Actualité
les travailleurs du théâtre
On bagarre pour la saison prochaine. Et cet été. Avignon, Lucien Fradin à Pasteur pendant tout le mois et Nadège P. lit No Border (pas fini), à La Chartreuse de Villeneneuve. Pour la première fois. Et début de saison en fanfare. Capdenac et Portrait. Travail in situ. Stages, ateliers, La Réunion. Nous sommes compagnie jumelée au C.D.O.I de St Denis. Et cette saison n’est pas finie.
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Il y a chez Proudhon l’idée d’un socialisme libertaire qui redonne du pouvoir aux soviets.
être ou ne pas être anti-capitaliste
Morgen früh schon wieder nach Paris. Et pour l’ensemble de la troupe, retour au bureau. Finis le week end prolongé, les élections présidentielles, la campagne, les ami-e-s, la mer, le marathon de Loos en Gohelle ( qui c’est qui a gagné ? qui a dit Emmanuel Macron ?). Impossible, il était à l’ Arc de Triomphe à Paris (qu’avait fait construire son prédécesseur, Napoléon Bonaparte, en son époque). Avec François Hollande. On mélange tout, là. Napoléon n’a jamais gagné le marathon de Loos en Gohelle, ni les élections. Il était empereur, sacré en la cathédrale de Reims. C’est là qu’est allée Marine Le Pen, la semaine dernière et elle a reçu des oeufs sur la tête. Elle n’a pas gagné les élections présidentielles, ni le marathon de Loos en Gohelle, dans le Pas de Calais.
Si l’Aisne et le Pas de Calais étaient des territoires autonomes, elle en serait la chef aujourd’hui. Elle aurait gagné. Pourquoi dans le Pas de Calais, les gens votent-ils majoritairement pour l’extrême droite ?
On s’en est pris trop plein la tête depuis la fin des grandes industries. Y a plus de boulot. On a été exploité pendant des générations, on s’est servi de nous et on nous a laissés tomber, comme si on n’existait plus. Les communistes ont foutu le camp avec les socialistes, pour le pouvoir (François Miterrand était un sacré stratège. Il avait lu son Machiavel).
Abandonnés. On s’est senti de trop. On s’est dit, on gêne et on s’est rangé d’abord du côté de ceux et celles qui s’abstenaient et les fachos sont venus nous dire que c’est pas vrai qu’on valait plus rien et que c’est les autres qui nous ont foutus dans la merde (les étrangers, alors qu’on a tous des origines étrangères dans le bassin minier du Pas de Calais). C’est simpliste et faux, mais on y a cru, parce qu’on n’avait plus rien à perdre. On nous a tellement mis la honte pendant des années. Que le premier à nous mettre en valeur, on lui est tombé dans les bras. On s’est tourné vers Le Pen parce qu’elle a dit que c’est de la faute des autres si on est dans la merde. Les gens se sont tournés vers elle, pas tous, mais beaucoup trop.
11/19
Avec Frida la blonde quand elle devient Margaux
Pas oublier d’aller voter. Ne pas aller à la pêche. Je n’y suis jamais allé, ce serait bien le diable (comme disait ma mère) que j’aille pêcher justement aujourd’hui. Souvent je croise des pêcheurs le long des rivières et des canaux, vers Bruay La Buissière et Béthune. Ça n’est pas l’envie qui me manque de m’assoir avec eux et d’attendre. La journée de long. C’est propice à la réflexion et la méditation. L’autre jour, l’un d’entre eux me disait que pour lui, l’important, c’était d’être là, au bord de l’eau. Quand il prend un poisson, il le rejette à l’eau immédiatement. C’était sur les berges du Canal de la Lys, entre Hinges et Locon. Sur le plat pays, qui est le sien. C’est vrai qu’il y avait beaucoup de brume. Par contre, pas entendu parlé d’un canal qui s’est pendu.
Les vagues de dunes comme derniers terrains vagues, ça, on connaît bien. Ça n’est pas la première fois qu’on va à Calais. Au camp des migrants (qui se reconstruit peu à peu) et au Channel.
Tiens, on a appris que la sous-préfète qui avait organisé la destruction de la Jungle, le Forum, comme l’appelle Zimako, le fondateur de l’école du bidonville de Calais, a été promue. Elle est aujourd’hui préfète en Normandie.
Une dizaine de bulldozers, quelques grenades lacrymogènes et autres coups de bâtons. Mettre le feu aux habitations de fortune des gens. Prévoir des bus pour les emmener loin d’ici et surtout avoir prévenu bien à l’avance la presse du monde en entier et te voilà responsable en chef d’un département ou d’une région, avec des habits tous neufs.
rappeler les fondements de la démarche
Retour de Paris avant d’y retourner en début de semaine, à l’Esad. Pour quinze jours. Puis une semaine à Calais pour aller au bout du travail à la Fabbrika, avec les artistes de Calais et Boulogne. Encore du travail en perspective. Ensuite il faudra revenir au Phénix, pour la deuxième partie de Nickel. Belle matinée de travail hier dans les bureaux de la DGCA ; on a travaillé dans le détail sur les tenants et les aboutissants de l’engagement artistique d’une compagnie de théâtre.
A midi, on a mangé une tartine chez Tartine, à Beaubourg. Roland Topor, en son temps, se rendait tous les jours chez Tartine ; ça n’est sans doute pas le même restaurant ; R. Topor allait rue de Rivoli. C’est là qu’il avait eu l’idée de son recueil de nouvelles, Café Panique, dont nous avions fait le premier spectacle de la compagnie.
On a pris le temps pour rentrer, pour faire mentir l’idée qu’on serait en permanence en train de courir. On a pris le temps de discuter, on s’est souvenu de notre rencontre avec Marion, qui enseigne à l’université de Lille, les gender studies. On s’est dit, combien, aujourd’hui comme toujours, les femmes devaient se battre, pour contrer les hommes ; un simple exemple, les hommes, dans leur construction (école, famille, société) se permettent dans une quelconque réunion, d’interrompre une femme, à peine a-t-on entamé une discussion, comme si ce que le mâle avait à dire, était toujours plus urgent que la femme. Et on a reparlé de l’autoritarisme délirant des chefs de compagnie de théâtre qui, au delà de ce qu’on peut rencontrer ailleurs, se sentant investis d’une aura artistico-romantique, s’autorisent à traiter leurs salariés comme des esclaves.
l’historien se demande de quoi hier sera fait
C’est le débat à la télévision de l’entre deux tours des présidentielles. On n’a parlé que de ça dans tous les médias, durant toute la journée. Sauf sur France Cult. : De quinze à seize, il y a avait une émission sur Truman Capote, que les américains prononcent Capoti. De lui, j’avais adoré de sang froid. Truman Capote pratiquait la documentary fiction. Puisqu’il est question de documentaire, on pense aussi à l’article d’Olivier Neveux sur Armand Gatti paru dans Critique Communiste, le mois dernier. O. Neveux dit que dans une réalité donnée, A. Gatti adaptait le rôle aux comédiens, qui pour la plupart était des non-comédiens, alors je me suis dit que c’est un peu ce qu’on fait dans notre travail, partout où l’on intervient.
la tragédie du front national
My God ! On vient de regarder sur Arte les derniers mois de la division de l’armée nazie, das Reich. C’est le comble de l’extrême et de la barbarie dont le terrible massacre d’Oradour su Glane. Quand tu penses que Le Pen a viré, il y a seulement trois jours son directeur de campagne parce qu’il était révisionniste ! Il niait donc l’horreur des crimes nazis, et en particulier l’existence des camps de concentration (mon oncle a été déporté à Dachau et Buchenwald). Le Pen et ses amis sont le produit de ces extrêmes droites qui n’ont eu, au fil des siècles qu’une seule idée en tête, installer un système dictatorial, et d’une violence irrationnelle qui dépasse toutes limites.
No Passaran
« Et après tout, quelles violences pouvait exercer cet homme dans un état ou le droit était si fortement ancré, ou la majorité du parlement était contre lui, ou chaque citoyen croyait sa liberté assurée par la constitution?
Puis vint l’incendie du reichtag
Puis göering lâcha ses bandes déchaînées,
Puis le parlement fut dissous, toute notion de droit abolie.
On apprenait en frissonnant qu’à 20 km de Munich la ville de Dachau avait construit le premier camps. Mais le monde se refusa à croire l’incroyable.
Déjà je vis les premiers fugitifs à la frontière, ils avaient grimpé, de nuit, sur la montagne, ou avaient traversé à la nage la rivière. Ils étaient affamés, en loques, ils vous regardaient fixement.
Je ne soupçonnais pas, en voyant ces proscrits, que leurs visages pales annonçaient ma propre destinée.
Comme nous tous en Autriche je n’ai jamais soupçonné en 1933 un centième des événements qui devaient pourtant éclater seulement quelques semaines plus tard. »
Stéphan Zweig.
Le monde d’hier


