Passer le gers par la passerelle sinon à la nage pour retrouver Circa en venant de la cathedrale

On joué à Auch dans une ancienne église. C’était plein. On a passé une belle soirée. Super accueil de la part du public d’Auch. Toutes générations confondues. On avait de la concurrence, Phia Ménard au même moment dans une autre salle. Une formidable concurrence. On s’est rencontrés après le spectacle quand nous sommes redescendus au Q.G de Circa. On a échangé, bu du Champagne et du Perrier menthe. Aujourd’hui direction Boulazac pour y jouer demain. Marc Fouillant et son équipe nous ont accueillis avec beaucoup d’attention et de sympathie. On était venu l’année dernière avec Aimer si fort. Un grand souvenir et on poursuivait aussi par Boulazac. Au bureau de la compagnie, tout le monde taffe à donf. Et des camarades sont à Fleury Mérogis.

No Border

Les militant-e-s du mouvement No Border s’expriment peut dans les médias, souvent par défiance envers ceux-ci. Du coup, ce sont d’autres qui parlent du mouvement, et un sujet sur « No Border » se résume souvent à une collection de points de vue plus ou moins informés.

Par ailleurs, dans la rhétorique officielle, « No Border », généralement énoncé comme « les No Borders » ou « des No Borders », parfois qualifiés « d’ultragauche », a pris une place importante. Si la politique des pouvoirs publics est bonne, équilibrée et efficace, il faut expliquer qu’elle ne marche pas, et qu’elle donne une image de violence. La violence est donc due à des éléments perturbateurs, eux-mêmes violents.

Les pouvoirs publics désignent donc un ennemi, responsables des éléments gênants de la réalité, ce qui justifie la répression à son encontre. À partir de là, il est possible d’englober sous le vocable « No Border » toute personne ou groupe qui marque son désaccord avec la politique menée : participant-e-s à la manifestation de solidarité du 23 janvier (voir ici, ici, ici et ), bénévoles humanitaires et témoins (voir ici, ici et ), militant-e-s présent-e-s dans un squat (voir ici, ici, ici et ). Stigmatisation dans les déclarations officielles, reprises par les médias, violences physiques, arrestations, poursuites judiciaires sont les instruments ordinaires d’une politique de la peur destinée à décourager les résistances, les explications sommaires sur un mouvement mal connu sont destinées à faciliter le consentement à cette violence sur des personnes perçues comme à part des associations de solidarité.

Les militant-e-s du mouvement No Border gagneraient sans doute à expliquer simplement leur action.

Mais à défaut, on trouve facilement sur le net des informations, principalement en anglais, permettant de se faire une idée.

Le site Noborder network permet de retrouver les débuts du mouvement, depuis le premier camp organisé à Rothenburg, en Allemagne, en 1998, de connaître les rencontres organisées les premières années et les campagnes lancées, principalement jusqu’à 2005, ainsi que les principes généraux qui restent toujours valables. No Border est ainsi un réseau horizontal, reliant des groupes ou collectifs de base ou de terrain. Le site a continué à être mis à jour jusqu’en 2013.

http://noborder.org/

Le site « The Border id the problem… » a été créé à l’occasion du camp No Border qui s’est tenu en 2009 sur l’île de Lesbos, en Grèce, qui a vu entre autres la création du réseau « Welcome to Europe », et qui a aussi été l’occasion de manifestations conjointes des exilé-e-s et des militant-e-s qui ont conduit à la fermeture du centre de rétention de Pagani, le pire que ce pays ait connu. Le site a été mis à jour jusqu’en 2013.

http://w2eu.net/

Le blog Calais Migrant Solidarity a été créé à l’occasion du camp No Border qui s’est tenu en 2009 également à Calais. Il est principalement en anglais, mais certains articles sont en français. Il retrace l’activité du mouvement à Calais depuis lors, puisque depuis 2009 des militant-e-s se relayent pour y avoir une présence permanente.

https://calaismigrantsolidarity.wordpress.com/

On peut être d’accord ou pas avec les idées, les modes d’organisation et les actions du mouvement No Border. Mais au moins, on a les moyens de savoir ce dont il s’agit.

On n’a plus le temps de rien

On est actif dans tous les domaines à Hvdz, entre La Redoute et les Tréteaux de France, La Brique à Auch et Boulazac, cette semaine, la prison mercredi, on n’arrête pas. On bosse comme des tarés. Ne dîtes à personne qu’on n’est qu’une petite équipe. Mais tant que tout va dans le bon sens, ça n’est pas l’heure de se plaindre même si c’est dur. Des journées de rendez-vous pour trouver des solutions à des problèmes de production parce qu’ on n’a pas les reins très solides en termes financiers. C’est une bagarre quotidienne. C’est usant. Mais c’est passionnant. Mettre en place des chantiers de formation, des cours dans les écoles etc. Tourner les spectacles. Préparer la saison prochaine. Mette en place la tournée CCAS en Bretagne. Préparer les feuilles de route. Gérer toute l’administration de ces dix mille activités. Surtout ne dîtes à personne qu’on n’est qu’une toute petite équipe.

Un nouveau lieu dans la région

Claire Dancoisne a ouvert son lieu à Dunkerque. Après avoir travaillé pendant des années rue Colson à Lille, où, il y a longtemps, naissait l’Aéronef. Quelle belle récompense pour La licorne de Claire Dancoisne après toutes ces années de tournée, de succès à travers le monde, que de disposer enfin d’un endroit à la mesure de ses créations artistiques et de sa recherche. A croire que ce vieux théâtre de la rue Colson est chargé d’ondes positives qui entraînent ceux qui y travaillent vers l’épanouissement et la réalisation créative. On serait volontiers allé à l’ouverture de ce nouvel espace de création mais nos activités ne nous ont pas permis de nous libérer. Anne B. s’y est rendue et nous a raconté combien la soirée d’ouverture fut festive et à la mesure de la joie partagée par tous les gens qui ont souhaité depuis toujours que La licorne dispose d’un théâtre qui lui permette de créer de s’élever davantage encore.

l’important n’est pas ce qu’on a fait de nous mais ce qu’on fait de ce qu’on a fait de nous

Lundi on reprend la route pour Auch et Boulazac. Pour la Brique. La semaine suivante, on sera à Fleury Mérogis. Pour commencer à mettre en place la construction finale du spectacle avec les personnes détenues. Tous les mercredis, depuis des semaines, deux acteur-e-s de la compagnie interviennent pour accumuler des éléments qui seront le coeur du spectacle.

Aujourd’hui on a appris qu’on fera la tournée CCAS fin juillet, en Bretagne. L’an dernier nous sommes allés dans les Alpes.

Ce midi, on a eu une discussion sur les différents rendez vous de la compagnie, ces dernières semaines. Nous sommes en bas de l’échelle de la hiérarchie des structures culturelles. On se retrouve toujours en situation de demande, en ce qui concerne les co-productions, la diffusion… Et cela façonne nos comportements. Alors qu’on se targue d’avoir lu tout Bourdieu ou presque, on se laisse bien souvent impressionné par des attitudes aux habitus de riches et on peut faire alors de nous ce qu’on veut. C’est la puissance des dominants sur les dominés qui agit jusque dans les détails d’un comportement ou d’une façon de porter le regard.

Redoute et Samsonite

Parler comme un livre. On disait ça des gens qui maniaient la langue avec beaucoup de dextérité, quand on était au village. Hélène qu’on a vue cet après-midi, qui travaille avec les ouvrières de Samsonite de Hénin-Beaumont, qui luttent depuis plus de dix ans, parle comme un livre. Elle a fait des reportages et du théâtre sur la lutte de ces femmes contre les patrons de Samsonite. Elle parle des ouvrières avec beaucoup d’empathie. Elle est admirative de leur combat. Elle travaille sur ce combat depuis plus de neuf années. Elle dit combien elle a appris auprès de ces femmes, sur le monde du travail, sur l’évolution de la société, sur la place des femmes dans les entreprises et dans la société. Elle nous a conseillé de lire en découdre de Fanny Gallot, sur les combats révolutionnaires des femmes qui ont transformé notre monde. Nous avons échangé sur les travaux que nous menons sur La Redoute et l’envie nous est venue de préparer un évènement où l’on pourrait rendre comte de toutes ces luttes, par le théâtre, des installations vidéos, des ateliers avec des enfants et des adultes (sur la fabrication de slogan et de banderoles). On va proposer aux Tréteaux de France de s’y associer.

ANge de desolation de B.Cantat

Tu viens encore chaque nuit
Visiter mon jardin enfoui
Comme une traînée d’or effilochée
Toi la douce trace hurlante
Dors mon ange de désolation
Dès que le vent aura tourné
Nous ferons diversion
Et tu m’emmèneras

Tu sais maintenant de ce côté du monde, on étouffe
L’odeur du souffre et les cristals brisés
S’incrustent au tréfonds des chairs
En direct, notre cœur en dissection
Dans leur panier à ordures
Il y’a aura 500 diversions

Pour engraisser les porcs

Dors mon ange, dors
Dors mon ange, dors
Dors mon ange, dors

L’éternité nous appartient
Chaque seconde la contient
Dis moi te souviens-tu des splendeurs nocturnes et des rires fous
Et dans l’iris, plantés comme des poignards
Des éclats de vie, rien qu’à nous

Dors mon ange de désolation
Rien ne pourra jamais nous enlever nos frissons
On mixera la voûte céleste avec le macadam
Et tu m’emmèneras

Un monde fou à Aubusson

Retour d’Aubusson. Bus, train, métro, train, voiture. Hier soir, belle soirée au théâtre Jean Lurçat. Autour de deux cents personnes. Marie Pierre, Gérard et toute l’équipe de la scène nationale nous ont permis de représenter La Brique dans leur théâtre. Un grand merci ! On a joué longtemps. Une heure trente. On est resté un peu plus longtemps sur certaines photos, tel celle du jeune garçon en maillot de bain et casquette. Une photo impensable. Une casquette trop grande, un maillot de bain sans forme et un bronzage de jardinier. On s’est demandé qui avait pu penser un tel accoutrement pour ce jeune garçon. Sans hésiter, on s’est dit… Jean Paul Gaultier. Et tout de suite, ça prend une autre allure. On y voit davantage de sensualité et c’est Visconti sur la plage de Calais. Derrière les cabines de plage, cette photo, c’est Mort à Venise. Et la suivante, c’est Beinex avec Béatrice Dalle et Jean Hugues Anglade dans 37,2° le matin. Rien à voir avec Germinal. On est resté un peu plus longtemps qu’à l’habitude sur la dernière séquence du spectacle. Quand on fait comme si dans le public se trouvaient tous nos morts, ceux qui nous ont faits. De ma tante Georgette  à Jean Paul Sartre et Tarchovski. Tarchovski dans le miroir quand il redonne vit à ses proches disparus. Comme s’il naviguait au milieu d’eux, en eux ou plutôt eux en lui. On a convoqué plus de fantômes que d’ordinaire pour que les une heure et demie de spectacle soit plus peuplées de témoins au tribunal de la vie. Au cinéma de l’existence reconstituée.