c’est pas parce que (2)

Ce n’est pas parce qu’on est gros qu’on manque de finesse
Ce n’est pas parce qu’on manque de finesse qu’on est gros
Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on ne peut pas être grossier
Ce n’est pas parce que petit à petit on grossit qu’on a petit appétit
Ce n’est pas parce que le spectacle est gratuit qu’on y va
Ce n’est pas parce qu’on ne va pas au spectacle qu’on n’est pas spectaculaire

Ce n’est pas parce qu’on est un vrai gars d’ici qu’on parle vrai
Ce n’est pas parce qu’on parle vrai qu’on est d’ici
Ce n’est pas parce qu’on vient d’ailleurs qu’on est pas d’ici
Ce n’est pas parce qu’on a des problèmes qu’on pose problème
Ce n’est pas parce qu’on ne pose pas de problèmes qu’on n’en résoud pas.
Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne donne pas
Ce n’est pas parce qu’on ne donne pas qu’on est pauvre

Ce n’est pas parce qu’on est proche qu’on s’entend bien
Ce n’est pas parce qu’on est loin qu’on n’entend rien
Ce n’est pas parce qu’on a rien à faire chez soi qu’on fait des choses pour les autres
Ce n’est pas parce qu’on a beaucoup à faire chez soi qu’on ne fait pas aussi pour les autres

Ce n’est pas parce qu’on est bénévole qu’on ferait tout pour rien
Ce n’est pas parce qu’on sait tout faire qu’on est bénévole
Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de boulot qu’on est paresseux
Ce n’est pas parce qu’on est paresseux qu’on a pas un boulot

Ce n’est pas parce qu’on ne lit pas qu’on ne sait pas lire
Ce n’est pas parce qu’on n’a pas appris qu’on n’apprend pas
Ce n’est pas parce qu’on est malvu qu’on ne voit rien
Ce n’est pas parce qu’on a une belle vue qu’on est bien vu
Ce n’est pas parce qu’on possède un moulin qu’on est ouvert à tous les vents
Ce n’est pas parce qu’on va de l’avant qu’on ne regrette pas ce qu’il y a derrière
Ce n’est pas parce qu’on soigne ses arrières qu’on ne peut pas aller de l’avant
Ce n’est pas parce qu’on est grand père, ou même arrière, qu’on n’a pas une âme d’enfant

Un petit coin de paradis

Tôt ce matin, on part en porte à porte à Hermin. Avec Mikaël et Hélène, on part à la découverte de la rue basse d’Hermin. Pour Mikaël c’est un retour aux sources, puisqu’il y a passé toutes ses vacances pendant son enfance et son adolescence. Alors, le trajet est ponctué d’anecdotes sur le village et ses recoins. Le début est laborieux, on découvre des maisons splendides, des coins de rêves, un chalet posé au milieu d’un jardin incroyable, des réserves de bois gigantesques, mais peu d’habitants. Au coin d’une des dernières rues quand même une dame nous ouvre la porte, elle ne souhaite pas être filmée, mais elle se livre, quelques mots, une douleur vive, il faut sourire, rebondir, lui laisser le temps de raconter, sans faire remonter trop de choses difficiles au yeux. Alors, on parle de la piscine, des enfants, du collège, des études reprises, et on repart, la laissant avec nos sourires. On arrive au bout d’Hermin côté bois, on traverse, glisse, mais on reste droit. Discussions sur les glissements justement, les glissements de discussion, comment recevoir tout ce que l’on nous raconte ? Plus loin, là haut, tout en haut d’Hermin, on arrive chez la famille Nouhaud. Ils nous accueillent à bras ouverts, on rencontre les trois soeurs (pas celle de Tchekhov) , et le frère qui se prête avec plaisir au jeu du portrait chinois. On repart le sourire aux lèvres, et on frappe chez Mr Raymond Hervet qui en nous voyant à 3 devant la porte fait un mouvement pour refermer la porte, et la rouvre en grand avec un grand sourire. Il se lance dans le portrait chinois, et en le terminant nous dit : Ah, la j’ai fait une grave erreur. J’aurais du vous emmener de suite à la cascade derrière la maison ! Alors, on est parti faire la citation dans son jardin. Pour y accéder, on traverse la maison qui embaume les échalotes et le vin blanc chaud, c’est moule frites pour lui …. Au milieu du jardin se trouve une arche fleurie, et un petit ruisseau, il a construit lui même une cascade. La cascade part de ce bassin et dégringole sur tout le jardin jusqu’à un superbe étang ou nage des carpes koïs énormes. Il a choisi comme citation « L’habitude du désespoir est pire que le désespoir », et comme on ne sait pas quel plan choisir pour la filmer parce que c’est si beau qu’on ne pouvait renoncer à aucune vue, alors, il la refait deux fois, et l’interprète de deux façons différentes. Il a tout fait chez lui, de la véranda, au toit, quand on lui parle du blog de la compagnie, il nous dit que lui aussi à fait un blog. Quand il a refait la maison de ses enfants, du sol au grenier il tenait un blog avec des photos et des conseils de rénovations. Il ira voir le notre, vite, vite parce que demain, il part en Corse …  On sort presque à contre coeur, parce qu’on doit rejoindre nos camarades qui nous attendent sous la pluie.

on échange et ça nous change

Les rencontres continuent. Nous sillonnons, sonnons aux portes des maisons, continuons de découvrir, de questionner, aller chercher la culture là où elle est, chez chacune, chez chacun et leurs voisins. On dit commun pour banal or rien n’est banal, tout est susceptible de faire lien commun,
les mots commune et commun viennent du latin munus qui vient de l’indoeuropéen mei qui signifie changer, aller, échanger. Alors on va, on échange et ça nous change.

Hervé, Hélène, Mickaël, Maggie et Sarah sont à Hermin pour faire des portraits chinois. Didier et Thomas interviewent les habitants d’Estrée Cauchy. Martine, Guy et Jérémie travaillent au dérushage et au montage des séquences vidéos, le spectacle doit être prêt pour samedi ! Cet après-mdi, on ira à Caucourt pour offrir aux gens des moments de danse et quelques poèmes. Dans l’école d’Estrée-Cauchy, les enfants qui bénéficient du soutien scolaire ont déjà fait leur rentrée. Tout à l’heure, Didier ira jouer avec eux une séquence d’ « En attendant Godot » . Les visages, les paroles, les points de vue, les anecdotes et les décors s’accumulent dans nos esprits plus rapidement que les nuages dans le ciel et les ordinateurs de la compagnie tournent à plein régime.

Hervé Danse

Hervé danse sur l’herbe puis dans la boulangerie et dans un garage où les touches de bleu du décor rappellent la couleur de son t-shirt. Il y a la musique qu’il n’y a pas d’habitude lorsqu’Hervé danse chez les commerçants. La scène est étrange mais radieuse. Dans le garage, dans la boulangerie.

Quand il danse Hervé nous raconte des histoires. Avec ses bras et ses jambes, avec sa tête. Au ras du bitume jusque dans les airs. Il parle des gens et du soleil qu’il fait, des champs et des paysans qui retournent leur terre.

Hervé danse et c’est beau. Jérémie filme pour qu’on se souvienne.

Hier, au garage le patron appelle ses employés parce qu’un jeune homme danse au milieu de ses outils et de l’huile de moteur.
Au Pain Doré, le boulanger reste dans l’arrière boutique, surveille son pétrin tandis que sa femme, debout derrière le comptoir, observe notre danseur d’un oeil à la fois amusé et interrogateur. Aussi, il faut dire que ce n’est pas tous les jours que dans l’espace exigu de son commerce, on vient danser entre les bonbons et les pains au chocolat.

Hervé danse en silence dans le film. Il se déplace dans l’espace, courbe le dos, fait rugir ses omoplates. Au son des voix de Didier et de Thomas sa chorégraphie prend forme et se transforme. Ainsi les mots et le corps entrent en résonance.

margaux

Margaux nous a emmenés en balade. Elle nous parle un peu d’elle et de sa petite vie, dans son t-shirt rose. Elle nous a emmenés sur les petits chemins caillouteux un peu en dehors d’Estrée-Cauchy. Mais on ne s’éloigne pas trop loin. Elle nous montre des endroits où elle aime aller seule sur son vélo ou bien accompagnée de ses parents et du chien Espion, pour aller jouer dans les ballots de paille. Nous, on filme tout ça. Pour garder une trace sous nos chaussures.