La sous-traitance

La Redoute sous-traite. Pas seulement son système de livraison ou de conditionnement. Elle sous-traite ses employés, ses ouvriers. Nora nous raconte que quand elle a commencé, en 92, avec sa cousine, elles avaient hâte de se retrouver le lendemain, elles étaient toujours volontaires pour travailler le samedi. Il y avait une bonne ambiance. Quand elles avaient atteint l’objectif de la journée, elles mettaient de la musique et elles discutaient. Et puis, l’objectif est passé de 1400 à 2000 colis par jour… Il y a eu de plus en plus de travail, dans un espace de plus en plus chargé, avec de moins en moins de temps pour le faire. Alors Nora a fini par se casser la clavicule, à force de porter les catalogues et de manœuvrer la « charrette ».
Nora ne regrette pas d’être partie à l’époque. Car La Redoute n’a pas arrêté de sous-traiter ses employés depuis.

Tout se passait dans le meilleur des mondes.

fullsizerender.jpg

Il était une fois Brigitte Flamand et Frankie Beulens.
Il était une fois le récit incroyable de ces deux employées au sein de La Redoute.
C’est en en 1968 que leur aventure commence.
L’une d’abord ouvrière à la correspondance, agent de maîtrise puis cadre, l’autre responsable au service des réclamations qui ensuite a eu  » la chance » d’évoluer en allant au service marketing.
 » L’évolution était possible et très fréquente à l’époque. »

 » La Redoute ? C’était une entreprise familiale ! C’était humain.
On sortait de l’école et les chefs nous maternaient.
On venait travailler avec plaisir, on ne se posait pas la question ! S’il fallait travailler le samedi on venait, on ne regardait pas les horaires, on était pas aux 35 heures et il y avait les,heures supplémentaires obligatoires ! On travaillait et nous décidions nous même du rythme de production. On finissait le travail.
Et puis il y avait la Sainte Catherine, fallait voir les chapeaux ! le club de vélo, la bibliothèque pendant les pauses, une semaine de vacance pour les enfants, des bons naissance.
On était pas des numéros !

Mais ça c’était avant, avant qu’Il n’arrive. Là c’était plus pareil.

Danse la vie, danse

On est décidément très bien à la maison pour tous de la Martinoire. On voit plein de gens à l’intérieur et à l’extérieur. C’est une maison qui brasse du monde et des idées. C’est une maison bien connue par les habitants du quartier et les gens qui travaillent à la Redoute. Ce matin, on a fait du porte à porte, des ateliers avec les jeunes du centre de loisirs et des entretiens filmés. On a eu la visite d’une journaliste du journal la Vie et d’un photographe. Cet après midi, on est allé sur le marché du quartier de Beaulieu, danser et faire des portraits citations. Danser la valse. C’est toujours un peu surréaliste, un peu situationniste mais ça plaît à tout le monde. C’est une façon de montrer qu’on est là, de nouer des contacts et de faire participer les gens au film spectacle. Il y avait peu de commerçants mais ça ne fait rien, tout le monde a dansé. A force de danser et d’entrainer ici et là tout le monde dans la danse, quelque soit le temps et les endroits, on pourrait envisager d’aller danser jusque dans les ateliers de la Redoute.

Sur la route

dsc05441.jpg

Un proverbe indien nous dit : « ce ne sont pas les pierres qui bâtissent la maison mais les hôtes ». Je pense que cette phrase illustre assez bien notre visite matinale de Wattrelos. Une maison a des couleurs diverses et variés selon ses habitants : rideaux, jardins, voitures, portes et fenêtres. C’est un véritable miroir reflétant le quotidien de ses occupants. Au fil des mètres parcourus, les rues se transforment passant de corons à d’immenses maisons mitoyennes aux toits gigantesques. Chaque endroit diffère mais tous se rejoignent et convergent vers les usines de la Redoute.
Autre chose propre au quartier, des restes d’anciennes activités commerciales sont encore présentes et transforment l’endroit en un vestige témoin d’un temps qui était, qui est et qui sera.

Au marché de Beaulieu, il y a tout

rien-ne-finit-baulieu-bis-530.jpg

Le marché de Beaulieu, ce n’est pas un très grand marché (4 commerçants), mais il y a tout : fruits & légumes, viande, vêtements, bric-à-brac. Ce n’est plus dans le quartier de la Martinoire, mais c’est à Wattrelos. Ce n’est pas à côté des bâtiments de La Redoute, mais toutes les personnes que nous avons croisées avaient un lien avec La Redoute, avaient quelque chose à raconter sur La Redoute. Il n’y avait pas beaucoup de monde, mais nous avons beaucoup valsé parce que chaque personne acceptait nos invitations. Il n’y avait pas beaucoup de monde, mais nous avons fait beaucoup de portraits-citations. On leur parlait du film-spectacle, de la Veillée-La-Redoute, et ils choisissaient des citations : Rien ne finit, tout commence !

Quitte à bosser comme des dingues, pourquoi pas le faire pour nous ?

Aujourd’hui, nous avons fait du porte à porte dans le quartier de la Martinoire pour rencontrer les habitants et parler de manière informelle de la Redoute.

Finalement, nous avons surtout rencontré des anciens ouvriers de la lainière. Mais, finalement, on y voit des liens, des recommencements. Comme dit la citation que nous utilisons souvent, « Celui qui ne connait pas l’histoire est condamné à la revivre »…

On nous a dit que, bientôt, à La Martinoire, il n’y aura plus rien. Il y avait une envie que la Redoute se réinstalle sur les anciens sites de la Lainière. Est-ce que cela aurait fait sens nous dit un monsieur que nous rencontrons…De toute façon, la fin sera la même…Il n’y aura plus rien.

Ce monsieur est chauffeur-routier. Il nous parle du travail. Pour lui aussi, les conditions se sont dégradées. Il ne veut plus travailler dans ce domaine. C’est trop dur. C’est trop sale. Cela fait des années et des années qu’il fait cela dans toute l’Europe. Ils nous dit qu’ils ont récupéré dans sa boite beaucoup de chauffeurs de la Redoute qui s’étaient fait licencier.

C’est intéressant de se rendre compte que travailler en entreprise est souvent une réelle souffrance pour pas mal de personnes. Les gens rêvent de se reconvertir et de faire quelque chose « pour eux ». Quitte à travailler comme des dingues, pourquoi le faire pour un patron ? Pourquoi pas le faire pour nous ?

Y a toujours la tête qui dépasse du costard…

On a rencontré Mohamed cet après-midi. Mohamed a travaillé, avant et après l’armée, à la Redoute, il déchargeait les camions sur les quais. Il nous dit, qu’à l’époque, la solidarité à la Redoute était super. On s’entraidait avec les camarades, si on devait attendre on jouait aux cartes…

Maintenant, ce ne serait certainement plus pareil…

Le frère de Mohamed est mort sur son poste de travail à la Redoute.

Mohamed nous dit que, quand on est d’origine étrangère, on doit plus travailler que les autres pour faire ses preuves. Surtout quand on est cadre. Quand on est en bas de l’échelle, ce n’est pas grave, on regarde tes bras et tes jambes et puis, c’est tout. Mais quand on est cadre, y a la tête qui dépasse du costard…Alors, c’est le fait d’avoir dû travailler plus que les autres qui l’a tué…

Mohamed nous dit aussi que le désespoir des entreprises, c’est de ne pas considérer la base, les ouvriers. Ceux qui sont sur le terrain, c’est eux qui ont une partie de l’expertise. Les patrons gagneraient à les écouter et à les prendre en considération.

Mais nous dit-il également, un jour ou l’autre, ce seront eux également qui perdront leur boulot.