Traire les vaches et écouter Bach
Bacher les granges, faucher, déchaumer, amender
passer l’outil, faire semis et hersétrille,
guetter grêle et cumuli
passer-comme ils disent- les produits
faucher, rouler, atteler, dételer, atteler, dételer, atteler, dételer, atteler, dételer, atteler
s’arrêter
un instant
pour la mésange

Un peu d’Hermin

Enfance verte en bord de rivière, corvée de bidons, corvée de traite.
C’est plus facile d’avoir un salaire que de vivre dans une ferme.
Quand la ferme d’en face s’est arrêtée, quatre constructions dans un seul pré.
Trop de bagarres dans les bals d’antan, peu d’entrées malgré la fête, anciens bénévoles éreintés, la SACEM nous assassinait
Première guerre, au village, les soldats anglais se reposaient
Seconde guerre, au village, les soldats allemands se reposaient
Déminer le terrain pour construire une grange
Traire les vaches en écoutant Bach
On ne bine plus les betteraves
conseil municipal sans étiquette
prévenir la discorde pour le bien-être
soigner les hommes, animer le hameau
faire naître et vendre les veaux
surveiller le prix du tourteau

Labeur laboure

Jus d’orange dans la vieille ferme artésienne
vis à grain sous la grange et gravier noir sur la cour d’avant
Les près gras autour du corps
100 000 heures fortes dans les bras
après ses champs refait son toit

les yeux les bras de tâche en tâche
dans la lumière d’août, de mai, de mars
ça eut payé, ça ne paie plus
au soir le dos, la nuque ne peuvent plus

pourtant l’eau vive que l’on voit,
rentrant des champs poussière aux bras
la rivièrette toute la vie, celle que l’on suit depuis petite
les veaux en buvant qui vacillent
les saules et les blés et les grives
et l’habitude et ses plaisirs
la fatigue comme un habit,
l’impossible temps de l’ennui
ça aide à bosser jour et nuit.

Il fait très cau

Le soleil brille dans les pare-brises des rurbains qui s’acheminent, traversant l’ancien pays des mines, vers le boulot
Le soleil tape sur les chaumes, sur les tracteurs qui transportent jsuqu’aux granges immenses de blancs ballots
Le soleil baigne les garages, les statuettes de plâtre et les gazons que rien n’ombrage
Le soleil brille sur les marmots qui boivent l’ombre sous le préau, sur les ados et leurs vélos, sur les scooters des jeunes hommes, sur la dame de service qui prend sa pause
Le soleil entre dans les maisons des vieilles dames qui vivent seules, embête grand père qui se repose, il fait transpirer les cyclos, inonde pâtures et silos, il fait pâlir le vert des bois, le ciel est bleu ici, des fois.
Le soleil cogne la benne à verre, verte, la pompe à eau, rouge, la benne à dons, blanche
et les Scénic, grises
Les bacs à fleurs, longs
l’échafaudage de l’église, haut
la toile grise du chapiteau
les haies taillées, le grand noyer, beau
la placette vide
et le blanc ballon de Léo