Hamina, la femme la plus joyeuse du monde…

imageNous avons rencontré Hamina à 15h00 à la MIEF. Hamina était pile à l’heure pour nous raconter une partie de sa vie, ses enfants, ses petits-enfants, son arrivée en France, son apprentissage de la langue française, les ateliers de cuisine, le bonheur de vivre ici.

Hamina déborde de bonne humeur et est ravie de partager avec les autres. Elle nous explique l’importance de savoir parler plusieurs langues pour que les relations avec les gens soient plus faciles.

Se comprendre, c’est la première des choses à faire pour pouvoir vivre ensemble. C’est pour ça qu’elle a persévéré au niveau des cours de langue française. Les deux premières années, elle ne comprenait rien, mais « rien du tout » nous dit-elle en rigolant franchement. Puis, peu à peu, elle a commencé à s’y faire et aujourd’hui, nous avons pu parler ensemble plus d’une heure cette après-midi.

Elle nous dit que, dans cette logique, le fait que les cours de langue arabe commencent à arriver en France est une bonne chose notamment, pour les enfants dont les parents sont de deux nationalités différentes. Il est important de savoir parler les deux langues.

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مدينة هامينا بالقرب فى مزاج جيد وهو سعيدا بمشاركتك مع الاخرين. كما توضح لنا اهمية معرفة كيفية ويتحدثون عدة لغات بحيث يسهل العلاقات مع الناس.

فهم (تشمل) هو اول (ليلة) من الاشياء التى يمكنك القيام بها فى ان يتمكنوا من العيش معا. لهذا السبب ذلك ثابرت على مستوى دورات فى اللغة الفرنسية. فى السنتين الاوليين, لم يفهم شيئا, لكن « لا شئ على الاطلاق  » يخبرنا الضحك صراحة(بصراحة). ثم, شيئا فشيئا, وبدا ذلك

 

Peu de pas-de-porte, mais des amours heureuses et du calme à partager

Bénédicte et Isabelle sont parties dans le quartier du Clos Bellevue pour faire la « séquence des Pas-de-porte ». Sonner chez les gens, expliquer ce qu’on « fabrique », demander à la personne qui nous a ouvert de poser devant sa porte, de ne pas bouger pendant 20 secondes, on filme. Il est 14h, 15h, 16h, un dimanche très ensoleillé, très chaud, beaucoup de maisons vides, beaucoup de portes qui ne s’ouvrent pas. Et quand les portes s’ouvrent, ce n’est pas si évident aujourd’hui d’arriver jusqu’au moment où l’on propose de sortir la caméra, les refus arrivent vite.
Mais il y a au moins une porte réjouissante : celle de chez Roméo et Juliette. Même si c’est fermé, on est content de les savoir réunis.
Et il y a une dame, rencontrée dans la rue pendant notre « errance », qui nous dit que cet après-midi, c’est « exceptionnellement calme, d’habitude, ce n’est pas comme ça ». On lui parle du film-spectacle. Elle nous souhaite (comme on dit en Savoie) : « Tout de bon ». Du coup, on se dit que les portes s’ouvriront un autre jour, que les portes fermées, ce n’est qu’une histoire de circonstances. Et cette dame continue à nous parler : « Oui, exceptionnellement calme. Ce silence est incroyable. Je pensais à Alep, et je me disais que ce serait tellement bien si on pouvait leur donner un peu de ce calme-là. C’est étrange comment le monde est partagé. Il leur faudrait un tout petit peu du calme qu’on a ici. »

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Miane Emmerlahu

imageNous venons de rencontrer Miane (je ne suis pas sûre de l’orthographe de son prénom et je m’en excuse) qui travaille en tant que technicienne de surface à la MIEF. Miane vient du Kosovo qu’elle a fui avec son mari à cause de la guerre.
Elle est arrivée tout d’abord à Bézier, puis ensuite à Saint-Julien. Elle est restée treize ans sans papier. Elle nous dit que cela fut dur et très stressant. Etant donné qu’elle était sans papier pendant longtemps, elle n’a pu retourner au Kosovo voir sa famille que récemment. Elle nous dit qu’elle ne veut plus y aller, qu’elle ne reconnait plus son pays, que la situation est encore très difficile.

Au Kosovo, en Macédoine et au sud de la Serbie, les conflits ont pour cause première les tensions ethniques et politiques entre gouvernements serbe et macédonien d’une part et les albanais d’autre part.

Le conflit armé au Kosovo se mue en guerre en 1999 quand les conflits en Macédoine et au sud de la Serbie se transforment en action armée entre les forces de sécurité de l’État et l’Armée nationale albanaise. La guerre au Kosovo prend fin par une intervention de l’OTAN contre les forces serbes (de nouveaux conflits éclatent cependant en 2004). Le conflit en Serbie et en Macédoine prend fin par des accords de paix entre l’Armée nationale albanaise et les gouvernements serbes et macédoniens, mais la situation reste fragile.

Marie-Laure, Saint Juliennoise

Marie-Laure Sublet est née à Saint-Julien, a grandi dans la ferme de ses parents à Saint-Julien, a été à l’école de la Présentation de Marie à quelques mètres de la ferme. La ferme est devenue l’hôtel Le Soli qu’elle dirige aujourd’hui. Marie-Laure nous parle de sa vie à Saint-Julien, le Saint-Julien d’avant, le Saint-Julien d’aujourd’hui. Ça bouge, mais on ne peut pas dire c’était mieux avant. Ça bouge, c’est normal. C’est différent et c’est bien. Sa mère parlait le patois savoyard, mais à l’école ça a été interdit de parler le patois, du coup, le grand-père maternel commençait toutes ses phrases avec « Ah, ces cons de francillois qui nous ont annexés ! » Et quoi ? Ça bouge. Depuis quelques dizaines d’années, il y a des gens qui viennent habiter à Saint-Julien de partout, pour aller travailler en Suisse. Et quoi ? Ça bouge. Et depuis quelques temps, des migrants arrivent, bien sûr, oui. Il viennent à Saint-Julien le temps de s’organiser, le temps de trouver du travail (en France, parfois en Suisse), le temps de s’installer, de se retrouver. Ils sont bienvenus, ils sont demandeurs de travail. Et ça se passe bien.

Valses magiques proposées par HVDZ

Quelle magnifique matinée sous le soleil, au pied des montagnes, à Saint Julien en Genevois ! On a tourné sur les valses de Strauss, à côté de l’église, sur la place des commerces ouverts le dimanche matin. On a tourné à en creuser le pavé, à brûler le caoutchouc de nos chaussures. Plus l’heure avançait, plus la musique était forte, plus on valsait vite. Les gens nous ont dit combien des moments comme ceux-là sont précieux, qu’il faut savoir profiter du moment présent et que la danse, c’est du bonheur en mouvement.

C’est pas parce que…

C’est pas parce qu’on habite à Saint-Julien qu’on aime la fondue savoyarde,
c’est pas parce qu’on habite à Saint-Julien qu’on a pas envie d’avoir une vraie salle de théâtre comme à Genève,
c’est pas parce que la Suisse n’est pas loin, qu’on aime les couteaux,
c’est pas parce qu’on habite à Saint-Julien qu’on travaille en Suisse,
c’est pas parce qu’on va à la Jam session qu’on danse forcément,
c’est pas parce qu’on est guide pour neige et sentier qu’on organise pas des randonnées en été,
c’est pas parce que le soleil est encore là, que ce n’est pas l’automne,
c’est pas parce qu’on est suisse qu’on est réglé comme un coucou,
c’est pas parce qu’on fait du théâtre au conservatoire qu’on a envie d’être filmé par la cie HVDZ,
c’est pas parce qu’on est boxeur qu’on est pas délicat,
c’est pas parce qu’on mange à la cantine de l’hôpital qu’on est malade,
c’est pas parce qu’on valse qu’on sait danser,
c’est pas parce qu’on est Saint-Juliennois qu’on aime la tome au génépi,
c’est pas parce qu’on est du Pas-de-Calais qu’on a pas le droit de manger des tonnes de tome au génépi,
c’est pas parce qu’on est une brasserie sauvage qu’on est pas poli,
c’est pas parce qu’on boit la bières des cimes qu’on fait des réunions au sommet,
c’est pas parce qu’on ne voit pas beaucoup la montagne et ses petits chalets qu’on est pas en Haute-Savoie,
c’est pas parce qu’on dort au Soli qu’on est ouvrier agricole.

Changement d’échelle

Rencontre avec une dame qui habite Saint Julien depuis toujours, elle nous parle des prés qui sont occupés aujourd’hui  par des immeubles et des infrastructures qui ne suivent pas toujours . Vu la nouvelle politique anti -immigration de la Suisse ,elle craint que tous ces immeubles restent sur les bras de la municipalité. Elle dit aussi que les changements fréquents de population ne favorisent pas la rencontre et que cet été, au bal du 14 Juillet,  elle ne connaissait pas grand monde. Pas simple de passer du village à la petite ville, de la petite ville à la ville moyenne, de la ville moyenne à la ville qui grossit tous les jours .

la Valse et Amély

Ce matin, nous sommes tous allés proposer aux habitants de Saint-Julien-en-Genevois de danser la valse devant le carrefour Market. Plusieurs personnes se sont prêtées au jeu de la danse, baguettes de pain dans les mains, tomates cerises dans le dos. Une dame a dit à Guy: « C’est magique, je revis »!

On n’avait pas la prétention d’aller jusque là mais on ne peut pas dire que cela ne nous a pas touché en plein coeur.

Amély nous a rejoint les bras chargés de nourriture car, aujourd’hui, c’est dimanche et dimanche, on ne peut pas aller manger à la cantine de l’hôpital. Alors, on va faire comme toutes les familles traditionnelles: on va manger ensemble un poulet rôti, le fameux poulet rôti du dimanche midi.

À quoi tu penses ?

On part avec un appareil photo et un dictaphone pour l’une des séquences du film-spectacle, une série de « À quoi tu penses ? » On demande à une personne, rencontrée dans les rues de Saint-Julien, de penser à quelque chose, on la photographie en train de penser à cette chose-là, ensuite, on lui demande de nous dire à quoi elle pensait, on enregistre sa voix. Dans le film, on verra la photo de la personne, en entendant sa voix nous expliquer à quoi elle pensait à ce moment-là.
Entre deux rencontres de « À quoi tu penses ? », on reparle entre nous de La Diligence, où, une partie de l’équipe, venue en amont pour préparer le portrait, avait vu le patron refuser un café en terrasse à un homme, parce qu’il était étranger. S’en était suivi un tas de commentaires racistes du groupe avec lequel le patron était attablé, des « il n’a qu’à rentrer chez lui » (à relire, sur le blog, l’article du 9 septembre : « le ver dans la pomme… »).
Et puis, on continue notre recherche des « À quoi tu penses ? ». On rencontre cette dame, en terrasse à En Apar’Thé. On lui raconte qu’on fait un portrait de Saint-Julien, on la photographie, on enregistre ensuite  ce qu’elle nous : « En fait, c’est très sérieux, je ne suis pas forcément très sérieuse tout le temps, mais, je pensais aux migrants. Ça me préoccupe beaucoup, particulièrement les enfants évidemment. Et je me dis, les pauvres qu’est-ce qu’ils doivent vivre. Et alors, je pense inévitablement à Calais parce qu’on sait qu’il se passe des choses terribles là-bas et c’est dur. Et en même temps, il faut aussi se dire qu’il y aura peut-être quelque chose de bien qui sortira. Faut jamais perdre l’espoir. Voilà. »

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