Dans une demie heure le jour est levé. On va se mettre en route pour le canal, histoire de prendre un peu l’air avant d’aller travailler. D’après Nietzsche, on n’est libre que si on dispose des 2/3 de son temps à soi. Pour lire un peu, dit-il, surtout ne pas s’embarrasser, d’après lui, des best sellers, mais ruminer les grands classiques et surtout les écrits grecs antiques. Marcher neuf heures par jour, dit il encore. Contempler, méditer et ne rien faire. Et la diététique. Dis moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Manger léger pour se sentir sautillant comme un danseur (Nietzsche cependant ne manquait jamais de réclamer à sa mère des salaisons, des saucisses et tout ce qui fait la charcuterie allemande). Et on peut se rappeler aussi que pour lui, on ne doit pas craindre Dieu, puisqu’il est mort, ni la mort, puisque nous reviendrons toujours pour revivre exactement la même chose (l’éternel retour), et ne pas craindre non plus la souffrance puisque si elle ne nous tue pas, elle nous rend plus fort, et savoir aussi que le plaisir est possible ici-bas, puisque le vivant s’associe au plaisir pour créer la force de vie.
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Artiste compagnon
Lucien va s’envoler vers la Réunion pour y jouer Eperlecques la semaine prochaine ou dans quinze jours. Et préparer une éventuelle Véillée pour la saison prochaine. Il travaille en ce moment à la préparation d’un nouveau spectacle sur les mémoires de famille, avec sa grand-mère, Josiane. Il enchaîne les résidences, à Armentières (au Vivat), à la Base 11/19 et prochainement dans d’autres scènes nationales de la région.
Le Maroc est qualifié pour la coupe du monde de football
On est allé à Valenciennes hier après-midi. Une réunion de tous ceux et celles qui ont participé au projet Nickel, qui a eu lieu au théâtre le phénix. Tous les jeunes qui ont fait la formation ont trouvé d’une manière ou d’une autre du travail. Presque tout le monde était là . Il manquait Mourad, Marielys, Kevin Leblond, Brandon et Marie K. qui était bloquée à Québec.
Anamnésis III
Il y a deux semaines, nous entamions le laboratoire de Dunkerque. Nous étions tous arrivés la veille dans la soirée. Nous étions logés dans un B and B très confortable. Et Maxime nous faisait à manger tous les midis et c’était royal. Nous avons travaillé à l’avant-scène. La plus belle salle de répétition de la région.
La première fois qu’on a joué à Dunkerque, on y a présenté, l’éveil du printemps de Frank Wedekind que j’avais étudié à Gottingen, quand je faisais encore des études d’allemand, arrêtées subitement pour aller travailler au Prato. Des histoires enfouies dans le sable du temps. Hier on a regardé à la télé le dernier spectacle de Jan Fabre qui, à l’époque de Wedekind, participait au festival de Lille. Son spectacle (lors du festival de Lille) s’appelait les pouvoirs de la folie théâtrale. Et c’était inoubliable. Il a gardé tout au long de ses trente dernières années une même façon de faire. Le temps s’étire à l’infini, tout comme les actions du spectacle, jusqu’à ce qu’on oublie l’endroit où l’on est et qui on est. Il a inspiré beaucoup de metteur-e-s en scène : Castelluci, Platel, Wim Vandekeybus, Angelica Liddell… On se souvient assez bien de Je suis sang dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, à Avignon.
Anamnésis II
Un petit tour à Lille et puis s’en vont. Le 11 novembre à Lille, du côté de Loos lez Lille. Quelques heures, c’est court quand on y a vécu des années. Je ne me rappelle plus être allé au si célèbre marché de Wazemmes, qui a lieu, principalement, le dimanche matin. On y allait pour faire des courses et surtout pour acheter un poulet cuit qu’on partageait à la terrasse d’un bistrot avec des amis. En buvant de la bière et des apéritifs de toutes sortes. On quittait le marché quand les commerçants avaient disparu et que les employés de la ville nettoyaient la place. On rentrait à la maison pour le repas du soir ou pas de repas du soir du tout, selon l’état dans lequel on était. Au fur et à mesure des années, on changeait de terrasses en fonction de l’évolution de la place et des cafés. Patrick Sourdeval, un artiste lillois bien connu, qui a travaillé au Ballatum Théâtre (on s’aimait trop pour se voir tous les jours, Quoi ? L’éternité et Chez Panique ) ne manquait jamais de faire un happening devant l’église, à la sortie de la messe, vers 11h00, bien souvent habillé en curé. Le Prato a tenu la place plusieurs dizaines d’années. C’était le rendez vous des artistes undergrund et amateurs de poulet cuit. Ceux qui savaient jouer de la musique ramenaient leur instrument. C’est la grande époque de la bande à Polo et les débuts de Nono.
anamnésis
On a bien avancé. Rien à dire. Pour les saisons à venir. Toutes nos actions artistiques et culturelles se préparent une saison ou deux à l’avance. Quand il faut trouver du soutien financier et artistique, c’est vraiment le minimum. C’est le cas cette année comme les autres. Sauf que cette année quelques interventions sont tombées à l’eau et qu’il va nous falloir improviser. On ne manque pas de ressources, on va retourner sur le terrain, comme au bon temps des Veillées permanentes. On avait fait un travail avec la compagnie de Nathalie Cornille, au cours d’un hiver très froid. On était allé voir les gens dans les cités et on avait crée des danses. Il avait fait si froid que peu de gens avait pu faire le déplacement jusqu’à la Fabrique, à cause du verglas.
Hormis Mme et M. Cerjak qui furent parmi les plus fidèles de nos fidèles depuis notre installation au 11/19. Longtemps M.Cerjak avait été président du club des aînés de la salle Louis Albert. Cet endroit était à l’époque pour nous un deuxième repère sur la cité des Provinces, après la Fabrique. M.Cerjak avait été mineur de fond et il est décédé de la silicose. Il a connu le catastrophe minière de Liévin qui a fait 42 morts en 1973 au puits de St Amé.
du passé récent
On va au bureau et on s’acharne sur les téléphones. On doit passer par le garage pour faire réparer le voiture. On se souvient de l’inauguration du 11/19 comme si c’était hier. Il y avait Serge Noyelles avec qui Pedro Garcia travaillait. Serge était un grand ami de Ph. Lherbier qui travaillait encore à l’époque au Centre dramatique national de Caen. On n’a par la suite jamais revu Serge à Culture Commune. Serge, dans ses années-là parlait avec l’accent belge, au détour de certaines phrases, comme son mentor, Jo Dempkine, directeur du célèbre 104 à Bruxelles, disparu récemment. On s’est croisé au pot de départ à la retraite de M. Latarjet qui quittait ses fonctions de Président de la Villette, à Paris. On travaillait avec Hamid Ben Mahi à l’époque et on était très ami avec PH. Mourat, qui dirige aujourd’hui la salle des Métallos, à Paris, où l’on n’a jamais eu la chance de présenter quoique ce soit. Sans mauvaise pensée, je pense que Philippe, himself, n’a jamais réellement apprécié les spectacles et la démarche de la compagnie.Le 11/19 est devenu par la suite scène nationale et compte maintenant beaucoup dans le paysage culturel local et national. Chantal Lamarre avait l’intention de transformer la grande friche qui se trouve en face de nos bureaux en fabrique des arts de la rue, qui n’a jamais vu le jour. On a préféré y bâtir un immeuble de bureaux. Cet édifice est vide depuis des années. Il a abrité quelques micro-entreprises, au fil des ans, qui, toutes, se sont faites la malle.
A chaque jour suffit sa peine
On a bossé comme des tarés. On a remué ciel et terre pour trouver des partenaires. Ça n’est pas de tout repos. On y a passé quelques bonnes heures et pour aujourd’hui, on ne s’en sort pas trop mal. Si ça pouvait être tous les jours pareils, on serait heureux. Mais on a choisi le théâtre engagé et à partir de là, tout se complique.
Marie rappelle plein de professionnels qui ont vu Eperlecques à Avignon. Ils en disent aujourd’hui encore le plus grand bien. Mais comme le spectacle parle du parcours d’un jeune garçon ayant découvert son homosexualité à l’adolescence et qui la revendique maintenant avec fierté, certaines responsables qui seraient en mesure de le programmer, mettent sur le dos de leurs élus ou de « leur » public l’impossibilité de diffuser Eperlecques. C’est la honte. Jamais, je n’aurais pu imaginer une chose pareille. On n’est pas sorti de la bêtise .
Vivat vivat semper Semper in aeternum!
Très belle soirée hier soir au VIVAT d’Armentières pour Eperlecques. Salle remplie, belle ambiance et très bon retour des personnes composant le public et des nombreux professionnels présents.
Cela nous a fait plaisir de voir que ce spectacle – après l’avoir vu, de nombreuses fois, dans l’intimité de la petite salle Marie Gérard de Présence Pasteur à Avignon – fonctionne également dans une salle de 300 places, sonorisé et tout le toutim…
C’est une bonne nouvelle! C’est joyeux et motivant! Après le spectacle, on a pris de nombreux rendez-vous pour la suite d’Eperlecques, pour le prochain projet de Lucien et pour NO BORDER.
Hier, on a discuté au bureau, Laurent C est venu manger avec nous. On s’oriente, on trouve des solutions, on réfléchit . C’est aussi cela la recherche. Et puis, si c’était simple, ce ne serait pas marrant. Dans la contrainte, la création, non?
Allez, on lâche rien comme on dit souvent. Enfin, je pense qu’il y a quand même certaines choses à lâcher: on peut peut-être lâcher le stress, les disputes et les faux problèmes.


