Représentation de La Brique, hier, à 20h, à Valenciennes au Phénix. Prochain rendez vous, à Valenciennes : projet Nickel,( avec le Phénix) mardi matin. Trois semaines de recherche et de construction artistique nous attendent. Avec plus de vingt jeunes gens qui se destinent (dans un premier temps) à l’apprentissage en entreprise.

Danger in the parc ?

Il y a encore deux semaines, ont pouvait voir les CRS chasser des parcs du centre de Calais toute personne d’apparence étrangère. Les personnes ayant des papiers refusaient généralement de partir, et les CRS étaient bien obligés de les laisser. Les autres devaient partir sous la menace de la gazeuse et de la matraque. Le précédent gouvernement appointait ces policiers et ces policières pour que les personnes non-européennes devient invisible dans l’espace public.

La pression semble s’être levée. La police circule en voiture dans les allées des parcs, des patrouilles à pied de la gendarmerie mobile aussi, sans intervenir.

Assez rapidement, la présence des exilé-e-s, souvent très jeunes, de nombreux-ses adolescent-e-s, celle des associations maraudant ou distribuant des repas, deviennent familières. Calaisien-ne-s de longue ou de fraîche et exilé-e-s de passage se côtoient, se croisent, se mêlent.  Le Calais qui vit avec les exilé-e-s depuis tant d’année, au-delà de toute action associative, se retrouve là, et donne l’image d’une ville cosmopolite et multiculturelle, où l’on se métisse, qui existe et se renforce malgré la politique de traque.

La mairie appointe toutefois, sur argent public, deux agents de sécurité par parc, un parc de chaque côté de la gare, pour montrer qu’il y a du danger, puisqu’il y a des agents de sécurité.

Calais n’a pas connu une forte immigration au cours des décennies de l’après-guerre. D’où aussi le caractère singulier, visible, de la population exilé-e-s. Mais au fil des demandes d’asile, des papiers obtenus ou pas et selon des statuts divers, les frontières s’estompent. Face à cette remise en cause des catégories établies, certaines personnes des associations ont inventé le terme « ancien migrant », catégorie de personnes qui ne seraient plus tout-à-fait de l’ailleurs tout en lui restant relié.

Mais qui est quoi sur ce territoire, si on considère que chacun-e a légitimité à être là ? Et quelle forme auront Calais et sa population dans vingt ans ?

par passeursdhospitalites

Calais : une répression moins visible, mais tout aussi présente

De manière visible, les « migrants » sont « de retour » à Calais. On peut les voir en ville, et notamment dans les parcs publics. La répression à leur encontre est elle devenue moins visible en centre ville. S’il y a deux semaines encore les CRS chassaient les personnes d’apparence étrangère des parcs, la police nationale y circule maintenant en voiture et les gendarmes mobiles à pied sans effectuer de contrôles. De même, si les gendarmes mobiles sont encore en faction à la gare, c’est sur le côté, plus loin de l’entrée, et les contrôles au faciès systématiques ont cessé (voir ici, ici et ).

Dans le temps, ce changement succède immédiatement à la formation du nouveau gouvernement. Rien ne présage s’il durera au-delà des élections législatives, dont le résultat est incertain.

Mais au-delà de cette visibilité au centre-ville, la répression à l’encontre des exilé-e-s continue de manière identique, et peut-être aggravée. La plupart des exilé-e-s dorment en effet dans des conditions extrêmement précaires à la périphérie de la ville, sans pouvoir construire de cabanes, sans tentes ni bâches puisque les associations ayant le plus de moyens logistiques refusent d’en distribuer.

Là, loin du regard de la population, les forces de police et de gendarmerie chassent, arrêtent, détruisent les effets personnels, gazent. Que ce soit dans le bois Dubrulle, près du lieu où se font les distributions de repas dans la zone industrielle des Dunes, près du parc Chico Mendes, entre la ZUP du Beau Marais et la zone industrielle Marcel Doret, dans les terrains parsemés d’étangs entre la route de Saint-Omer et l’échangeur autoroutier, ou à la limite entre les communes de Marck et de Calais, près des parkings sécurisés où se garent les camions pour le Royaume-uni.

By les Passeurs d’hospitalité

Allez ! Allez !

Au bureau, ça phénixe à mort, pour la préparation de notre deuxième intervention intitulée, sas de création, qui fait partie de l’ensemble d’un processus de formation dont l’objectif est de trouver un contrat d’apprentissage dans le Valenciennois, pour chacun des participants (une trentaine de stagiaires en tout, environ). On travaille en lien permanent avec Natacha Borel et Marie Kerdraon du Phénix, scène nat. de Valenciennes. Après un premier Sas de création qui a eu lieu en mars 17, on entame un deuxième set en juin avec un deuxième groupe de jeunes gens. Tous se réuniront (les deux groupes) à la mi juin pour un spectacle qui sera donné dans la grande salle du théâtre.  Pendant ce temps nos autres activités continuent, Les Sublimes en conférence à Châlons et l’Esad, rencontre avec les migrants à Paris et spectacle au Lavoir Moderne. Et la Brique.

On a proposé à des artistes de travailler avec nous à Valenciennes pour accompagner  les jeunes dans la  compréhension de ce monde. Ne nous a-t-on pas répondu qu’on servait le grand capital ? Cela ne veut rien dire, ou alors, c’est une vision (déguisée en considérations rebelles), pour le coup et à l’inverse, totalement conservatrice du théâtre qui tient d’un point de vue romantico-malrucien, c’est à dire ,l’art pour l’art. Les artistes ne se mêleraient pas du social. Chacun dans son coin et l’ordre établi n’est pas près de bouger.

Les classes sont irréconciliables

Dernier jour de la première semaine à l’Esad de ce mois de mai 17. Place Carrée. Forum des Halles. En dessous de l’escalator du fond. Trois promotions d’une quinzaine d’élèves travaillent là, tous les jours. Là et dans d’autres endroits de Paris. Certains sont à l’heure actuelle au Cent-Quatre. Nous sommes avec les « deuxième année ». Nous continuons la recherche sur le thème de l’exil et l’utopie. Nous prolongeons le travail entamé l’année dernière. On devrait, lundi matin et mardi matin, aller à la rencontre d’associations, qui viennent au secours des migrants dispersés par les autorités aux quatre coins de la capitale, en ce début de semaine.

Aller Anfang ist schwer, alles hat ein Ende, nur die wurst hat zwei.

Bon.. La semaine prochaine prochaine on ira à la rencontre de migrants dans Paris. Les artistes de l’Esad nous l’ont demandé hier en début de séance. Nadège téléphone aux quatre coins de Paris pour préparer notre sortie. On voudrait participer, donner un coup de main aux migrants, si c’est possible. Ça rappelle quand on est allé à Calais, à l’école de Zimako et dans le bidonville. Avec les Chantiers Nomades.

Et on s’est fixé l’objectif, si le timing nous le permet, de reprendre le spectacle qu’on avait fait avec les étudiants, l’année dernière, à peu près à la même époque. Mais bon… on est jeudi déjà et nos interventions à l’Esad prennent fin dans une semaine. Comme dans la vie, en général, on se dit, est ce qu’on aura le temps de tout faire ?