puis Murielle, Malika, Françoise et Fatima nous ont rejoints. On a passé deux heures à lire le script, préparé par Didier et Martine (HVDZ) en y apportant des précisions au fur et à mesure de la lecture. Françoise a très envie de passer très vite sur scène. En tout cas cette première séance de répétition est très encourageante et enthousiasmante. On remet ça ce soir avec Didier, Martine (Hvdz) et le groupe des ouvrières qui sera plus nombreux.

Un beau dimanche après midi de théâtre à Aulnoyes-Aimeries au 232U

L’ après-midi de théâtre d’Aulnoyes s’est très bien passé. Le spectacle a duré une petite heure et les gens ont assisté au spectacle des acteurs et des actrices et regardé et écouté les vidéos (aux casques) des ouvriers et ouvrières qu’on avait filmés avant le stage et dont on avait retranscrit les paroles. Ces paroles étaient jouées par les comédienNEs qui avaient appris certaines retranscriptions par coeur et qu’on avait mises en scène la semaine dernière. On a eu du monde, un public qui a parfaitement joué le jeu de cet après-midi de recherche théâtrale sur la parole ouvrière. Les responsables du 232U étaient tous présents ainsi que des représentants de la ligue de l’enseignement. Thierry et Christophe, nos techniciens magiciens, étaient de la partie. Christophe nous avait chaleureusement préparé un tarte  qu’on a dégustée après la représentation, à l’heure du pot de l’ amitié. Longue discussion avec les gens après le spectacle, en partie sur la mise en abîme des paroles glanées, simples et naturelles, qui a provoqué de l’émotion chez le spectateur. Quelques unes des personnes filmées étaient présentes. Un bel après-midi convivial et théâtral.

un vendredi dispersé

Deux semaines après Loon-Plage où on est resté une dizaine de jours. La semaine prochaine, on va travailler à Wattrelos, tous les soirs, avec des ouvrières de la Redoute. A partir des paroles collectées en décembre 2015. On y va tous les soirs et en fin de semaine, on ira manger chez Soraya. L’équipe d’Hvdz et les actrices de la Redoute. Loon-Plage, on a l’impression que c’était hier et en même temps, ça passe si vite, on a l’impression que c’était il y a beaucoup plus longtemps. Il faut dire qu’on passe très vite d’un projet à un autre, d’un territoire à un autre. Dire qu’hier on a répété La Brique dans la salle 2 du 11/19, à Culture Commune. On regardait les murs et les tuyauteries et on se disait qu’à deux ans près, on sera là depuis vingt ans. Toutes les personnes qu’on a croisées hier, à Culture Commune, sont nouveaux dans la maison. Les bâtiments ne bougent pas, sont toujours là mais les gens passent et un jour, inévitablement, ils s’en vont. Aujourd’hui toute la compagnie Hvdz était dispersée. Gilbert était au bureau, seul, tandis que le reste de l’équipe vaquait à des activités multiples, chacun pour soi. Aux quatre coins de la région et de l’hexagone.