Le fait qu’on cède à nos pulsions, ça n’est pas nouveau. Mais aujourd’hui c’est tout le monde qu’on pousse à être consommateur, sans se poser de question. Les questions civilisationnelles. Qu’est qu’une question ? On peut refuser de se poser des questions, dans ces cas là nous sommes des morts vivants. Il y a trente six mille manières de ne pas se poser de questions. Il faut cependant de façon essentielle se poser la question de la question. Nous avons de plus en plus de mal à nous individuer. A faire des efforts, à devenir ce que nous sommes comme le disent Pindare et Nietzsche. Tout est fait dans notre société pour nous rendre paresseux, ne pas penser, ne pas se poser de questions, négligents, irresponsables et soumis à nos pulsions. Toute la société est organisée de manière grégaire. Les Grecs ont inventé l’individualité de chacun pour l’émulation des uns par rapport aux autres. Nous sommes aujourd’hui désocialisés, pulsionnels, grégaires, désindividués. Sectaires, excluant les autres. Nous pouvons lutter contre notre grégarité. Comme dit Freud, le mode de vie grégaire, l’homme y cède souvent comme dans des formes d’organisation politique qui ont dominé à partir de 1933 en Allemagne. Des foules qui s’identifient de manière régressive à un chef. Méfions nous des foules, du grand nombre qui peut conduire au pire. Le pire, pourvu que ça ne revienne pas. Ça ne dépend que de nous.
Actualité
Le cirque d’AMiens recrute son directeur
On a toujours du pain sur la planche. On n’arrête pas. Alors dès qu’on a un peu de temps pour soi, on en profite au maximum. On fait tout en même temps. On court, on marche, on lit, on écrit, on fait du tambour, on nage, on cultive son jardin, on va au cinéma et on participe aux nuits debout. On ne va pas se plaindre, il ne faut pas se plaindre nous disait hier une personne détenue à Fleury et on souffre moins. Quel bel après-midi nous avons passé hier à la prison ! Que de belles rencontres ! Heureusement, tout cela n’est pas fini, on y retourne très bientôt.
Dès lundi, on participe à une dicussion avec des collégiens de Billy-Montigny et mardi, on joue la Brique au 11/19 de Loos en Gohelle pour ces mêmes élèves. A 10h du matin. En fin de semaine, on va à La Durance (près de Marseille), qui est dirigée par Elodie Presle, qui fut directrice adjointe de Culture Commune dans les années 2000.
DEMO5 terminus Juvisy
On est épuisé après notre semaine à Fleury, à la maison d’arrêt. On est rentré tout à l’heure par le bus, le Rer, le train puis la voiture. On portait d’énormes valises avec tout le matériel vidéo et les feuilles, les cahiers, les livres… tout ce dont on a eu besoin dans la semaine pour travailler avec les personnes détenues. On a le dos cassé et les épaules en vrac. Le voyage de retour n’en finissait pas. Quand on est à ce point fatigué, on ne supporte plus rien. Que ce soient les cris dans le bus, les bousculades dans le Rer, les tickets de métro ou parking qu’on ne retrouve pas au fond de ses poches et qui vous font perdre du temps. Une journée qui semble ne jamais finir. On n’a plus de patience pour rien.
Il existe dans la mythologie persane, une pierre qu’on appelle la pierre de la patience, à qui les gens auraient l’habitude de se confier. Et puis un jour la pierre de la patience éclate et livre tous les secrets qu’on lui a confiés, pour enrichir le monde de tout ce savoir emmagasiné pendants des années. On avait cet après midi hâte de retrouver nos briques du Nord-Pas de Calais, pour leur raconter notre semaine à Fleury Mérogis.
Leonard Cohen, Chelsea Hotel
Nous ne choisissons pas certaines musiques, ce sont elles qui nous choisissent.
On doit bientôt quitter la maison qu’on a habitée pendant une petite semaine. Une grande maison bourgeoise de Ris Orangis au milieu de grands arbres. Il y a tant de longues barres d’immeubles tout autour, qu’on ne s’imagine pas trouver des maisons de la sorte dans ce quartier.
Aujourd’hui, on a rassemblé tous les documents qui concernent le spectacle pour les soumettre au regard de la direction de la prison, qui nous dira ce qu’il est possible d’utiliser dans le spectacle, qui sera donné à la salle cultuelle de la maison d’arrêt et au théâtre de l’Agora d’Evry.
On attend depuis tellement longtemps le texte du spectacle de Ricardo sur la Redoute à Roubaix qu’on en finit par désespérer. On n’ose plus le rappeler. On se dit que bien sûr, ça finira bien par arriver. Le spectacle sera mis en scène et présenté la saison prochaine. Et il y a tant à faire d’ici là. Sur ce spectacle et aussi sur beaucoup d’autres chantiers.
Demain on quitte la banlieue parisienne pour retrouver Lille, Tourcoing et le bassin minier du Pas de Calais. On partira en ordre dispersé. Jérémie et Marie partiront après le repas du midi. Guy, Didier et Martine, après un dernier passage à la prison dans l’après-midi, prendront le bus DEMO5 et le RER D et le TGV Nord.
En fuite
Nous sommes depuis quelques jours à Ris Orangis. Nous travaillons jour après jour à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis, dans le cadre d’un projet avec le théâtre de l’Agora d’Evry. Chaque semaine se suit et ne se ressemble pas. La semaine dernière nous étions sur les routes, entre Auch, Boulazac et Arras. La semaine prochaine, nous irons à Billy-Montigny et à La Durance, avant Firminy et Fos sur Mer.
Ce soir, on a va tous voir un spectacle à l’Agora, une représentation de cirque (jonglage) et on dîne su place. Au restaurant du théâtre.
arrivee au crepuscule sur la ville
droit dans le soleil, mouawad cantat
Juste fauves au milieu de l’arène
On ne renonce pas on essaye
De regarder droit dans le soleil
Quand l’amour revient à la poussière
On ne se console pas, on s’enraye
Mais on regarde droit dans le soleil
L’enfer est myope autant que le ciel
On t’avait dit que tout se paye
Regarde bien droit dans le soleil
Tout se dissout dans la lumière
L’acier et les ombres qui marchaient
A tes côtés
Dans le parfum des nuits sans pareil
Et l’éclat des corps qui s’émerveillent
Ses lèvres avaient un goût de miel
On regardait droit dans le soleil
Les serments se dispersent dans l’air
Et les mots qui retombent à l’envers
On ne sait plus comment ça s’épelle
Regarde droit dans le soleil
Tourne tourne la terre
Tout se dissout dans la lumière
L’acier et les ombres qui marchaient
A tes côtés
Assiégée par le chant des sirènes
Sentinelle au milieu de la plaine
Le tranchant de l’œil en éveil
Pour regarder droit dans le soleil
Auch
La ducasse
On était hier soir à l’Agora de Boulazac. Enorme plaisir. Accueil d’enfer pour la Brique, Pierre, Guy et Christophe. On a de la chance. Aubusson, Auch, Boulazac, quand je vous dis qu’on a de la chance ! On répand des briques d’amour aux quatre coins du pays ! La Brique d’amour, c’est comme la pomme d’amour qu’on achète sur les ducasses. Ça a un air de fête. Comme quand on était gamin, on faisait un tour de manège et on allo demander des sous à s’mère pour y r’tourner. Mais que malheur quand el ducasse, al éto finie ! Que malheur !
La ducasse avait lieu deux fois l’année à Ferfay n°3, une fois à Pâques et une fois vers le quinze août. Ça durait trois ou quatre jours. Il y avait un chapiteau tout en longueur avec un plancher de bal et le tour du chapiteau était en bois. Il y avait bal le samedi soir et bal apéritif le dimanche midi. Le samedi, un orchestre de la région venait jouer des airs de variétés et rock and roll. Et de musette, un peu. Il y avait de séries de danses rapides et des séries de danse lente, de la valse musette et du tango. Ça durait jusqu’à deux ou trois heures du matin. Beaucoup de couples se formaient pour un soir ou deux. Parfois pour les vacances. Parfois pour une vie. Certains soirs de bal, rien ne marchait, les gens attendaient que le monde arrive et personne n’entrait. Les gens repartaient après avoir un peu attendu et la fête s’arrêtait avant d’avoir commencé. Dans l’odeur des frites d ‘el baraque à frites qu’on mangeait avec du vinaigre et de la moutarde. Pas de mayonnaise ni de ketchup. Encore moins de sauce samouraï.



