N’oublie pas de vivre

On a répété cet après-midi. Quelques heures. Avec Martine. On a réussi à réduire le texte qui retrouve une durée quasi-normale. On a quasiment filé tout le spectacle et gommé ces petits riens qui, à la fin, rallongent le spectacle de dix minutes. La Brique a repris ses proportions d’origine. La prochaine représentation a lieu à Wallers, au centre historique minier, et dans la foulée, au Montfor pour une quinzaine de jours, à Paris. On se rend compte ces jours-ci qu’on va avoir du mal à financer nos prochains spectacles et qu’on ferait mieux de répondre à la commande. Mais on se dit aussi qu’on est à un âge où on aimerait aller au bout d’une recherche artistique, politique, philosophique… si tant est que ce soit possible d’aller au bout de quelque chose. Si on ne le fait pas maintenant, il faudra parier sur une autre vie, un éternel retour nietzschéen, mais si les choses se reproduisent à l’identique, on n’est pas plus avancer, d’où l’intérêt vital de se donner les moyens dans cette vie-ci (je veux, dit le lion (dans Ainsi parlait Zarathoustra), il se crée liberté quand le chameau subit et porte sa charge parce qu’il ne peut pas faire autrement, il obéit au « tu dois » des contempteurs du corps qui ne se figurent le corps que dans la douleur) d’aboutir ce qui nous semble essentiel, même si pour d’ autres, ça n’a pas plus d’importance que ça et nous encourage à répondre à la commande.

la honte

On a décidé de répéter la Brique parce que le spectacle est, aujourd’hui, beaucoup trop long.

On a retrouvé un jeune afghan mort à Calais.

On ne sait rien pour l’instant mais les agressions contre les migrants se multiplient, le groupe qui s’est récemment manifesté à la gare de Calais (samedi dernier) Pegida-France, mené par un ancien général d’armée,  appelle à la lutte armée contre les migrants. Ces nazis n’ont que la haine en eux. Rien ne pouvait arriver de pire. La résurgence des nationalismes et la violence armée des extrémistes de droite. Ouvrez donc cette putain de frontière (laissez les gens vivre comme bon leur semble), chaque jour qui passe est un risque supplémentaire, un risque de guerre civile ! De guerre tout court d’ailleurs ! On  pensait que cet état, dit socialiste, aurait montré davantage d’humanité, d’amour des gens, de politique généreuse et solidaire… Et c’est le tout sécuritaire qu’ils ont choisi.

Cet après-midi, on répète à 14h, en salle deux.

Pas une journée sans son lot de complexités

Une semaine un peu plus calme mais pas pour Marie et Gilbert. On a discuté ce midi de ce qu’on allait faire avec les ouvrières de la Redoute, ça se précise bien et c’est très enthousiasmant. Ensuite on s’est demandé quel était l’investissement des Tréteaux de France sur ce travail. Tout semblait soudainement très compliqué. Personne n’était plus en mesure de dire quel accord nous avions passé avec les Tréteaux. Heureusement Marie eut la bonne idée de revenir aux premiers mails échangés avec les Tréteaux, qui définissent précisément le projet artistique et culturel sur la Redoute 2016, projet fidèle à l’éthique de notre démarche. Pour comprendre, comme dans bien des domaines, il faut faire l’anamnèse des processus et des idées qui nous ont amenés là nous où nous sommes. C’est l’oeuvre d’une vie si on prend à la recherche du temps perdu de Proust. Marie nous a ainsi sortis de l’impasse, en nous ramenant au début des discussions.

Tous à Aulnoyes Aimeries dimanche après-midi !

C’était vraiment un chouette moment à Aulnoyes Aimeries. Deux jours au 232U avec huit comédiens de la région et Christophe d’Hvdz. Et ça n’est pas fini puisqu’on va montrer le résultat de notre recherche dimanche prochain, dans l’après-midi. On va créer un évènement facebook, on espère avoir un peu de monde. Christophe Piret a créé ce lieu de résidence et de création et a mis énormément d’énergie dans la réalisation du projet. C’est une réussite. On aimerait bien qu’il soit davantage soutenu par les partenaires financiers. Un lieu comme celui là est une chance à saisir pour une ville, un territoire… Grâce à cet endroit des artistes de partout viennent à Aulnoyes Aimeries, découvrir la ville et y entraînent des publics qui vont dans les commerces de la cité, échangent avec les habitants, font connaître les attraits touristiques de l’Avesnois. Christophe Piret met en place tout au long de l’année des ateliers et des spectacles qui font participer les gens. Beaucoup de gens à Aulnoyes Aimeries et dans la région sont venus au théâtre grâce à Christophe et toute son équipe qui ont permis à chacun de se retrouver dans la démarche artistique et participative du 232U. Pas étonnant qu’on ait fait notre stage sur la parole ouvrière là-bas.

Aulnoyes Aimeries 2

Le deuxième jour de stage a eu lieu. On a beaucoup travaillé, Christophe notre technicien magicien nous a donné un coup de main à la chorégraphie, il a pris note de tous les déplacements et pour bien faire, il va transmettre à chacun ce qu’il a noté pour que les artistes puissent se remémorer, à la maison, leur parcours. On joue dimanche prochain à Aulnoyes Aimeries au 232U à 16H. La présentation est prévue de 16h à 19h. Les spectateurs ont la possibilité d’ arriver quand bon leur semble et de prendre le spectacle en cours. On a mangé ce midi sur le mode de l’auberge espagnole. On a goûté à des plats différents, tous réunis au chaud dans la petite cuisine du théâtre. Patrice, un des acteurs du stage, s’est complètement cassé la voix. Dans la salle de répétition, il a fait frisquet. Deux jours à parler dans le froid, ça abîme les cordes vocales. Il a eu beaucoup de courage. Il est resté là toute la journée à travailler dur. Il reste à revoir les textes dans la semaine et dimanche avant le spectacle, remettre en place les chorégraphies et nous serons fin prêts pour les trois heures de représentation.

Aulnoyes Aimeries

Et ben quoi ? Avec Christophe, on a passé la journée à Aulnoyes Aimeries pas loin de Maubeuge. Pour être précis, Christophe est arrivé à 10h et Guy à 14h. Un bel après midi de travail sur la parole ouvrière. On est dans la Fabrique de Christophe Piret. A cette heure-ci dans l’ appartement des compagnies en résidence. On a bien bossé cet après-midi. Les stagiaires avaient drôlement bien préparé la recherche. Ils sont allés interviewer des ouvriers de cette partie du Nord de la France. Ils ont retranscrit leur parole par écrit. Et aujourd’hui, les unes et les autres ont interprété théâtralement les récits enregistrés. Qu’est ce que le théâtre donne à voir d’autre que le réel (quand il s’en empare) ? Pour quelle transformation possible ? On s’est posé ces questions et on a mis en place dans l’espace des façons de dire et de bouger qui décale le réel jusqu’à le rendre formel, ce qui donne l’impression d’un vivant étrange, décodé. Ce soir avec Christophe on a tourné dans Aulnoyes pour trouver à manger. L’unique restaurant ouvert réservait ses tables aux amoureux de la St Valentin. Cela nous était bien égal tant qu’ on pouvait manger. Mais au regard des prix, on s’est commandé des repas à emporter un peu plus loin. Demain deuxième jour de stage.

Et pendant ce temps là on continue à faire du théâtre

On a présenté nos impromptus au gens de Culture Commune. On n’est pas prêt. Reste du boulot. Mais chacun est sur sa voie. Manque qu’à peaufiner la technique et les montages. Demain on va à Aulnoyes Aimeries travailler avec une troupe de théâtre amateur sur la parole ouvrière.

On a appris que Culture O Centre a disparu. C’est pitoyable. On vit une époque triste à mourir. Les unes après les autres les structures culturelles sont dézinguées et personne ne dit rien. On est fataliste. On parle davantage aujourd’hui des mouvements d’extrême droite, comme des coups de forces nazis à Calais, samedi dernier, de fermeture de frontières, de déchéance de nationalité, que d’une quelconque mobilisation à gauche pour défendre la culture et les emplois. On est dans un monde de fous. Relan de haine, de défaitisme et de nihilisme. « Celui qui lutte peut perdre, celui qui ne lutte pas a déjà perdu » disait B.Brecht.  On dirait qu’on a déjà oublié les cinquante pour cent du Front National (et plus) aux élections régionales. On est anesthésiés, incapables de réagir. On est tenus par les discours catastrophistes sur les budgets qui s’effondrent et le manque d’argent de l’état pendant que les grosses entreprises continuent d’engranger des profits démentiels, à ne pas payer d’impôts parce que le siège de leur activité est dans des paradis fiscaux, tandis qu’on balance des bombes et qu’on alimente les conflits irako-syrien. L’invasion de l’Irak, par les américains, et ses conséquences désastreuses, au point de vue des populations et de la politique interne de l’Irak et des pays alentours, n’aura pas donc pas suffi. Tout est prétexte à justifier les dézingages culturels, Culture O Centre disparaît, c’est sans doute un effort de guerre. Un millième de missile en plus sur la tête des gens.

Et la mer efface sur le sable le pas des migrants disparus

Demain réunion technique avec tous les techniciens magiciens de la compagnie, et Marie, Gilbert et Guy pour traiter de la suite à donner techniquement à nos prochaines installations. Ce week end, deux jours de recherhce à Aulnoyes Aimeries avec une troupe de comédiens amateurs sur le thème du travail.

Nous sommes entrés pour toujours dans le royaume de l’incurable inquiétude. Je passe une bonne partie de mes journées à m’en faire. Mais ça n’est pas nouveau, mais il est bon parfois de rappeler qu’on doute. Par exemple de la volonté des hommes à vouloir résoudre le drame mortel des migrants à Calais et ailleurs. On préfère passer du temps à promulguer des lois débiles sur la déchéance de nationalité et à changer un gouvernement pour un autre qui continuera de faire les choses de la même façon. C’est absurde et irresponsable. Ou alors c’est fait exprès et c’est à désespérer de nos démocraties aristocratiques et au delà de l’âme humaine. Pire que le désespoir, disait Camus, c’est l’habitude du désespoir. Par exemple, quand tu vois un migrant à Loon Plage et que tu te dis et te répètes, faudrait faire quelque chose et que tu ne sais pas quoi faire. Surtout quand t’apprends, deux jours plus tard, que des groupes de nazis ont tabassé des migrants, qu’ils ont laissé pour morts dans les rues de Loon.