
Portraits
Blason d’Aubusson
D’argent, au buisson terrassé de sinople, au chef de gueule chargé d’un croissant du champ accosté de deux étoiles du même.
Marie est dans la place

Le plein
Le train dans lequel on monte à Limoges n’a qu’un seul wagon et ses vitres sont sales, à tel point qu’on ne voit rien du dehors. Alors on parle de l’éducation au bonheur et de ce qu’on transmet malgré soi. Quand on arrive à Aubusson, il fait nuit, on descend sur le quai de la gare à tâtons, attentifs aux formes et aux sons. Le bruit de l’eau, un peu rapide, un peu sauvage, le crépitement du feu dans la cheminée, la mince ligne de la route qui traverse la ville ; la ville, quelle est son épaisseur ?, (se demande Hervé dans la nuit). L’espace autour de nous est mystérieux, même si Marie-Pierre et Gérard nous font la visite by night d’un morceau de leur monde. Alors le matin quand on ouvre les yeux, on découvre les couleurs de l’hiver Aubussonnais, des gris moelleux, des bruns foncés et clairs, des verts mousse, et puis ce fameux vert-de-gris sur les roches des collines alentours, et puis ce bel et gros et grand arbre sur l’ancienne nationale qui relie Limoges à Clermont-Ferrand, on dirait un pilier, cet arbre, il faut même descendre du trottoir sur la route pour le contourner. Réunis au théâtre autour de la table on nous délivre les premières indications topographiques et historiques sur la ville, et pour un endroit situé dans la diagonale du vide, on trouve plein de choses, à Aubusson.
Installation au Q.G

Le plan et l’invitation
Arras : 11h17 , Aubusson :18h59
Départ pour Aubusson ce matin. En train et en camion. On y a arrivera dans la soirée. Après le bonheur du stage des Nomades (est ce que le bonheur ça s’apprend ? est ce qu’on peut éduquer les enfants au bonheur, pour toujours savoir comment s’y prendre, pour être heureux ? ), nous partons à Aubusson. Pour la semaine, puisque nous serons de retour dimanche prochain. On part faire du porte à porte à Aubusson. Pour faire le Portrait d’Aubusson, avec et pour les gens. La dernière fois que toute la compagnie s’est déplacée à Aubusson, c’était pour le spectacle Base 11/19. Auparavant, nous y avions joué les Sublimes. Et bien avant, les spectacles du Ballatum Théâtre. Je serais allé jusqu’à toi, à Aubusson. Maggie d’HVDZ et l’équipe du théâtre Jean Lurçat d’Aubusson ont préparé notre arrivée. Réunion avec les associations et information dans les journaux de notre intervention dans la ville. Tout est prêt pour une semaine de rencontres, d’échanges, de conversation, de dialogue et de création en co-construction.
Eclat de soleil

emmitouflés

En rentrant
On a quitté Grand Fort Philippe, mais pas tout à fait. À chaque veillée, chaque portrait, on rentre dans notre ville à nous avec le sentiment d’appartenir un peu à une autre. Lucien (notre jeune stagiaire grand fort philippois) nous a dit que cette semaine avec nous lui avait beaucoup appris au niveau technique mais surtout, cela lui avait appris à s’arrêter et à regarder. Lucien ne se promènera plus de la même manière dans Grand Fort, il prendra le temps d’admirer les détails, d’y voir le côté unique, le côté sublime. « Vous devez connaître tant de détails sur tant de villes, même plus que les habitants, moi par exemple j’ai appris beaucoup de choses sur Grand Fort cette semaine », nous dit-il. On rentre de Grand Fort, grandis et fortifiés par tant d’images qui ne s’effaceront pas: le chenal, le calvaire, les cululuttes, le jardin de Céline sous la neige, le poster-puzzle d’Edith Piaf au Dundee, l’Auberge du cheval Blanc, l’activité intense au centre de l’Estran, les photos de classes du collège Jean Monnet, Hervé qui danse dans la neige devant les cabines de plage…Il nous reste tant et tant de nouveaux paysages à découvrir, tant et tant de rencontres à faire, tant et tant de clubs de cuisine où rire et déguster, de portes où frapper, de place de village où valser, de supermarché où lire, de club des anciens où parler…On rentre chez nous, dans notre ville à nous en prenant le temps de s’arrêter sur les détails: la cour de l’école maternelle enneigée, le sourire de la caissière du carrefour, une magnifique maison qu’on distingue à travers un lourd portail et qui a l’air abandonnée, les jeux du parc délaissés par les enfants pour cause de froid, le grafitti « mon amour » sur le mur devant l’église, on cherche partout le côté unique, le côté sublime.

