Rencontrer, raconter, partager, re-partager, re-raconter et re-rencontrer

Prendre son petit-déjeuner au Soli, ça permet de re-rencontrer des personnes qu’on a déjà interviewées. Monsieur Gilbert Sublet. Qui avait transformé sa ferme en hôtel, qui était agriculture avant d’être hôtelier. Que nous avions rencontré samedi dernier. Et qui, ce matin, est venu prendre relais de fille Marie-Laure, dans la salle du petit-déjeuner. L’occasion de nous raconter « l’après-interview » et les discussions familiales au Soli après le départ de notre caméra.
Gilbert nous avait apporté des boîtes entière pleines de photos, et toutes ces photos, il ne les a pas rangées tout de suite. Ils les ont re-regardé en famille ce week-end, et ils ont voyagé dans le temps. Ils ont repartagé des histoires. Ils ont parlé de ce que ça veut dire que de vivre à Saint-Julien. Le parcours des anciens, le parcours des enfants, des petits-enfants déjà grands. Les terres. Les réalités. Les choix de vie. Les frontières. Ce paysan qui n’avait pas d’héritier et qui avait mis dans son testament : « Ne pas vendre cette terre à un Suisse ».
Ce petit-déjeuner a déclenché l’envie de reprendre un rendez-vous pour nous montrer d’autres choses, d’autres images, nous raconter des nouvelles histoires. On se revoit demain.
Ce petit-déjeuner a aussi déclenché l’envie de nous montrer la région, ses secrets, ses chemins magnifiques d’où l’on domine toute la région, d’où l’on domine la Suisse. (« C’est parfois pas mal de dominer la Suisse », nous dit Gilbert en riant.) Les promenades dans les petits sentiers, ce n’est pas sûr que nous aurons le temps.
Mais à suivre quand même.

Un objet pour se rencontrer et raconter un morceau de son histoire

En faisant de porte-à-porte pour faire les pas-de-porte, nous demandons parfois à la personne qui nous a ouvert sa porte de nous montrer un objet, un objet auquel elle tient, et nous lui demandons de nous raconter pourquoi cet objet. Nous filmons l’objet quelques secondes, ce sera une séquence du film-spectacle : un succession d’objets dont nous rapporterons l’histoire…
La petite fermière et son oie. Elle représente l’innocence, elle est rétro, sans être de mauvais goût, elle est italienne. Je l’ai trouvée dans une brocante. Et j’ai imaginé le bazar du magasin italien d’où elle vient. Je l’aime beaucoup. Et ce qui rajoute à mon attachement pour cet statuette, c’est qu’elle plait à ma mère. J’ai emménagé depuis peu chez elle, elle à 93 ans. J’ai ramené cette fermière dans sa cuisine, un peu en attente de ce qu’elle allait en dire. Et ça m’a fait plaisir de voir qu’elle l’a adopté, elle a été touchée par cet objet, elle s’est inventé une histoire entre la fermière et l’oie. C’est l’oie qui essaie de voler la salade. La fermière, elle essaie de sauver sa salade.
Beaucoup d’enthousiasme dans ce récit.
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Demain est une journée pleine

On a du travail en veux tu-en voilà. Le principe des Portraits comme de ce que nous appelons les Veillées nous appelle en permanence sur le terrain. Il y a toujours mille choses à faire avec les gens. On peut essayer des nouvelles manières de faire et c’est le cas avec notre nouvelle collaboratrice, Bénédicte, qui réinvente les rencontres filmées avec la ville. On a pu voir tout à l’heure la séquence (montée) de la valse qu’on redécouvre parce qu’elle est différente. C’est le jeu. Ça joue comme disent les Suisses. Ça le fait.
Amely est toujours aux petits soins avec nous. Elle est présente ce dimanche et nous accompagne dans notre travail et notre recherche. Elle vient souper avec nous. On mange indien ce soir, au restaurant. Marie, Mourad et Natacha sont dans les rues ainsi que Bénédicte et Isabelle, parti-e-s à la rencontre des gens, dans les rues, dans les immeubles, dans les maisons, à la croisée des chemins pour une petite conversation, quelques pourquoi(s) qui nous font mieux comprendre le monde. Et filmer des pas-de-portes, des objets de valeur sentimentale et culturelle, et des gens qui nous disent des citations qu’on propose en nombre.

Valentina, Lumnije, Kaltrina…

Lumnije, c’est la maman, Valentina et Kaltrina, ce sont ses deux filles de 18 ans et 16 ans. Elles viennent du Kosovo et sont arrivées en France, il y a 5 ans. Elles sont tout d’abord arrivées à Dijon puis à Saint-Julien, il y a 3 ans. Saint-Julien, c’est plus petit et il y a plus de travail nous disent-elles. Elles adorent Saint-Julien et ne voudraient plus en partir. Pour l’instant, elles n’ont pas encore de papiers et elles attendent la réponse qu’elles espèrent positive pour cette année. Elles ne veulent vraiment pas rentrer au Kosovo où aucun avenir ne les attend. Il n’y a pas de vie là-bas nous dit Valentina: pas de travail, pas de possibilité de s’ouvrir, pas de possibilité de se soigner. Pour ces jeunes femmes, l’avenir là-bas serait de travailler pour rien et de rentrer chez elles garder les enfants. On comprend bien que Lumnije et son mari rêvent d’autres choses pour ces jeunes femmes. Elles nous disent qu’elles ont peur d’être renvoyées là-bas, d’être à la rue, de ne pas trouver de travail, de ne plus comprendre la langue là-bas.

Elles sont au lycée et veulent faire des études dans le commerce international (Valentina) et ouvrir une boutique de vêtements (Kaltrina). Valentina nous dit qu’elle attend vraiment ses papiers car sinon, elle ne pourra pas aller à l’étranger (en Espagne ou à Londres) avec le lycée pour faire son stage l’année prochaine.

Elles nous disent aussi que le problème est que personne, ni le papa, ni la maman ne peuvent trouver du travail car ils n’ont pas de papiers. Pour avoir des papiers, il faudrait avoir un travail. Cherchez l’erreur.

Lumnije, elle, prend des cours de français depuis deux ans. Pour l’instant, c’est Valentina qui traduit à sa mère tout ce qui se dit. Cela donne une belle relation. Les deux jeunes femmes ont appris le français en arrivant ici et, en 5 ans, elles parlent mieux la langue que nous (enfin que moi, je ne vais pas inclure tout le monde).

Hier, Valentina a fait un défilé de mode pour une association caritative. Ce défilé avait pour but d’aider des enfants malades. Elle nous dit qu’elle aime être ici parce que la solidarité est plus forte qu’au Kosovo. Définitivement, elles ne veulent pas rentrer. On croise les doigts (si on en avait 40, on croiserait les 40) pour qu’elles obtiennent rapidement leurs papiers.

On parle ensuite de traditions culinaires, linguistiques. Lumnije nous offre des gâteaux au miel: des baklavas.

Trois belles rencontres.

dimanche après-midi à Saint Julien en Genevois

Un après-midi différent. Mourad et Guy sont allés chercher Natacha (du Phénix de Valenciennes) à la gare, elle nous accompagne dans nos actions pendant un jour et demi. Après être allés à l’hôtel pour que Natacha puisse déposer sa valise, nous avons sonné chez les gens pour leur demander de bien vouloir nous dire une citation. Les gens semblent plus disposés à nous répondre quand ils sont dans la rue que lorsqu’ils sont chez eux (surtout s’ils n’y sont pas). On a récolté cinq citations en un peu plus de deux heures. Marie et Didier prennent le relais en fin d’après-midi pour augmenter le nombre de rencontres et récolter davantage de citations pour notre film-spectacle de la fin de la semaine.
Néanmoins, on a longuement discuté avec un couple de gens âgés. Il et elle nous ont raconté un peu de leur longue vie. Il est allé sur de nombreux fronts de guerre. Très très jeune, il était maquisard et par la suite, il est allé sur le front des guerres en ex-Yougoslavie et en Irak. Il était reporter pour une association humanitaire, les scouts de Cluse. Il a fait tout cela bénévolement. Sa femme tenait une boutique d’électronique dans l’immeuble où ils vivent encore aujourd’hui.