On aurait aimé aller partout, rencontrer toutes les associations, tous les établissements de la ville, les écoles, le collège, toutes les personnes qui font la vie de la ville mais la durée de notre séjour ne le permet pas.
Notre portrait sera une vision parmi tant d’autres possibles de cette ville qui dégage, ça nous en sommes sûrs, un dynamisme associatif, culturel et sportif assez rare.
Peut-être que si nous avions rencontré plus d’adolescents, Loon-plage aurait manqué d’une salle de concert, peut-être que si nous avions rencontré plus de jeunes adultes, Loon-plage aurait manqué de bars de soir, peut-être que si nous avions rencontré plus de personnes au chômage, Loon-plage aurait une image moins dynamique, et ainsi de suite…
Nous espérons que la vision que nous pouvons avoir en une semaine chez vous, cher-e-s Loonoi-e-s, correspondra à celle que vous en avez. Nous pourrons de toute façon en discuter avec plaisir avec vous après les deux représentations de samedi.
Loon est un mot qui existe dans plusieurs langues.
En anglais, Loon signifie le plongeon, ou l’idiot. Loon-Plage c’est l’idiot qui croyant qu’il plonge depuis la plage qui n’est plus, sauterait en fait dans les cuves de méthaniers.
En néerlandais, Loon se traduit par le salaire. Loon-Plage c’est la plage qui offre le salaire, on perd un bout de côte mais l’argent que l’on reçoit en compensation rend la vie de la ville plus aisée.
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Nathalie est arrivée à l’âge de 11 ans à Loon-Plage. Elle arrivait de Grande-Synthe et au début, elle trouvait que c’était un peu « la campagne » ici. Mais depuis, elle n’a jamais quitté Loon-Plage. Natalie raconte que son mari était de Lille, qu’il travaille à Roubaix, mais que lui aussi, malgré les déplacements quotidiens, ne jure que par Loon-Plage. Ils n’imaginent pas vivre ailleurs qu’ici. « J’adore Loon-Plage, je dis bien j’adore. »
Claire est arrivée à l’âge de 17 ans à Loon-Plage. Elle arrivait Dunkerque et au début, elle trouvait que c’était vraiment trop « la campagne » ici, surtout pour une adolescente qui venait de Dunkerque. Mais depuis, y revient tous les jours à Loon-Plage. Tous les jours. Dès la fin de ses études, elle a postulé pour l’Office du Tourisme de Loon-Plage et depuis son travail c’est ici, à depuis 10 ans, et elle n’imagine pas travailler ailleurs qu’ici.
C’est évident, ce n’est pas par hasard si elles sont là, à l’office du tourisme de Loon-Plage. Des ambassadrices que tous les offices du tourisme rêveraient d’avoir. Elles aiment Loon-Plage, elles aiment partager leur passion de cette ville, elles en parlent avec des visages pleins de soleil. « Il y a beaucoup de touristes à Loon-Plage, des Anglais, des Belges, et avec le Ferry…, il y a aussi des touristes qui viennent d’un peu partout en France, il y a des travailleurs en déplacement, et en saison, le parc Galamé, c’est magnifique, ça attire du monde. Les touristes sont toujours étonnés de voir tout ce qu’on peut faire ici. »
On parle de Loon-Plage aujourd’hui, de Loon-Plage demain, de Loon-Plage d’hier, de ce que Nathalie et Claire feraient si elles avaient une baguette magique et de fil en aiguille on parle de ce qui a disparu, les petits commerces de proximité dans le centre-ville, les bâtiments historiques (la sécherie, la brasserie, la gare), et puis voilà, on parle du Clipon. Le Clipon. Ni Nathalie, ni Claire ne l’ont connu. Mais Nathalie raconte ce qu’elle a compris de cette histoire, avec son regard de petite fille à qui on n’a pas raconté grand-chose. Ses grands-parents maternels ont été expropriés. La ville a racheté leur maison pour la détruire. Une maison, c’est toute une vie, explique-t-elle, avec tout ce qu’on met dedans. Ses grands-parents maternels ont travaillé toute leur vie pour bâtir « leur » maison, alors la voir détruite pour l’agrandissement du port autonome de Dunkerque, ça a été un choc dans leur histoire. Un choc dont on ne parlait jamais.
Claire et Nathalie Dans le film-spectacle du portrait de Loon-Plage, il y aura le plus jeune fils de Nathalie, qu’on a rencontré au Judo, où Jérémie a fait des images avec le groupe des 6-8 ans.
Dans le film-spectacle du portrait de Loon-Plage, il y aura aussi la mère de Claire, qu’on a rencontré à l’atelier peinture adulte, où Didier a fait des mini-interviews et où Isabelle proposait des citations à apprendre et à dire en regardant dans la caméra.
Lundi, on avait rencontré les personnes de l’atelier de peinture adulte. Mercredi, on est revenus au même endroit, à l’atelier des enfants. On a ressenti la même chose chez les petits et chez les grands : c’est l’ambiance autant que la peinture qui fait qu’il y a autant de monde. Une ambiance, c’est le secret de la réussite des ateliers de Catherine.
Jérémie et Isabelle sont venus déranger l’atelier de dessin du mercredi après-midi, pour proposer de faire des « photos-souvenirs ». Catherine est ravie, même s’il y a des dessins à finir pour une exposition à venir, de voir les enfants lâcher leurs crayons, leur pinceaux et leurs craies grasses et se réunir avec enthousiasme pour fabriquer avec nous une séquence du film-spectacle-portrait-de-Loon-Plage. Jérémie se met à une table, Isabelle a une autre, pour recueillir la parole des enfants. On leur demande de nous raconter des souvenirs drôles ou marquants, des petits événements qui se seraient passés ici ou à l’école, des situations que nous allons pourvoir remettre en scène avec eux, on en fera une photo, on écrira un petit texte. Certains sont timides, d’autres moins, mais les cerveaux bouillonnent, les yeux regardent en l’air, en coin, pour chercher dans sa tête, ils sourient, ils éclatent de rire en se remémorant les scènes qu’ils racontent. Un souvenir entraîne l’autre.
Un jour, j’ai été oubliée dans la classe, je me suis retrouvée dans le noir, la porte était fermée à clef, je frappais à la porte, je criais, jusqu’à ce qu’on vienne me chercher.
Un jour, j’étais tellement content que le prof de sport soit absent, que je suis parti en courant, et je me suis étalé complètement dans la boue avec mon cartable. Je suis rentré tout mouillé et tout sale.
Un jour, il y a mon voisin qui a failli me couper les cheveux, je regardais ailleurs, c’est vrai qu’ils sont très longs mes cheveux, ils dépassaient sur sa table, il avait les ciseaux en main, il s’en fallait de peu.
Un jour, il y en a un qui m’a refermé la « porte au nez », pour de vrai : je suis rentré dedans, je saignais du nez.
Un jour, quand je m’allais m’asseoir, mon copain a enlevé la chaise, je suis tombé par terre.
Un jour, quelqu’un a mis une punaise sur la chaise d’un copain, pendant qu’il était au tableau. Ah, oui, et une autre fois, c’était sur la chaise de la maîtresse.
Un jour, on a récupéré du riz à la cantine, on a enlevé les cartouches de nos stylos, ils pouvaient donc servir de sarbacane, on visait les copains, mais ça a atterri sur la maîtresse.
On recrée les scènes avec les enfants de l’atelier peinture, le moment le plus visuel, Jérémie photographie. Effervescence, surenchère et bonne humeur. Tout le monde rit beaucoup. Après les « photos-souvenirs », chacun retourne à son dessin, avec des choses à raconter le soir aux parents, et à voir samedi à la salle Coluche : des nouveaux souvenirs de rigolades.
C’est pas parce qu’on habite Loon-plage qu’on va se baigner
C’est pas parce qu’on va se baigner qu’on aime l’eau
C’est pas parce qu’on fait du théâtre amateur qu’on aime être filmé
C’est pas parce qu’on aime aller au Bienvenu des poilus qu’on est mal rasé
C’est pas parce qu’on vend des pizzas à Loon-plage qu’on vient d’Italie
C’est pas parce qu’on collectionne des timbres qu’on a la langue qui colle
C’est pas parce qu’on aime Loon-plage qu’on aimerait pas qu’il arrête de pleuvoir
C’est pas parce qu’on trouve que Loon-plage est une ville agréable qu’on aimerait pas qu’il y ait moins de pollution
C’est pas parce qu’on aime le carnaval qu’on va forcément aux bals
C’est pas parce qu’on chante dans la chorale qu’on veut bien chanter seule devant la caméra
C’est pas parce qu’on va à l’atelier bois qu’on a un coeur de pierre
C’est pas parce qu’on fait partie de l’atelier peinture qu’on ne va pas à la chorale
C’est pas parce qu’on est près de la mer qu’on aime les goélands
C’est pas parce qu’il y a les trois glorieuses samedi qu’il ne faut pas venir au film-spectacle
Certains d’entre nous ont déjà rendu deux fois visite à Tilu qui tient depuis quelques années le bar Au Bienvenu des Poilus.
La porte est ouverte, on s’y sent détendu. Un poêle dans un coin sur lequel une marmite semble toujours posée là. Quand quelqu’un.e rentre, il ou elle nous serre chaque fois la main. Le bar se remplit ou se vide à grande vitesse. On rit beaucoup, on se lance des piques, on boit des verres.
Tilu est aidé par son frère. Le bar était tenu par leur mère et avant par leur grands-parents. Cela fait donc plus de 100 ans que cette famille se relaie aux commandes du bar.
Les gens viennent le midi manger le plat qu’ils ont acheté au village et de 16h à 20h pour l’apéro. Ce midi des clients poussent Tilu à se présenter comme maire, il en rit mais cela ne lui plairait pas.
Hier la chorale loonoise nous a offert… La Loonoise.
Voici les paroles :
La Loonoise
de Fabienne Vanbaelinghem
La mer les dunes et puis les champs
La petite ferme du « Pignon Blanc »
Celle des mes arrières-grands-parents
Pas de tracteur mais des chevaux
Au lieu-dit du Pont-à-Roseaux
Là maintenant des éoliennes
Rythment notre vie quotidienne
Pour voir le vent s’il va faire beau
R’gardons vers le Pont-à-Roseaux…
Puis viennent les souvenirs d’enfance
Là-haut tout au Nord de la France
Dimanches où souffle la tempête
Promenades sur la Digue du Break
Papa me serre très fort la main
Au bord de l’eau je risque rien
Puis les vagues qui lèchent la digue
Et mon cœur qui danse la gigue…
Les jours de beau temps la garenne
On courait à en perdre haleine
Le but c’était cette maison
Celle du pendu, celle du Clipon
Seul amer au milieu des dunes
Elle doit son salut à la brume
Trop loin, fallait tout traverser
Petites jambes trop vite fatiguées…
Passant près d’l’église le dimanche
J’l’imagine dans sa robe blanche
Arrière-grand-mère endimanchée
Faisant son tour sur le marché…
Et puis voilà mon p’tit bonhomme
Qui lui aussi est natif de Loon
Portant la gerbe le 8 Mai
En souv’nir de ses aînés
Traverse la ville sans dire un mot
Parce que Mamie a dit qu’là-haut
Ils le regardent ses aïeux
Qui étaient déjà natifs du lieu
Ils comptent sur lui pour préserver
Loon-Plage leur village bien aimé…
On rencontre beaucoup de loonois qui sont nés à Loon-Plage. Mais on rencontre aussi des loonois d’adoption, de cœur, en transit, de passage, en quête d’un endroit dans ce monde pour se poser.
Un gravelinois est devenu loonois, et ne se sent plus du tout gravelinois.
Une loonoise, née ici, a vécu pendant 3 ans ailleurs, mais est revenue ici, définitivement.
Une Loonoise, venue de Bruay-en-Artois (qui ne sera jamais pour elle Bruay-la-Buissière), fille de mineur, originaire de Pologne et Loonnoise depuis très longtemps.
Une guadeloupéenne est devenue loonoise depuis 43 années et ne quittera plus Loon-Plage, elle se sent des deux endroits à la fois, complétement loonoise, complètement guadeloupéenne. Quand elle est en Guadeloupe, elle se sent bien, mais elle pense à Loon-Plage, quand elle est à Loon-Plage, elle se sent bien mais elle pense à la Guadeloupe.
Une famille lilloise s’est installée à Loon-Plage et accueille les visiteurs et les touristes à La Tente Verte.
Des ouvriers de passage, de tous horizons, habitent à La Tente Verte du lundi au vendredi, et travaillent sur les méthaniers.
Un érythréen voudrait prendre un bus, il est à l’arrêt Route-de-Bourbourg à Loon-Plage, mais ne sait pas encore où il va aller exactement.
Néo-arrivant à Loon-Plage, de passage à Loon-Plage, si on s’y sent bien, est-ce que ça doit changer quelque chose de ne pas être natifs de Loon-Plage ?