Direction La Lorraine, ce matin. Un atelier ce soir et la Brique, demain soir, à la nuit tombée en plein air. Au pied d’un haut-fourneau désaffecté à Uckange. On a accueilli hier matin Forbon N., qui nous fait le plaisir de passer une année dans la compagnie dans le cadre d’un Pas à Pas, mise en place par la direction régionale des affaires culturelles pour permettre aux jeunes artistes d’apprendre le fonctionnement de la vie culturelle et artistique, ici et ailleurs. Forbon, tout comme Lucien l’année dernière, travaille sur un projet personnel et notre compagnie l’accompagnera à tous les niveaux de l’évolution de sa recherche. A sa demande. Par ailleurs il participera à plusieurs actions et créations d’Hvdz tout au long de la saison. On prend le train à Arras à 11h17. On passe par Paris et Metz pour arriver en milieu d’après-midi à Uckange.
Actualité
Marc Aurèle
L’âme raisonnable (…) atteint sa fin propre à quelque endroit que se place le terme de sa vie. Ce n’est pas comme dans la danse ou le théâtre et les autres arts de ce genre, dans lesquels l’action totale est inachevée, si quelque chose vient les interrompre. Mais l’action de l’âme raisonnable, en chacune de ses parties, à quelque point qu’on la prenne, réalise pour soi d’une manière pleine et sans défaut, ce qu’elle projetait, en sorte qu’elle peut dire : j’ai atteint mon achèvement.
hasta siempre !
Tous les jours, des gens grimpent sur les terrils. Quand on a fait le stage Afdass, avec les Chantiers Nomades, fin juin-début juillet, on est tous allés sur la cime du terril du 11. Ça n’est pas très haut (180m), mais tout en haut, ça file le vertige, quand on n’est pas habitué.
Du bureau d’Hvdz, on a une vue privilégiée sur les deux terrils de la base 11/19. Dans le bâtiment qui se trouve en face du nôtre, qui est une réhabilitation d’un ancienne construction du temps des mines, Culture Commune voulait faire une fabrique des arts de la rue. Mais les élus de la communauté d’agglomération ont longtemps tergiversé et pour finir, la décision fut prise d’en faire des bureaux, ou encore une pépinière d’entreprises à vocation écologique et de développement durable. Aujourd’hui, l’édifice est vide. Ça fait mal au coeur, même si on sait bien que le maire de Loos en Gohelle saura vite réagir pour y attirer de nouvelles personnes, des nouvelles activités.
Ça n’est pas simple de faire venir du public à Loos en Gohelle. Pour le développement durable ou pour la Culture. Hier on était à Valenciennes pour Nickel, un projet qu’on mène en partenariat avec le Phoenix de Valenciennes et des entreprises du secteur, à destination de jeunes gens avec lesquels on va monter une Veillée de découverte et de rencontre du monde du travail. Quand on a posé la question du public du Phoenix, on nous a répondu, les enseignants, les scolaires, les intellectuels, des groupes, et des Lillois. Faut bien se rendre compte qu’à Valenciennes, le Théâtre est en plein centre ville, à Loos en Gohelle, la Base 11/19 et en périphérie de Lens et de Liévin, au coeur des cités. Des cités d’habitations sociales où les gens perdent un peu plus chaque année de quoi se nourrir, de quoi se chauffer, de quoi espérer. Alors le théâtre ! Alors le développement durable !
Sur le site du 11/19, ne travaillent que des gens qui vivent à Lille, à part quelques rares autochtones. Si on additionne toutes ces contraintes, ces complexités, ces difficultés, on se dit que tout est toujours à refaire, que tout est toujours à recommencer, et que maintenant il faut faire vite, sinon tout le bassin minier va aller s’installer et vivre à Lille 🙂
Plus concrètement, à mon humble avis, la solution est globale, on est tous atteints du syndrome du » c’est comme çà, je vois pas ce que je peux faire de plus « , on vit au service de ces un ou deux pour cent de la population qui n’ont de cesse de (monstrueusement) s’enrichir sur le dos des plus pauvres (plus il y a de précaires et plus les gens acceptent des conditions de travail sous payé et difficile, ce dont profitent les oligarques), alors qu’existent ici les travailleurs les plus qualifiés du monde et qu’on se fait bouffer la laine sur le dos sans rien dire.
Nous sommes tous des réfugiés du capitalisme.
Dans la nuit de Calais
Encore une saison pour La Brique. C’est une recherche qui nous aura occupés six à sept années. On a fait plein de choses entre temps, et on continue mais La Brique fait maintenant partie des spectacles de la compagnie qui auront eu une durée de vie longue. Cette semaine, on va jouer en Lorraine, à Uckange.
A Calais s’annoncent des jours très sombres. Aujourd’hui aura lieu une manifestation des commerçants, des riverains, des routiers pour la destruction du bidonville des migrants. A l’approche des prochaines élections présidentielles, les agressions se multiplient. Il y a de plus en plus de milices. Ce que rapportent les médias est très orienté contre les migrants. L’état des lieux est catastrophique. Nos dirigeants français, anglais, européens sont responsables de cette situation parce qu’ils ont mis en place une politique xénophobe, à l’encontre de ceux qu’ils ont amenés à quitter leur pays. Les Irakiens, les afghans, les Syriens… Al Quaïda et Daech ont vu le jour grâce à l’argent des occidentaux, avec l’aide de l’Arabie Saoudite. La France est un des tous premiers pays exportateurs d’armes. La France a détruit la Lybie et participe aux bombardements en Syrie aux côtés de plusieurs pays européens. On oblige les gens à fuir leur pays et quand ils arrivent chez nous, on les parque dans des camps de fils de fer barbelés, et on voudrait qu’ils s’en aillent. Mais où ? Les Anglais n’en veulent pas, personne n’en veut. On laisse passer les marchandises, les armes, mais pas les êtres humains. C’est du suicide collectif. Nos pays seront bientôt dirigés par des oligarchies dont le seul intérêt ne sera que l’argent, le pouvoir et qui se moqueront bien de savoir ce que coûte la vie des gens.
Hasard ou Providence ?
Quand Stella Bommel est arrivée à Liévin au Ballatum-Théâtre, elle a remplacé Fabienne Caillerez qui était restée une bonne année au Ballatum. Elle avait pris la suite de Patricia Michel, qui est aujourd’hui administratrice au théâtre national de La Colline, à Paris, dirigé depuis quelques mois par Mouajdi Mouawad, que j’avais rencontré à Montréal, il y a fort longtemps, quand il dirigeait le théâtre de Quatre Sous. C’était précisément en 2002, en juillet ou en Août. On s’était assis sur banc, dans un parc du centre ville, à Montréal. Je me souviens, il bruinait et il faisait très chaud. J’étais allé à Montéal pour voir des acteurs des Sublimes et écrire. On m’avait trouvé un appartement, plein centre, pas loin du fleuve, le St Laurent. Stella est restée très longtemps dans la compagnie. Nous avons ensemble traversé les turbulences et la dépression, décompensation de tous les dangers du Centre dramatique national de Caen, suivies de ma démission et refondé Hvdz. Stella B. a quitté Hvdz en mai 2005, pour prendre du bon temps. Elle venait d’avoir d’avoir 50 ans et elle a décidé qu’il fallait qu’elle profite de la vie. Cela signifiait quitter le stress, les angoisses et la fatigue de la compagnie. Elle a été remplacée par Olivier Fauquemberges, qui est resté sept ans, avant de rejoindre Christophe Piret, le 232U à Aulnoyes -Aimeries et dernièrement la scène nationale du Manège à Reims, en tant que administrateur. C’est aujourd’hui Gilbert Pouille qui préside aux destinées financières de la compagnie. Gilbert P. a été formé par Stella B. à Filages, centre lillois de formation d’administrateurs de compagnies.
Sublimes
On va reprendre Les Sublimes, avec le Centre national des Arts du Cirque, de Châlons en Champagne. Comme on redonne vie à une pièce de répertoire. On fera ça dans le courant de l’année, pour exclusivement une ou deux représentations. Quelle bonne idée de la part du CNAC ! C’est un boulot de transmission intéressant. On va devoir adapter parce que la promotion (première année) qui va travailler là-dessus, dispose d’agrès de cirque très différents de ceux qu’on utilisait dans Les Sublimes. La dernière fois qu’on est allé au Cnac, on y a fabriqué une Veillée. Un bon souvenir. On a fait du cirque et de la vidéo dans tous les coins de la ville. On est allé à la rencontre des ouvriers qui travaillaient dans la rue, des personnes détenues, des écoles, du personnel de l’école et des enseignants, des gens dans les maisons de retraite, à l’hôpital psychiatrique, dans les I.M.E… On a présenté la Veillée dans la salle de Furies, le lieu central du festival des arts de la rue et du cirque qui a lieu tous les ans en juin à Châlons, dirigé par Jean Marie Songy. Nous voilà de retour au Cnac après des années d’interruption. Ainsi, nous n’y sommes pas retournés depuis le départ du Cnac de Jean François Marguerin, qui a fait valoir ses droits à la retraite, l’année dernière, alors qu’il était devenu DRAC (directeur des affaires culturelles de Rhône-Alpes). A une époque, on intervenait tous les ans à Châlons. Dans les années 2000. Tous les soirs on allait faire un tour dans le parc, le long de la Marne, au milieu des canards. On prenait les chemin le long du canal qui mène au quartier Dampierre et au centre commercial. On ne manquera pas d’y retourner.
Une saison rallye avec de nombreuses cotes
Notre travail avance bien.Plus de trois heures de réunion au bureau nous ont permis hier de mesurer l’ampleur du travail de cette année. On ne va pas chômer. Les demandes et les envies sont multiples et diverses. A peine a-t-on eu le temps de parler quelque peu de nos vacances, en Corse (Gilbert), à Majorque (où Marie a croisé David Guetta sur un chemin de randonnée) et en Bretagne (où Guy a prolongé la tournée de La Brique dans les cafés bretons, entre deux bagads, à Lorient), que déjà nous faisions le tour des créations de la saison. Stages, tournées, créations de spectacles, week end à Calais (au Channel, Amour et Utopie, la Sorbonne, l’Esad, le Cnac, l’université d’Arras, Lille 3, les Turbulents, la Redoute. Les écritures, le temps de l’écriture est venu (comme le temps des cerises) . Prendre le temps de l’écriture, c’est comme déguster une tarte aux cerises (ou plusieurs). La valse des réunions continue puisque on se retrouve aujourd’hui pour tout le reste et détailler les implications personnelles (à voir aussi en réunion collective) de toute l’équipe. Cette année verra la création des Redoutables à Avion, qu’il nous faut mettre en place et qui va nous obliger à beaucoup d’organisation. C’est la vraie rentrée. Nos amis de Culture Commune préparent leur présentation de saison à laquelle nous allons volontiers participer. Nous allons installer un petit coin dans la Fabrique où nous recevrons les gens avec convivialité dans des fauteuils comme dans un salon privé. Peut être proposerons-nous des massages avec du monoï (monoï maison, fabriqué avec de l’huile d’ olive et des bâtons de vanille (cf. Camping 2) qu’on vendrait après l’intervention, pendant le bal qui aura lieu en fin de soirée, 25 euros le flacon, l’étiquette portant la signature de chacunE des membres de la compagnie).



