Deuxième journée de Veillée à la Base

Allier l’engagement artistique et le monde associatif. Proposer des créations qui soient partagées au delà du simple statut de spectateur.On a arpenté le quartier dans tous les sens. Le quartier qu’on s’est inventé puisqu’on intervient sur un territoire qui regroupe plusieurs cités. On retrouve des gens qu’on avait rencontrés lors de notre précédente Veillée autour de la Base 11/19. On a fait du porte à porte pour faire les Pas de Porte, une action artistique qui consiste à filmer les gens devant chez eux comme si c’était une photo. Jérémie a dit c’est comme une photo mais c’est de la vidéo, l’homme lui a répondu c’est pas grave. Un peu plus loin un gamin a donné un mot à Jérémie où une dame qu’il n’avait pas pu filmer sur son pas de porte avait écrit qu’il fallait qu’il revienne en fin d’après midi pour filmer toute la famille. Aujourd’hui on a parcouru les rues des cités avec Manu et Arnaud qui sont médiateurs à Culture Commune. D’une maison à une autre on a donné le programme de saison de Culture Commune et l’invitation à la Veillée. Un homme est venu nous dire qu’il viendrait à Culture Commune quand on aurait coupé les arbres sur le chemin derrière chez lui parce que leurs extensions anarchiques envahissent son jardin.

On a reçu des nouvelles des collèges avec lesquels on a commencé hier à travailler. On a accumulé les entretiens. Didier et Jérémie ont filmé ce soir le cours de danse au foyer Louis Albert. C’est au foyer Louis Albert que se retrouve l’association des médaillés du travail présidée par M. Cerjack que nous avons rencontré ce matin. M. Cerjak a écrit son autobiographie, un livre qu’il va publier dans les mois à venir. M. Cerjak était mineur et délégué syndical. Il est aujourd’hui passionné de vidéo et anime avec ferveur son association. M. et Mme Cerjack nous ont offert le champagne. Martine et Flora ont interviewé Paulo et Cindy qui tiennent le café le briquet du chevalement, anciennement chez Claude et Colette.

On a demandé au médecin au bout de la rue s’il voulait bien nous recevoir et au pharmacien de Liévin, sur la place, à côté de Shopi.

les travailleurs

Le site du 11/19 est en travaux. Il y a des pelleteuses et des tranchées. Des trous d’où sort une terre noire. Du charbon. Et des briques rouges aussi.
Le site est rénové chaque année un peu plus.

En faisant du porte à porte, on a rencontré une dame qui nous a offert un café. On a discuté de la mine et de la silicose qui a tué son mari. On a parlé aussi de la colère contre le médecin qui avait délivré un certificat de décès avec écrit « mort naturelle » et qui ne voulait pas reconnaître la silicose. Elle nous a dit qu’il fallait se battre dans un moment si noir, et pas seulement pour l’argent mais aussi pour les autres silicosés qui restent, et pour les amiantés. Pour que ça n’arrive plus.
On a aussi parlé de la joie de vivre dans le quartier, de la place Lorraine et de l’amitié qui unit encore les anciens.
On dit que les mineurs avaient une réputation de très bons travailleurs, alors elle nous raconte une anecdote : « mon mari travaillait aussi pendant les vacances : un été on était parti camper dans le sud, il n’y avait rien au camping, juste un terrain, alors mon mari a construit le camping, les sanitaires et tout. »

Le Bruit du Frigo

On est allé sur le site internet d’un lieu, Le Bruit Du Frigo dont la démarche est semblable à celle de la Fabrique théâtrale et d’ailleurs Culture Commune et Le Bruit Du Frigo font partie de la même association Artfactoties/AutrespArts.  En exergue de son site  Le Bruit Du Frigo a écrit une phrase que nous pouvons reprendre à notre compte: « Si le développement des projets démocratiques reste un enjeu de nos sociétés alors de nouvelles formes d’urbanités restent à inventer. Un nombre croissant d’individus devrait trouver les possibilités d’avoir prise sur la fabrique permanente du monde où l’on vit. »

saudade

Ce matin, on est allé voir Paulo, qui tient la brasserie juste à côté du 11/19. On y était déjà allé le mois dernier pour faire des essais de prises de son. Toujours bien accueillis, avec une vraie simplicité.
Paulo nous parle du Portugal. Saudade. Il n’a jamais décidé d’en partir, et ce besoin permanent d’y revenir.
Paulo épluche les patates de ses frites fraîches en parlant avec les habitués. Interview autour d’un café. Encore beaucoup de simplicité et de modestie. On sent l’envie de faire plaisir. Il nous raconte le moment où il a repris la brasserie à Claude et Colette qui partaient en retraite. Il voulait une brasserie exactement comme celle là.

Culture Commune est très connue dans le quartier

Après une journée sur le quartier nous voilà lancés! On a vu grand tout de même. Puisqu’on a prévu d’intervenir sur une territoire géographique important. Sur des quartiers éloignés. Tous en périphérie de leur centre ville respectif. Les centres villes de Liévin, Loos en Gohelle et Lens sont des centres  historiques qui existaient avant l’époque des mines. La Base 11/19 est loin des centres villes qui regroupent  les activités commerciales et de divertissement. Nous avons fait du porte à porte. On peut dire que Culture Commune est très connue dans le quartier. On nous dit « Ah oui là bas en haut, c’est très bien, on y est allé l’année dernière, nos enfants y vont pendant les vacances pour faire des activités ou avec l’école ». On a distribué la plaquette de Culture Commune, le journal de la Veillée et notre petit tract-info-invitation.

On peut regretter de ne pas avoir été plus présent sur les cités ces dernières années. Comme si on n’avait pas su faire de choix entre un véritable travail d’implantation et le désir de faire des spectacles qui tournent. Le travail d’implantation est un travail à temps plein. Au jour le jour. Il faut sans cesse aller vers les gens si on veut vraiment se donner les moyens d’imaginer ensemble des solidarités nouvelles. Nous aurions pu depuis  dix ans dans le cadre de notre association avec Culture commune nous rendre véritablement disponibles. Ce qui nous aurait permis aux uns et aux autres d’aller beaucoup plus loin dans la connaissance des cités et des populations et de faire ensemble un véritable travail d’invention, de réflexion et de création. Sur le plan culturel, social, humain, politique.  Au delà de nos querelles artistiques.

l'echelle

On commence. On a fait un petit tour chez Colette, pour lui souhaiter un bon anniversaire. Claude nous a montré les photos de l’époque où il était coureur cycliste et tous ses trophées. Il nous a raconté les jeux olympiques en Pologne dans les années 50, et les championnats de France. Il posait des jours de congés à la mine pour aller concourir. Congés sans solde.
Et il y a aussi les trophées qu’il a gagné avec ses pigeons voyageurs.

On mange le midi à la fabrique théâtrale, au 11/19. C’est Claudine, la fille de Colette, qui nous fait à manger. Avec elle, c’est toujours bon.

Ensuite on est allé au Collège Curie. On a été bien reçu. Ils se plient en quatre pour rendre service à Jérémie qui fait des repérages pour la semaine prochaine, quand les danseurs seront là.
On est allé dans une classe de cinquième et on y retourne la semaine prochaine. On a donné des règles pour qu’ils participent au blog avec des photos et des textes.
Et puis le Directeur, Monsieur Fresko, nous a parlé de sa vision de l’éducation et de l’école publique : essayer de donner à chacun l’estime de soi et le goût du travail.

On est rentré à la fabrique. Il y a, dans la salle des pendus, l’équipe de Bruno Lajara qui prépare un spectacle pour enfant. On est dans la petite salle à côté, la salle deux, qui était autrefois la salle des douches individuelles des porions. Il y a encore le carrelage jaune aux murs et les poulies au plafond

Les collèges du premier jour

On part faire du porte à porte avec le journal de Culture Commune et le journal de la Veillée qu’on a appelé le Temps du 11/19 et de la Fabrique Théâtrale. Caroline et Martine sont revenues du collège Jean Jaurès où elles ont été accueillies à bras ouverts. On y retournera avec les acrobates et les danseurs et Hassan y donnera un cours de percussion corporelle. On travaillera sur les citations et sur Godot et on demandera aux élèves de nous parler de leur quartier. On s’est dit que cette fois ci il fallait absolument faire quelque chose avec le film de Godard, Pierrot Le Fou. Flora, Didier et Jérémie sont rentrés du collège Pierre et Marie Curie où ils ont travaillé avec une classe de cinquième sur leur rapport à l’art et aux spectacles en général. On leur a proposé de faire une photo comme un autoportrait, une photo en pied de quelqu’un qui leur est cher, un endroit qu’ils traversent au quotidien. On leur a demandé de choisir un poème et d’ en faire un calligramme qu’ils dessineraient à la craie dans la cour qu’on pourrait filmer…