La Redoute, c’est une religieuse à croquer…

Jamila Mechraoui est venue nous rendre visite au QG cette après-midi. Elle est venue nous apporter plein d’exemplaires de la Lettre de la direction Industrielle de la Redoute. On lui a posé des question aussi car elle a travaillé 35 ans à la Redoute. En passant par les retours, l’aide à l’encadrement, la pesée, le ramassage, l’emballage…

C’est sa vie, la Redoute…En tout cas, une bonne partie.

Beaucoup, beaucoup de bons souvenirs du temps où les salariés faisaient des spectacles ensemble, fêtaient la sainte-Catherine, où faire 40 heures semaine n’était finalement pas un problème. C’était une joie de retrouver les collègues, l’ambiance et le goût du travail bien fait.

« La redoute, c’est une religieuse à croquer » nous dit-elle, car cela a été, pour elle, le moyen d’apporter du bonheur à ses enfants en ayant un bon job, un moyen de s’épanouir personnellement en était fier d’avoir un travail, acheter une maison. C’est une vraie chance.

Mais aussi, la Redoute, c’est une entreprise qui n’a pas su se moderniser, qui n’a pas su restreindre son équipe quand c’était le bon moment et se moderniser nous dit-elle. Il aurait fallu arrêter d’embaucher en petit contrat, consolider l’équipe et avancer…

La redoute, ce fut aussi des grèves…Bien sûr en 35 ans de Redoute, elle en a vu mais les dernières, elles lui ont fait peur. Elles étaient si dures, nous dit-elle, si violentes…les gens si virulents…

Si la Redoute était une musique, ce serait « C’est la vie » de Joe Dassin pour Jamila. Car une vie est toujours traversée par des chamboulements.

 

Comme si on le tuait

Pierre Dollet n’a jamais fait une grève de toute sa vie à La Redoute, de 1965 à 2007. Il n’a jamais fait une seule grève, mais le 19 décembre 2013, il est descendu dans la rue, pour soutenir les salariés de La Redoute. Parce que là, les événements de 2013, ça a été comme si on le tuait. Il se demande encore pourquoi on en est arrivé là. Le Redoute est passé des mains d’une famille à celles de financiers. L’objectif était la satisfaction du client, maintenant c’est la rentabilité. Mais il veut souhaiter bonne réussite pour la suite, et que ça reparte comme à l’âge d’or, et choisira cette citation dans notre liste : « Rien ne finit, tout commence ».

Du bureau d’étude au Tour de France

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Pierre Dollet est entré dans un bureau d’étude de La Redoute le 15 septembre 1965 pour remplacer son frère qui partait faire « les trois jours » à l’armée. Venu pour 3 jours, il y restera 42 ans. La Redoute : sa vie, sa deuxième famille.
En 1979, il passe du bureau d’étude à l’équipe cycliste professionnelle. Dans l’équipe La Redoute, il y a eu Alain Bondue, Stephen Roche, Jean-Luc Vandenbroucke… En fin de journée, aux arrivées d’étapes du Tour de France, sur le podium, c’est Pierre Dollet qui remettait la coupe : ici, on le voit avec Bernard Hinault.

Le bonheur au travail, ou l’entreprise libérée

On a regardé Le bonheur au travail documentaire de Martin Messonnier.
Ça commence comme ça : « Nous cherchons tous le bonheur. Mais alors, si nous passons la plus grande partie de notre vie au travail, pourquoi ne pas parler de bonheur au travail ? ». Mais on dit très vite que seulement 11% des salariés se lèvent le matin avec un sourire pour aller travailler. Alors, où est le problème ?
Au début de la civilisation, le chef était au service du peuple. Et puis, il y a eu la naissance des « pyramides hiérarchiques » : il n’y a plus eu un chef unique, mais des séries de chefs, chaque chef ayant un peu plus de pouvoir que le précédent. (Ces schémas hiérarchiques inventés dans l’armée et importés dans l’industrie pour pouvoir produire à grande échelle.) Les employés se sont retrouvés coincés à l’intérieur de cette pyramide et ont commencé à étouffer. Mais si personne ne veut lâcher de son pouvoir, la structure pyramidale ne peut pas se transformer. Pourtant, avec seulement 11% des salariés qui se lèvent le matin avec un sourire pour aller travailler, on peut affirmer que cette structure n’est pas pertinente. Mais comment la transformer en une structure ouverte et créative dans laquelle chaque employé pourra innover ? Il existe des modèles alternatifs : laisser les employés innover, réinventer l’organisation c’est possible. Le film nous raconte le parcours de plusieurs « entreprises libérées » : des entreprises dans lesquelles les salariés ont la liberté et la responsabilité d’entreprendre toute action qu’ils jugent, eux-mêmes, être la meilleure pour l’entreprise. Et l’ont voit des employés, libres, responsables, retrouvant du sens à ce qu’ils font, qui ne connaissent plus ce « mal-être au travail ». Et l’on voit des entreprises refuser des plans sociaux, survivre à la crise et même se développer. Alors c’est possible ? L’ennemi, c’est l’égo, l’égo de la hiérarchie, et la volonté de contrôler ce qui est en-dessous de soi. À suivre.

Wattrelos et ses animaux

Si nous devions décrire en quelques mots la faune présente à Wattrelos cela serait simple : petits museaux au nez rose, petites dents, oreilles pointues et yeux brillants… On parle bien évidemment de chats. Que ça soit dans les jardins, au coin d’une rue, dans les arbres ou assis sur une voiture, les chats sont partout. Dans de nombreux quartiers, on aime ces petites bêtes et on les nourrit bien volontiers : coussins douillets sous des buisson, bols de lait… Tout est là pour satisfaire les besoins de ces petits félins, au point même que des chemins de croquettes apparaissent parfois sur des parkings transformants ces petits animaux en véritables petits poucets.

Cependant, c’est un animal avec une symbolique très spécifique. Pour certaines anciennes cultures, le chat était un symbole de protection mais aussi de bravoure pour explorer l’inconnu. Être sous la protection du chat était bénéfique pour ceux qui avaient besoin de trouver le courage d’affronter ses inquiétudes ou problèmes du quotidien. Peut être sont ils, ici, des gardiens bienveillants pour les ouvriers en difficulté ?

La Redoute, Carlos et L’école des fans

Christophe R., que nous rencontrons ce matin dans son garage, nous raconte un souvenir lié à la Redoute : quand sa mère y travaillait, il a participé avec les enfants du personnel à l’enregistrement de L’école des fans avec Carlos. Il se souvient avoir été hypnotisé par le batteur qui accompagnait le chanteur. Le jour suivant, il s’inscrivait à un cours de batterie.
« – Aussi loin que je me souvienne, La Redoute a toujours été présente dans ma vie. »

Christophe, Gaétan et les Filles-du-Ramassage

Ce matin, nous avons rencontré Christophe. Il a travaillé 2 ans à La Redoute, de 95 à 97, et de 5h à 13h, pour pouvoir travailler l’après-midi sur son projet de garage. Pour lui, La Redoute c’est Gaétan et les Filles-du-Ramassage. Christophe et Gaétan étaient les deux seuls garçons du « sept-mètres ». Ils étaient moins agiles, ils n’arrivaient pas à suivre la production, alors les Filles-du-Ramassage venaient toujours les aider. La solidarité. Heureusement qu’elles étaient là, et grâce à elles, Christophe et Gaétan ont passé des très bons moments au ramassage.

À partir du porte-à-porte…

Porte à porte dans le quartier de la Martinoire ce matin.

On rencontre des gens, ils nous disent au fil des maisons, des petites anecdotes mais aussi des fragments de leurs vies…les moments heureux, les passages à vide.

Ce monsieur qui ne trouve pas de travail alors qu’il n’arrête pas de postuler, cette dame qui a perdu ses parents quand elle était bébé et qui vient du Brésil, ce monsieur qui a perdu l’usage d’un oeil à cause d’un AVC et qui habite désormais un plein pied, cette dame qui nous dit que la Condition Publique, c’est aussi un super restaurant à Marseille, ce monsieur qui s’est fait virer de la Redoute parce qu’il avait 16 ans et avait frappé quelqu’un qui se moquait de lui…Mais aussi une super joueuse de tennis de table qui boite aujourd’hui parce qu’elle s’est fait une entorse. Elle nous parle de son père qui était hollandais, son mari de sa mère qui est morte trop tôt.

On partage donc des petits moments de vie, à travers le porte à porte, à partir de ce projet autour de la Redoute qui nous emmène finalement toujours un peu plus loin…