Je passe une bonne partie de mes journées à regarder ce que Didier, Philippe et les Turbulents ont inventé durant les trois semaines de recherche qu’ils ont menée à Paris ces deux derniers mois. Didier a tout filmé. Ça représente plus d’une quinzaines d’heure de film. C’est comme si j’y étais. J’essaye de classer les séquences en fonction du mode d’improvisation. Cirque, danse, musique, théâtre et masques. La musique est très présente et peut être, devrait-on faire un cabaret- concert rassemblant des interventions de tout le monde. Les Turbulents d’abord et tous ceux qui travaillent avec eux. Tout cela me fait beaucoup gamberger. On verra cela de plus près, dès lundi. Je suis persuadé qu’on doit fouiller davantage l’aspect poético-littéraire et chaotique. En lien avec la musique.
Actualité
Une promenade (2)
Je suis allé aux cimetières de Ferfay, le plus ancien et le plus récent. Faut dire que c’était une belle fin d’après-midi ensoleillée, une lumière d’août. J’ai retrouvé du monde que j’avais oublié depuis longtemps. Pas vraiment oublié mais qui était sorti de ma tête. Quand on y allait avec ma mère et ma tante Georgette, quand j’étais tout jeune, à l’époque de la Toussaint, le cimetière me faisait peur ; les pas dans le gravier blanc, les paroles à voix basse et ma tante Georgette qui se cachait pour se signer (faut dire qu’on était dans un village communiste et qui plus est dans une famille de militants communistes très actifs). Et les tombes m’effrayaient. J’avais hâte qu’on quitte ce lieu. Aujourd’hui, il m’arrive régulièrement d’aller aux cimetières de Ferfay. J’ai souvent un plaisir particulier à faire le tour tranquillement du plus récent des deux, quelque soit l’époque. Faut dire qu’il est magnifiquement situé, au bout du village, le long du bois de Ferfay ; après le cimetière, on découvre la vallée de la Scyrendale et la campagne à perte de vue, jusqu’à la plaine des Flandres et la Belgique. Dans le nouveau cimetière (comme on dit, même s’il existe depuis plus de trente ans) j’y connais plus de monde. J’ai un mot pour les unEs et pour les autres. Et parfois j’ entame une conversation, le plus souvent quand il s’agit de quelqu’unE que j’ai bien connuE. L’autre jour, j’y suis resté très longtemps. A bavarder. A me reposer. Je m’étais dit, qu’il fallait que je parle, j’avais besoin qu’on m’aide à prendre des décisions. Ou tout du moins qu’on veuille bien me donner des idées, des pistes de réflexion.
Fin août, la saison démarre
La semaine prochaine, on retourne au travail, à Paris, avec les Turbulents, sous leur chapiteau. Didier a improvisé avec eux, sur l’enfermement et l’isolement. Les propositions des TurbulentEs ont fusé sur des modes différents. En danse, en musique, en comédie, en peinture. On se voit à Paris dès le 22/08/16, pour faire un point sur tout ce matériau accumulé. Et s’en suivront deux semaines de travail avec les artistes, pour chercher encore, fouiller, approfondir. Tout ce qui a été fait jusqu’alors a été filmé par Didier ; ça permet de se rendre compte de l’évolution du travail.
Paris, puis direction la Lorraine, pour jouer la Brique à l’extérieur, sur un ancien carreau de mine et encadrer un stage de quelques heures. Une nouvelle saison va commencer. Une saison qui verra la reprise et la création du spectacle les Redoutables, interprété par les ouvrier-ères de la RedouteàRoubaix, la reprise d’une semaine de cours à l’Esad, au Carré des Halles, à Paris. Et une adaptation du spectacle les Sublimes avec les étudiants du Centre National des Arts du Cirque de Châlons en Champagne.
les agneaux de la brique
une citation de plus pour le protocole des citations des Veillées
« Il n’est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l’infortune »
Dante
discipline du désir, de l’impulsion et de l’assentiment
Le temps a filé comme un lièvre. Il attendait que je m’avance un peu vers lui et il a tracé le long du chemin avant de disparaître par un petit talus, dans un champ de blé. Comme l’horizon qui recule tout le temps au fur et à mesure que tu crois t’en approcher. Comme si l’horizon était une seconde partie de toi que tu n’arrivais jamais à rejoindre.
Et si déjà à vingt ans tu imaginais prendre ta retraite, qu’en est il alors quarante ans plus tard ? Je ne pense pas que dans ces métiers de la culture, des arts et tout le toutim, on ait moins envie de tourner la page qu’ailleurs. On se lasse de tout, n’est-ce pas ? Les choses ne sont jamais aussi évidentes qu’on se les imagine. Si c’était à refaire, si j’en avais la possibilité, je ne m’embarquerais peut-être pas dans cette voie-là. J’ai eu tellement de chance de vivre de ça ! Qu’on me l’ait permis ! Le statut d’intermittent, les subventions ! Je suis passé entre les mailles du filet ; c’est un privilège, dans ce monde. Je me suis dit, tellement de fois, même si c’est une phrase négative, c’est déjà bien d’en être arrivé là, vu là d’où tu viens ! Si c’était à refaire, je ne m’en sortirais jamais aussi bien. Comme disent les jeunes, j’ai eu trop de la chance !
Alors si c’était à refaire, je serais agent de police, comme mon frère Fernand.
Il semblerait pourtant qu’à la vérité, on n’ait pas le choix, parce que d’après Nietzsche, on renaîtrait pour revivre exactement la même vie. C’est l’éternel retour. Le philosophe imagine que le temps est cyclique et non pas linéaire. Le cosmos reproduirait jusque dans les moindres détails exactement la même chose, à l’infini.
Je repars vers l’horizon, vers les lièvres et les champs de blé.
aller anfang ist schwer
Il y a treize ans, exactement, on allait démarrer nos premières Veillées. Autour du 11/19, dans les cités des Fleurs et de des Provinces. Puis dans la foulée, à Liévin dans le quartier du Riaumont et à Lens, à la Cité 4. Nous étions pilotés à Culture Commune par Nicolas Meurin. C’était un projet Culture Commune et Lille 2004. Nicolas Meurin travaille aujourd’hui en tant que directeur adjoint des affaires culturelles de la ville de Roubaix. Depuis longtemps, nous sommes sans nouvelles.
On se souvient d’une anecdote. Pour obtenir le F.S.E (Fond social européen), il nous fallait noter les coordonnées de tous les gens qu’on allait rencontrer. Et, plus on rencontrait de personnes, plus on avait de chance d’être aidé par l’Europe. Alors on a eu l’idée de faire du porte à porte. On savait qu’on allait ainsi toucher beaucoup de monde et cela concrétisait notre désir de discuter avec tous les habitants de ce que signifiaient pour eux l’art et la culture. C’est comme cela que sont nés nos Pas de porte et beaucoup d’autres actions, qu’on mène, en allant d’une maison à une autre. Quand nous avons eu cette première discussion avec Nicolas Meurin, au sujet du F.S.E, nous étions loin d’imager que, de là, naîtrait ce qui fait, aujourd’hui, encore, l’essentiel de notre pratique, la démesure de la tentative, rencontrer et parler avec tout le monde. Par delà les les idées toutes faites et les individualismes.
Une promenade
Je me baladais sur la voie de chemin de fer./ Je l’ai suivie un moment/ pour la quitter à hauteur du cimetière./ Là, il y a un type qui repose entre deux épouses, Emily van der Zee,/ épouse et mère regrettée, se tient à la droite de John van der Zee. Mary, la seconde Mme van der Zee, épouse regrettée également, se tient à sa gauche./ Emily s’en alla en premier, puis Mary./ Après quelques années , le vieux lui-même s’en alla./ Onze enfants étaient nés de ses unions. / Eux aussi doivent tous être morts maintenant./ C’est un endroit tranquille. Aussi bon qu’un autre/ pour faire une pause, m’asseoir et méditer/ sur ma propre mort, qui approche. / Mais je ne comprends pas, je ne comprends pas./ Tout ce que je sais de cette charmante et épuisante/ vie, la mienne ou n’importe quelle autre,/ c’est que dans une petit moment je vais me lever/ et quitter cet endroit étonnant/ qui abrite les morts. Ce cimetière./ Je m’en irai. Marchant d’abord sur un rail/ et puis sur un autre.
Ray. Carver
Foucault
Dans deux semaines on retourne à Paris, avec la compagnie des Turbulents. Didier C. y travaille depuis des semaines. L’objectif est de réaliser un spectacle sur l’histoire de la folie de Foucault. Une première étape de ce travail a lieu jusqu’en novembre. Une maquette sera réalisée pour marquer cette fin de résidence. Si tout va bien, ce projet sera prolongé et abouti au cours de la saison 17/18.


