Un méchant virus a frappé hier, et tout le monde est plus au moins malade. Mais le film spectacle a lieu demain à 17h30 puis 20h à la salle des fêtes et nous filons aujourd’hui à 18 heures. Martine et Jérémie finissent le montage, Diego, le technicien du bateau feu est arrivé pour tout installer, Didier et Maggie préparent les textes qui seront lus. Sony est en grande forme, et il nous propose de nous aider parce qu’on n’a pas l’air vaillants. Lucien nous rejoint, il travaillait ce matin à Super U, mais il n’y avait pas grand monde. D’ordinaire, le magasin est très fréquenté, certains clients viennent même dès 8 heures, alors que le magasin ouvre à 8h30, mais depuis quelques jours, c’est le calme plat, avec toute cette neige, on vit sur ses réserves.
Portraits
dernière étape

la neige sur l’eau, le silence sur le silence

Patois, pas moi
À l’atelier peinture, Hervé, Maggie, Didier et Céline rencontrent Myriam, Denise, Marianne, Marcelle et Lisa. D’habitude elles sont plus nombreuses, 11 ou 12 en règle générale, la plupart viennent ici depuis 30 ans. Aujourd’hui elles réalisent des collages. Lisa est la femme du cuisinier du restaurant l’Univers, elle vient d’Afrique du Sud et a rencontré son mari en Angleterre. Ils ont vécu cinq ans en Angleterre, puis six ans en Afrique du Sud avant d’arriver ici, à Grand Fort: « ça fait un choc tout de même », nous déclare Lisa. Mais elle apprécie vivre ici où les gens sont très ouverts, dit-elle. Elle aime balader son chien, un caniche sud-africain, le long du chenal. Elle a trouvé beaucoup de solidarité auprès des mamans de l’école, et est impressionnée par toutes les activités gratuites proposées aux enfants, contrairement à l’Afrique du sud ou l’Angleterre. Denise nous raconte qu’elle aime chanter en patois à ses petits-enfants, dans « son parler » dit-elle. Un jour un de ses petit-fils lui a demandé dans quelle langue elle parlait. Elle lui a répondu: »Mamie parle en patois ». Et lui de rétorquer: « Et pourquoi tu parles pas moi? »
Atelier peinture / collage

Ce n’est pas parce que
Ce n’est pas parce qu’on vit près d’un calvaire que la vie est dure
Ce n’est pas parce qu’il y a un mur d’expression qu’on a quelque chose à dire
Ce n’est pas parce qu’il y a des cabines de plages qu’il y a du sable
Ce n’est pas parce qu’on fume qu’on est un hareng
Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Sony qu’on aime Boney M
Ce n’est pas parce qu’on danse la valse qu’on trompe son mari
Ce n’est pas parce qu’on trompe son mari qu’on danse la valse
Ce n’est pas parce qu’on pose qu’on doit être pris en photo
Ce n’est pas parce qu’on n’est pas pris en photo qu’on ne peut pas poser
Ce n’est pas parce qu’on pose que la photo est réussie
Ce n’est pas parce qu’on est adolescent qu’on n’aime rien
Ce n’est pas parce qu’on n’aime rien qu’on est adolescent
Ce n’est pas parce qu’on ne fait rien qu’on ne travaille pas
Ce n’est pas parce qu’on fait trop de bruit qu’on doit se taire
Ce n’est pas parce qu’on est triste qu’on ne doit pas rire
Ce n’est pas parce qu’on rit qu’on n’est pas triste
Ce n’est pas parce qu’on marche qu’on suit
Ce n’est pas parce qu’il neige qu’on ne peut pas marcher
Ce n’est pas parce qu’on vit au bord de la mer qu’on n’est pas chasseur
Ce n’est pas parce qu’on est pêcheur qu’on a commis une faute
Ce n’est pas parce qu’on joue au basket qu’on ne peut pas jouer au foot
Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de bateaux qu’il n’y a plus de poissons
Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de poissons qu’il n’y a plus de bateaux
Ce n’est pas parce qu’on vit face à la mer qu’on s’y baigne
Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Philippe qu’on vit à Grand Fort
Ce n’est pas parce qu’on vit à Grand Fort qu’on s’appelle Philippe
Club de la rigolade
Cet après-midi, on a travaillé les abdos et les zygomatiques avec le club de cuisine. On retrouve une dizaine de femmes dans une ambiance survoltée. Le décor est tout de suite planté, quelques femmes sont en cuisine en train de préparer une carbonnade, mais une carbonnade au poulet. Les autres sont assises, boivent du café, mangent des gaufres, parlent et rigolent très fort. « Il y a deux clubs en fait à la cuisine, le club des travailleuses et le club des feignasses, c’est Christine la chef qui nous a appelé comme ça! » déclare une dame et l’éclat de rire est général. Éliane renchérit: » Il y a le club des popottes et et le club des papottes! » Et les rires reprennent de plus belle. On demande si des hommes viennent parfois: « Ah non! Interdits! Ils ne sont pas les bienvenus, ce n’est pas la même ambiance quand ils sont là! » Elles se retrouvent ici tous les jeudis, et attendent ce jour avec impatience, elle viennent ici pour cuisiner mais avant tout pour se retrouver, échanger, parler et rire, surtout rire. « On devrait faire le club de la rigolade » déclare Éliane, « les gens ne rigolent plus assez, même les enfants et les petits-enfants, ils ont honte quand on sort, tu cries trop fort ils me disent! » Toute acquiescent: « C’est vrai, ils aiment pas ça les jeunes, qu’on se fasse remarquer! Faut dire quand on est toutes ensembles qu’est-ce qu’on fait du bruit! » On continue à rire avec elles, puis on danse, puis on déguste les délicieuses gaufres, quand il nous faut partir, Éliane s’attriste: « Oh bah c’est dommage, on pensais que vous alliez rester rigoler avec nous. » On ne peut pas, mais on prend volontiers notre carte au club de la rigolade.
Atelier cuisine

en attendant les marcheurs

Il y a
À Grand Fort Philippe, il y a la mer. Il y a des marins. Il y a la mouette. Il y a Céline et Roméo. Il y a de la neige, de la neige, de la neige, de la neige. Il y a un camping avec des mobils homes. Il y a des chasseurs mais plus trop de pêcheurs. Il y a Lucien. Il y a Sony. Il y a Mathieu. Il y a Jean-Claude. Il y a Didier qui raconte Oedipe à Lucien. Il y a Michelle du Dundee. Il y a un calvaire. Il y a plus de bateaux. Il y a les bombes du quai. Il y a le doudou de Roméo déposé sur les marches. Il y a deux phoques dans le chenal. Il y a des aînés qui dansent la valse. Il y a des bureaux qui déménagent. Il y a un parc qui est une ancienne décharge. Il y a GFP. Il y a PFP. Il y a Philippe du méridien qui habite à Grand Fort Philippe. Il y a des camions qui se couchent dans la neige, pour se faire caresser les roues arrières. Il y a le MINCK. Il y a la cabane des minteux. Il y a le loto quasiment tous les dimanches. Il y a la petite pompe. Il y a Martine à la buvette du foot. Il y a des cabines de plages dans la cour du centre. Il y a les cululuttes. Il y a Sam le pirate qui va être cramé. Il y a Jean Louis, un des derniers vannier de France. Il y a Gut Finot. Il y a l’auberge du cheval blanc qui est fermée. Il y a Pimpren’ailes. Il y a opération TCHANG. Il y a une centenaire. Il y a plus de harengs. Il y a Michelle qui n’a pas gagné au loto dimanche. Il y a Lulu qui travaille au super U, au rayon liquide. Il y a Jean-Philippe qui ne vient pas. Il y a Sunny.
