être né quelque part

Hier Caucourt, aujourd’hui Hermin. Nous continuons à sonner aux cloches des portes des villages d’ici.
Hier, à Caucourt nous avons échangé longuement avec deux anciens, le sourire aux lèvres et les histoires à partager. Ils racontent qu’ils sont entourés de sources et qu’avant ils ramassaient le cresson pour s’en faire des belles salades. La dame a un bouquet de feuilles de céleri à la main pour aromatiser une soupe de courgettes. Les courgettes poussent bien.
Pendant les portraits chinois, nous demandons aux Caucourtois de rebaptiser leur village, souvent ils nous renvoient vers les plus anciens. Ça me rappelle le premier jour quand à deux reprises, des Herminois de première génération nous disent qu’ils ne sont pas du village ou seulement depuis 30 ans. J’aimerais tellement que ces nouveaux de trente ans nous racontent. Je me rappelle la fierté ce matin d’une dame née à Hermin, dont les parents sont d’Hermin, les grands-parents sont d’Hermin et les arrières grands-parents et qui sait peut-être bien aussi les arrières arrières grands-parents.

Il y a … (3)

Ce matin à Hermin il y a les lunettes de soleil roses d’un monsieur pressé devant sa porte, il y a Paddy le chien de la maison 385 et il y a Jean-Baptiste le futur fils du propriétaire de la maison 385. Il y a une dame et ses deux enfants pour le portrait chinois, il y a un musicien d’électro qui joue dimanche à la SMOB et qui nous invite sous sa serre, ça fait 10 ans qu’il habite sa maison. Il a parlé longtemps avec Hervé d’art, de danse et de musique, de culture en général. Il y a un papillon sur un pissenlit, il y a un gendarme bleu qui sauve la mise d’une petite dame en répondant à nos trois questions, il y a un pompier qui a travaillé de nuit et qu’on a réveillé, qui nous accueille en short, « j’me suis même pas lavé les dents », il nous dit. Il y a Frédéric, 39 ans, qui est marchand de fruits et légumes ambulant et qui sillonne une vingtaine de villages alentours avec son camion, sa devise : « Il faut prendre le temps. » Il y a deux américains croisés au détour d’une rue, David et Mickael, Mike ou Michel en français. Il y a le retour au Q.G. et l’heure du repas. Il y a toujours la Renardière. Il y a Guy, Maggie, Martine et Thomas. Il y a le rire de Jérémie. Il y a Didier, Martine, Hervé. Il y a Sarah et Hélène et le jour du spectacle qui approche.

A Estrée, A Hermin, A Caucourt, A Gauchin, des mains

A Estrée, A Hermin, A Caucourt, A Gauchin, des mains

des mains caleuses, des mains noueuses, lisses et douces, mains de chacun et mains de tous, des mains qui bougent, des mains qui nouent, des mains qui coupent et des mains qui clouent, des mains qui jurent et des mains qui louent, des mains jeunes et des mains seules, des mains baguées et des mains paumées, des mains liseuses, des mains lieuses, des mains piquetées et des mains pieuses, des mains à vaches et des mains à souris, des mains qui attèlent et des mains qui détèlent, des mains qui s’emparent, des mains qui séparent et des mains qui réparent, des mains ouvertes, des mains offertes,  des mains discrètes et des mains vertes

A Gauchin, à Caucourt, A Hermin, à Estrée, des  pieds

des pieds de 60 ans, des pieds de papa, de maman et des pieds de deux ans, des pieds vifs, des pieds lents, des pieds impotents et des pieds impatients, des pieds en souliers, des pieds malchaussés, des pieds bottés et des pieds toilettés, des pieds au plancher, à l’étable, au foyer, des pieds en forme et des pieds déformés, des pieds éprouvés et des pieds épargnés, des pieds en baskets et des pieds en claquettes, des pieds-bots, des pieds de biche, des pieds pauvres et des pieds riches

A Caucourt, à Gauchin, A Estrée, à Hermin, des gins,

des gins de loin, des gins de près, gins d’Héripré, gins de Verdrel, gins de Noyelles, gins de Vermelles, des gins d’ici, des gins de là, des gins d’en haut, des gins d’en bas, des gins qui geignent, des gins qui aident, qui gins qui s’trainent, des gins qui s’aiment, des gins gais, des gins biens
des qui voguent, des qui flottent, des qui nagent, des qui crânent, des qui vaquent, qui divaguent, des qui sombrent, des qui s’montrent, des discrets, des émus, des déçus, des mal perçus, des qui veulent cor, des qui veulent plus, des muets, des nerveux, des rêveurs, des rieurs, des râleurs, des aimants, des amants, des armés, des aidants, des aînés, des mordants, des tentés, des entêtants, des entêtés, des édentés, des retraités, des maltraités, des rigolos, des mécanos, des éleveurs, des emmerdeurs, des bosseurs, des dormeurs, des noceurs

A Hermin, A Estrée, A Gauchin, à Caucourt, des corps

Corps courts, corps longs, corps souples, corps gais, corps éprouvés, corps fatigués, corps ménagés, corps maquillés, corps musclés, corps très musclés, corps hyper super musclés, corps  solitaires, corps cousins, corps frères, corps volubiles, corps malhabiles, corps taiseux, corps douloureux, corps engagés, corps décorés, corps qui s’affichent, corps qui se fâchent, corps que l’on couche, corps que l’on cache corps qui souffrent, qui soufflent, qu’on couvre, corps à cou court, corps à cou long, corps à coeur, corps à pleurs, corps enlacés, harassés, délaissés, embrassés, corps aimés, corps haïs, corps méfiants, corps confiants, corps confus, corps connus, corps absents, corps ignorés, corps désirés, corps lents,  corps pressés, corps anxieux, corps patients, corps petits, corps géants, corps d’ici, corps des gens