Allô La brique ?

Hier soir à 19h, une représentation de La brique et ce matin à 9h00 soit 14h plus tard, on échange sur ce qu’on y a vu dans cette brique. Est-ce que ça parle pas plus au plus âgé ? Qui se sent concerné ? Qu’est-ce qu’on apprend ? « On cherche plus trop à savoir le passé, on vit dans un autre monde. Les mines on en parle plus trop, peut-être à l’école pour apprendre l’histoire. En tant que jeune si t’es là tant mieux mais c’est plus pour les plus âgés », mais peut-être quand même un peu, ça parle encore aujourd’hui « L’histoire me concernait j’ai grandi dans les corons. Mon père s’est fait écrasé par un train de mine et il a une jambe en moins. Ça m’a parlé de ça, de ce temps là, de ce que mon père a vécu. »

Le travail, c’est la santé ; rien faire, c’est la conserver !

Nickel, deuxième jour, on est passé par mille expériences en une journée et demi. Filmer, écrire, jouer, battre la mesure, danser, courir, rire, aller au spectacle et discuter, prendre le temps, expliquer, partager. Demain, on ira visiter des usines et faire des conversations filmées avec les gens qui veulent bien nous répondre. On a deux super vans noirs fumés Mercedes. On ne va pas passer inaperçu et c’est bien le but de Nickel.

Première journée Nickel

Pas de formalités ni de courbettes. Ce qui serait bien c’est de commencer par se tutoyer. Et puis si on se présente et qu’on dit notre prénom on pourrait raconter pourquoi comme ça et pas autrement, non ? Et ensuite on enchaîne sur le pourquoi ici et pas ailleurs ? Dylan et le tour du monde, Julien, Farouk, Marie et Angéla, Marie-Lis et Myosotis, Steven, Natacha, Yacoub, Bénédicte et son collier de perle, Mourad, Martine et Marie-Jeanne, Guy et Baptiste ou Jean, Aubin et Marie, Mathieu B. et Mathieu J., Kevin, Didier et son chien, on se lance des fruits pour retenir tout ça ?Qu’est-ce qu’une pratique artistique peut apporter dans l’approche d’un métier de l’industrie ? Échauffement rythmé d’un  Mourad déchainé qui nous fait faire des machines à 9 axes à 3, ou 12 axes à 4 ou  42 axes à tous sans discuter. Matière brute + programme = enlever et non rajouter : – « C’était 42 et pas 43 qui enlève quoi ? » – « moi je lève le pied »-  « Nickel ». Fondre pour travailler, fondre pour lier, fondre pour plier à 1800°, les hauts fourneaux, se détendre pour entendre le rythme des pieds, des mains, des cuisses, du torse, des avant- bras et du reste, ça circule, ça chauffe… Pause repas grâce à Dorine qui a usiné dans la cuisine du cinquième. Après-midi en trois temps autour de la découverte des caméras (être devant et être derrière), d’un dessin à l’aveugle de ce qu’a été notre trajet matinal et de l’Abc des percussions corporelles et un, deux, trois, quatre…

Dans 14 heures, ce sera Nickel !

On est dans les starting-bloks, puisque le rendez vous a lieu  au Phénix à 9h, demain matin. Ce soir, les veilleurs de loin sont arrivés à Valenciennes, Marie S. est allée les accueillir au train de Paris et de Nantes. Il s’agit de Marie Lies et de Mourad. Marie S. nous a concoctés avec Natacha du Phénix et Marie K. (aujourd’hui du phénix mais qui fut longtemps à Hvdz) un planning aux petits oignons. Elle a prévu de nombreux temps de bilan, au fur et à mesure des journées aux multiples actions, pour pouvoir adapter au plus juste nos interventions, en fonction des jeunes avec lesquels on va travailler, ces deux prochaines semaines.

Et demain soir, on n’oublie pas qu’il y a la Brique au Phénix et que c’est ouvert à tout le monde. C’est la première fois qu’on joue dans ce coin-là du territoire des Hauts de France. Les prochaines représentations de la Brique auront lieu dans la région de Tulle. Avant de revenir, une autre fois, à Valenciennes pour la deuxième partie de Nickel. On sera, alors, déjà , en juin.

Avec le Phénix (scène nat.), à Valenciennes

Lundi on reprend la Brique et on démarre Nickel, avec une quinzaine de jeunes gens de Valenciennes. On va visiter des usines, dessiner des trajectoires, faire (danser) des percussions corporelles, écrire, faire des films. Pendant quinze jours. Voyager dans nos envies, nos désirs. On va ensemble imaginer des conditionnels futurs, des à venir possibles et déclencher des coups de coeur. Au goût de chacun. En toute liberté, en toute humanité, en toute solidarité. Simplement. On va échanger, faire en sorte que tous s’y retrouvent (se trouvent) comme on découvre qu’on a toujours été follement amoureux, sans qu’on le sache.

Pessimiste dans la pensée, optimiste dans l’action

On pousse à fond les moteurs de notre petite embarcation dans la tempête, les bourrasques et les vagues hautes. Pas un jour qui ne passe sans son lot de questionnements, d’interrogations, de pensées fondamentales. Sans qu’on s’aventure un peu plus loin dans la mer déchaînée. Hier matin, dans le bureau du capitaine du C.C., le bateau amiral de la flotte du 11/19, on a redéfini les stratégies de co-construction, avec les gens du quartier, par le biais des jeunes gens qui rejoindront nos expéditions.

Dans l’après-midi, trois heures d’éducation populaire sur la biodiversité, avec Marie Décima, écologue au 11/19. On sait maintenant où nous vivons. On en sait bien davantage sur celles et ceux avec qui nous vivons. On a voyagé tout l’après-midi dans notre monde le plus proche. Pris conscience que la biodiversité, c’est la condition essentielle de l’existence de tous et toutes. De notre espèce, en particulier, menacée, pour la première fois depuis la nuit des temps, de disparition. Marie Décima nous a bien dit que nous n’en étions malheureusement qu’à un début de prise de conscience. Mais elle est passablement optimiste. Les choses peuvent encore évoluer dans le bon sens.

Cependant on a terminé la rencontre sur un point de folie industrielle et criminelle, pourquoi a-t-on autorisé qu’on sonde le bassin minier du Pas de Calais, à Houdain, Divion, Avion pour y chercher du gaz de schiste (ou de houille), ce qui va polluer à jamais nos nappes phréatiques, déjà fort mal en point, après 150 ans d’exploitation minière et les dégâts écologiques considérables causés par l’utilisation des armes chimiques pendant la première guerre mondiale ?

Aurions-nous définitivement, secrètement, décidé d’en finir avec nous-mêmes, de mourir comme ces rafiots abandonnés, au soleil brûlant, sur la mer d’Aral ?