Merlimont J-2

On pourrait penser qu’avec l’expérience, on devient plus zen. Faux ! Si on prend conscience qu’on est rentré, il y a fort longtemps dans le royaume de l’incurable inquiétude (depuis la mort de Dieu), ça n’est pas quelques années de plus ou de moins qui feront la différence. A moins de considérer chaque jour supplémentaire comme un cadeau de la vie dont on va savoir jouir à sa manière (c’est important de ne pas faire comme tout le monde, sinon on est cuit, il faut cultiver son individuation (rien à voir avec l’individualisme), reconnaître ses goûts). Mais rien n’est malheureusement jamais si simple. Ce serait sans compter avec les fantômes qui viennent vous tirer par les pieds, la nuit (je me lève tous les matins avec beaucoup de mal, avec une grosse douleur dans la jambe gauche. A force de tirer sur mes pieds, les fantômes m’ont abîmé la jambe). Les fantômes pensent par nos pieds la nuit et habitent le reste de nos corps toute la journée. Plus on a d’expérience, plus on a de fantômes, plus on est nombreux, plus on a du mal a se sentir bien tous ensemble (avec tous ces esprits gémissants en proie au long ennui). Et moins on est tranquille. Moins on est zen.

j’avance dans l’avenir à reculons, comme un historien, ou un nostalgique

Dans quelques jours nous partons en tournée avec La Brique. Dans les centres CCAS de Merlimont et de Bretagne. Une dizaine de jours après la fin du stage des Chantiers Nomades. On a beaucoup travaillé avec les Chantiers Nomades depuis qu’ils existent. Les Chantiers Nomades proposent aux intermittents du spectacle de suivre des temps de formation de quelques semaines avec des artistes dans tous les domaines, du cirque, à la danse, au cinéma, au théâtre… C’est la cinquième collaboration avec les Chantiers Nomades depuis 14 ans. On a travaillé sur des thèmes très différents, sur la performance, sur cirque et paroles ouvrières, sur les Veillées, sur Angelica Liddell et cette fois sur les migrants de Calais. A chaque fin de stage, on a toujours donné une présentation des travaux du groupe. Il y avait une bonne vingtaine de personnes qui est venue assister, cette fois, au spectacle. Beaucoup de connaissances parmi le public. Tout ce beau monde s’est ensuite retrouvé chez Sandy, au café du Chevalet pour célébrer la fin du travail. On a beaucoup parlé, on a discuté de la présentation. On a pris note des recommandations et des conseils des amiEs sur la façon de faire du théâtre du réel.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous, bordel!

Grosse colère au sujet  du comportement des unEs et et des autres dans cette petite commune du bassin minier. Aux dernières élections, là comme dans beaucoup d’endroits en France, on y a voté majoritairement pour l’extrême-droite. C’est une commune au passé minier très marqué, qui a toujours accueilli des gens de partout, du monde entier qui venaient travailler à la mine. En ce jour de 14 juillet, au banquet de la commune, les esprits s’échauffent et on s’en prend à ceux qui ne sont pas d’ici. Mais faut il être de bien mauvaise foi, puisque toute la population du village si l’on remonte à toute juste quelques dizaines d’année en arrière n’est pas d’ici. Comme si les gens s’en prenaient à eux mêmes pour s’accuser eux mêmes de tous les maux de la terre. C’est schizophrène et ce serait risible si ça n’était pas tragique et par la violence de certains propos carrément haineux. Nos ancienNEs se retournent dans leur tombe.

Pays de malheur

Une jeune Erythréenne est morte, écrasée par un camion sur la rocade de Calais qui mène au port. Le camion ne s’est pas arrêté. Ça n’a pas fait trente secondes aux infos nationales. Dans quel monde vivons nous ? Le pire est à craindre. Des gens veulent se déplacer librement d’un pays à un autre, on les écrase sur les autoroutes. Les biens, l’argent le profit peuvent circuler librement, mais pas les individus. Le pire est à craindre. Tout cela est insupportable. On a davantage parlé aujourd’hui du coiffeur du président de la République que de ce qui s’est passé la nuit passée, à Calais. Demain, c’est le 14 juillet, plutôt mourir que de m’intéresser à leur défilé.

Retour aux sources

La semaine prochaine; nous mettrons le cap sur Merlimont. C’est très étonnant de démarrer une tournée en Bretagne par Merlimont puisque Merlimont (qui se situe dans le Pas de Calais) est par excellence la plage des anciens mineurs de fond et de leur famille, tradition qui se perpétue aujourd’hui encore au fil des générations. C’est un grand plaisir de reprendre La Brique, pour une deuxième tournée CCAS. Après la tournée 2015 dans les Hautes Alpes. La politique culturelle des CCAS d’EDF est remarquable. Elle tient sa source des fondements de l’éducation populaire. Nous sommes ravis d’avoir été choisis pour participer à cette aventure.

On est tous des Européens

Travailler sur le thèmes des migrants est compliqué. Parce que humainement et politiquement, ça nous renvoie à plein de questionnements. Qu’est-ce qu’on fait pour que ça change ? Pourquoi on n’accélère pas les procédures d’installation des gens en Europe ? Pourquoi est on si violent avec des gens à qui on n’a rien à reprocher ? Pourquoi les gens d’ici ne se mobilisent ils pas davantage pour régler la situation de tous les migrants ? Que craint-on ? Qu’est ce qu’on nous a mis dans nos têtes pour que nous restions assis à ne rien faire ? On a le souvenir hurlant des barbaries du 20ème siècle et pourtant on est impuissant face à nos gouvernements, qui construisent des murs, des barbelés avec des lames de rasoir. Ils poussent les migrants à prendre des risques mortels pour accéder à l’Angleterre. Pourquoi une Europe aussi inhospitalière, aussi cruelle ? Ça n’est pas l’Europe qu’on veut, nous voulons une Europe démocratique, pas une dictature molle !