Entre la médina et les chapiteaux de Sidi Moussa, il y a le Borj, au bord de l’Océan. Les premiers mouvements du festival Karacena 2014 ont démarré au Borj, et c’est là que nous revenons régulièrement voir des « apparitions » de circassiens de l’école de Shems’y. Aujourd’hui, dans le bureau de Ali, à l’école du cirque, nous apprenons que le Borj c’est un lieu de légende. C’est l’endroit où viennent pleurer les amoureux déçus. Ce soir, quand nous retournons au Borj pour dîner avec tous les gens de Karacena, nous y penserons, et nous penserons aussi à cette citation que beaucoup ont choisie hier dans la médina « L’amour impossible est celui qui résiste le mieux au temps ».
VEILLEES
Le Borj

Salut Tom Neal ! et merci beaucoup

Traduire ? Lla, lla, machi mouchkil (Non, non, pas de problème) (2)
Il y avait eu le passage d’ « En attendant Godot » à traduire, les extraits « Antigone », les nombreuses « citations ». Maintenant il y a le montage à faire : les conversations filmées ont été faites en darija, à chaque fois avec un traducteur pour permettre à la rencontre de se faire. Au final, il n’y aura que les moments en darija dans le film. Martine fait un pré-montage, mais comment faire quand on ne sait pas où on peut couper dans la phase ? Elle est en train de retravailler tout, séquence par séquence, avec Maha. Maintenant il y a aussi les textes qui seront lus pendant la veillée à préparer. Didier a choisi des passages dans les articles du blog écrits au fur et à mesure des rencontres. Il faut les traduire. Et il faut les adapter. Mais surtout… il y a les nuances de la traduction, les mystères de la traduction, l’interprétation de chacun par rapport au voyage d’une idée qui passe d’une culture à une autre. Sur la terrasse du riad, deux gros pôles de traduction : Martine et Maha sur le montage, Moustafa et Maggie sur le blog. Chacun est très attaché à faire passer au mieux ce qu’il a ressenti. Alors, ça circule et ça se mélange : on s’invite dans le débat de la table d’à côté et sa fuse dans tous les sens. Moustafa : « Mais non ! Ça on ne peut pas le dire au Maroc ! Tu as traversé le fleuve comme un conquérant ? Ça n’existe pas ici. » Et dans les allers retours, on se sait plus qui comprend quoi, et on s’étonne même de voir Martine s’aventurer à traduire ce que Moustafa vient d’expliquer en darija à Maha !
Traduire ? Lla, lla, machi mouchkil (Non, non, pas de problème) (1)


Traverser le Boureghreg sur un fil et quoi encore
Sophia est allée plusieurs matins à Shems’y, l’école de cirque de Salé qui est devenue la première école professionnelle des arts du cirque au Maroc. Elle a travaillé avec Mustapha et Yunes qui sont des élèves sortant cette année, plus que cette semaine de festival et ils seront diplômés ! Tous les 3 ont monté quelques passages de danse, accro portés et un passage de roue cyr qui est la spécialité de Yunes …Mustapha et Yunes sont sur plusieurs projets jouant sur le festival, ils jouent dans Ambouctou tous les soirs, ils font des apparitions au Borge et ils ont aussi un autre spectacle qui s’appelle Hamsse… Ils sont fatigués mais leur engagement est là, on peut même compter sur Mustapha pour nous faire certaines traductions de textes du blog. C’est un projet déroutant, qui commence par les filmer dans la rue, faire du cercle sur des pavés pas très plats, danser sur la terre, faire du mât (la spécialité de Mustapha) partout et même tout là haut, en haut du QG à Bab Khémis, traverser sur un fil le Boureghreg…On est heureux de les avoir à nos côtés, curieux et souriants, à l’écoute.
J’ai entendu
L’appel à la prière, de près de loin, en sonnerie de portable, en décalé, j’ai entendu les cris des chats, belek belek souvent quand les hommes passent avec les carossas, première fois au Maroc ? Bienvenue au Maroc.
Le Maroc et la France ils sont mariés c’est comme des amoureuses, j’ai entendu la derbouka et le gambri.
J’ai entendu les issaouas, les gnaouas, le raï très fort chez les vendeurs de CD, j’ai entendu : il pleut sur la ville comme il pleure dans mon coeur en darija.
J’ai entendu les menuisiers, les ébénistes, les ferrailleurs, les lentilles tomber en cascade du sac, j’ai entendu le poisson frire, j’ai entendu la télé dans la rue, les machines à coudre.
Des voix caverneuses et d’autres claires, j’ai entendu des ventes à la criée, des rires, des rires, des rires beaucoup de rires. J’ai entendu des fous rires en réaction à nos essais de prononciation.
J’ai entendu le vendeur d’eau. J’ai entendu les oiseaux tous les matins, et les chiens toutes les nuits.
J’ai entendu le thé tomber dans le verre depuis là haut, la théière. J’ai entendu la mer et le vent.
J’ai entendu : Ambouktou, Paul !, prochain, hophophop, donne moi de la magnésie, « Yallah », le bruit des appels, des réceptions, j’ai entendu des claquements de mains sur les cuisses, le crissement du cuir des guêtres. J’ai entendu des applaudissements.
J’ai entendu les freins du mini bus, j’ai entendu à gauche, à gauche à droite (la douce voix de Si Gaydi), le clic clac des tongues (non, ce n’est pas toujours Sophia). J’ai entendu la Batoucada résonner dans toute l’école de cirque, j’ai entendu des enfants.
J’ai entendu Machi Mouchkil (Pas problème).
Souvenir circulaire…

Effervescence à la médina
C’est décidé on jouera trois fois ! On jouera donc le jeudi 28 août à 20h et à 22h à Bab Khébis (Khémis qui veut dire jeudi d’ailleurs) et vendredi 29 août à 20h. On a failli jouer dehors, le problème c’est que le parvis de Bab Khémis est au bord du tramway et qu’il n’y a pas de séparation, on a peur qu’il y ait trop de monde, et que ça déborde sur la route. On jouera dedans c’est plus prudent, ça ne fera que 200 places par représentations, mais on espère que tout le monde pourra rentrer.
Alors demain on s’y met, on va tracter en disant que plusieurs représentations sont ouvertes finalement.
Sophia Mustapha Younés dans la Médina

