Caen, on reste sans voix

On écoutait Christian Scharietti sur France 3. Il disait, combien il était fier d’avoir réussi à maintenir une troupe permanente de plus de dix comédiens au T.N.P de Villeurbanne, alors que dans la plupart des théâtre les troupes de théâtre n’existent plus depuis fort longtemps. On engage les comédiens, danseurs, acrobates,  musiciens, techniciens-magiciens uniquement le temps d’un projet. Il existe par contre un grand nombre de compagnies qui sont fidèles à des personnes avec lesquelles le travail se prolonge au fur et à mesure des années, mais qui n’ont pas les moyens de créer une troupe permanente. C. Scharietti parlait de sa carrière comme d’un temps passé et il disait qu’il songeait surtout à réussir les quelques derniers spectacles qui lui tenaient à coeur. Qu’il aimerait changer. Etre ailleurs qu’au T.N.P. Puis en parlant de l’intermittence et du métier de comédien, il disait qu’il conseillait à ses enfants de ne surtout pas faire ce métier. Qu’ils avaient peu de chance d’y trouver leur bonheur et que tout valait mieux que cela. Parce que rien n’était pire que d’être soumis au total aléatoire.

Un séjour attendu. Pour la première fois à St Agil !

On a joué hier à St Agil et la soirée s’est terminée dans la joie, dans un café bondé avec les habiants de St Agil. Un groupe de musique y donnait un concert-karaoké très festif. Marie, qui les connaît bien et qui connaît bien Boulogne/Mer, a dit, c’est un peu comme Marcel et et son orchestre, les Boulonnais les plus connus dans la musique punk-rock-festif, toujours déguisés en carnavaleux (Guy n’a pas tenu le coup très longtemps. Aphone, il est rentré se reposer). On a passé un séjour très agréable à St Agil. On y connaît beaucoup de monde. On a travaillé avec plein de gens du village, du Cheptel Aleïkoum, le collectif d’artistes musiciens, acrobates, techniciens-magiciens qui depuis des années s’est installé à St Agil et mène sur le village et au-delà une action de développement culturel avec les habitants et la collaboration très étroite de l’Eschalier, le magnifique théâtre du village, mené de main de maître par Florent et son conseil d’administration. On a eu cette chance de jouer La Brique dans la Grange (la salle de spectacle) de St Agil. C’était plein à craquer. Le Cheptel était venu en nombre. Hvdz Loos en Gohelle, Cheptel Aleïkum St Agil, Culture Commune Eschalier, même combat. Merci de nous avoir accueillis.

Didier, marie et Damien

C’est bien agréable de retrouver la cité des Provinces de Lens et la cité 5 de Loos en Gohelle. On y revient toujours. Il faut un temps pour se réhabituer et puis on retrouve de vieilles connaissances. Et il y a toujours des colombophiles et l’amour qu’ils portent à leurs pigeons. Et les pigeons. Et le ciel du Pas de Calais quand les nuages se dispersent et laissent apparaître à la nuit tombante un ciel de couleur bleu sombre, gris puis noir où scintillent quelques étoiles, jetées au travers de l’infini comme une pelletée de braises. Des images qui nous sont familières et qui nous rassurent et nous réchauffent le corps et l’esprit. Après une journée de marche à travers les cités et les nombreuses conversations, à chaque pas de porte, au local des coulonneux ou à l’école du bout de la rue. Demain la Brique s’en va à St Agil (Loir et Cher) puis elle prendra (en camion) la direction de Mondeville (Calvados).

le temps des cerises

On se pose des montagnes de questions. Marie, Didier et Damien de Culture Commune ont arpenté toute la journée la cité des Provinces qui se trouve juste en face de la Basse 11/19 et ont rencontré des dizaines de personnes. On se rend compte, qu’en l’espace de dix ans ou un peu plus, depuis qu’on travaille avec les gens du quartier, que la vie s’est durcie. A cause du manque d’emploi et d’argent, ce qui place les gens dans des conditions de survie, à la limite du supportable. Ces gens devraient se faire entendre. On ressent aujourd’hui, ce qu’on ne ressentait pas il y a dix ans. Comme c’est de plus en plus difficile de tenir le coup, on se dit qu’il faudrait qu’on soit porteur d’une parole plus forte, plus révolutionnaire. Que ça suffit comme ça ! On a abandonné ces gens dans les cités, et on ne fait rien pour eux. La coupe est pleine. La culture, l’art ça doit être aussi porteur d’espoir, et permettre aux gens de se regrouper pour mettre en avant leurs intérêts, qu’on les écoute et qu’on change de société puisque le capitalisme a montré ses limites et qu’il est plus que temps de redistribuer équitablement les richesses. Il est proprement indigne de laisser les gens (sur)vivre dans de telles conditions. Les gens sont nostalgiques de l’époque où les mines étaient en activité ; rappelons nous les grèves de 48, de 62 et la force de la révolte ouvrière. En dignes héritiers de cette époque et de nos aïeux, il est temps qu’on se manifeste, qu’on se révolte.

Revoir le film sur les jeunes gens de Wuppertal qui apprennent le spectacle de Pina Bausch

Il nous faudra trouver une organisation du travail très adaptée au projet de spectacle qu’on veut faire avec les ouvrières de la Redoute. Il faut qu’elles se sentent bien au sein de ce qu’on leur propose et que le travail ne soit pas contraignant au point que cela leur paraisse insurmontable.  Il faut trouver une façon de diriger les actrices qui rendent le spectacle vivant et très humain. Il faut laisser la place à la spontanéité. Il faut conserver la spontanéité de chacune d’entre elles, pour qu’elles ne se sentent pas bridées dans un carcan qui risquent de les paralyser. Il nous faudra essayer plusieurs choses, mais trouver vite, parce que nous n’avons pas un temps fou pour monter ce spectacle. Qui redoute la parole ? Acte 2. Nous avons recueilli beaucoup de témoignages et les retranscriptions sont en route. Après il reste à savoir comment on redonne la parole (qui est la leure) aux actrices de la Redoute mais cette fois sur un plateau de théâtre. Comment transposer le réel des conversations à la théâtralité de la scène ? Faut chercher, faut réfléchir, faut travailler. On pourrait s’inspirer du film qui a été fait sur la transmission de Kontakthof de Pina Bausch à des jeunes gens d’un quartier de Wuppertal. Dans cette mesure là, la vidéo aurait d’autant plus sa place dans le spectacle. Un peu comme si on racontait comment le spectacle s’est monté tandis que la grande histoire de la Redoute de ces dernières années est  dite sur scène par celles qui ont été la vie de la Redoute.

le temps hémophile coule

Stéphane Braunschweig a été nommé à la direction du Théâtre de L’Odéon. Il dirigeait le théâtre de la colline. C’est son troisième théâtre national. Il a dirigé le théâtre National de Strasbourg. Nous y avions joué Base 11/19, une quinzaine de jours, lorsqu’il dirigeait le TNS. On n’a pas joué souvent à Strasbourg. Si mes souvenirs sont bons, on y avait donné aussi Si tu me quittes, est-ce que je peux venir aussi ? Pour le coup, ça remonte à bien longtemps. La dernière fois que j’ai mis les pieds à Strasbourg, c’était au Maillon, pour voir le spectacle de Angelica Liddell, la Maison de la Force qui nous a donné envie d’en faire une adaptation, Aimer si fort. Une nuit à Strasbourg (à défaut d’une nuit à Bangkok). Depuis lors le TNS a changé deux fois de direction. Aujourd’hui Stanislas Nordey est le chef du TNS. Il a dirigé, dans les années 90, le théâtre de St Denis, avant de redevenir une compagnie indépendante. Il a beaucoup travaillé avec Pascal Rambert et Mouajdi Mouawad. Nous n’avons jamais joué ni à St Denis, ni à Gennevilliers, le centre dramatique de Pascal Rambert. Cette semaine, on joue La Brique, deux fois, à St Agil, près de Vendôme. Puis on va à Mondeville, à côté de Caen.

les autobus artésiens

Lundi, c’est la rentrée. On va se sentir un peu bizarre demain soir. Comme un dimanche soir. Pas falloir se coucher trop tard, sinon on va rater le bus, lundi matin, pour aller au lycée. A 7h10, à l’angle de D229 et de la rue qui va au terrain de foot. Dans le noir, dans le vent et sous la pluie, une vingtaine de minutes pour aller jusque là-bas, à pied. Et lundi, c’est une journée pleine, on finit à cinq heures. On sera de retour à la maison, comme tous les soirs, à 18h30. Ce sera la nuit à nouveau. Dans la rue de Baillencourt, là où habitent mes parents, il n’y a pas de lumière. Pas de lampadaire. Le mercredi et le samedi, on finit plus tôt. Le mercredi, on finit à midi, mais il n’y a pas de bus. Alors on va au lycée à mobylette. Biplace, orange, avec des clignotants et un feu stop. On l’a achetée à Lillers, où, de tout temps on a acheté nos vélos, mobylettes et solex. Pas loin de l’ancien cinéma Le palace, après le passage à niveau de la ligne de chemin de fer, Paris-Dunkerque. Quand les trains de voyageurs reprennent de la vitesse, après un arrêt en gare de Lillers, en direction de Dunkerque.  Arrêt suivant à Berguette, puis Hazebrouck et terminus Dunkerque.