à l’aube du quatrième jour

Troisième jour aux Turbulents. Moment passionnant de prise de parole collective sur le travail en cours.

Avant chaque séance de travail, en début d’atelier, on fait un temps calme, un temps de concentration en cercle qui est suivi, soit, d’exercices d’acteurs, soit, du travail de recherche.
Didier est toujours sur place et entame ce jeudi les deux jours consacrés au trapèze. Il s’agit de mêler le travail de Laetitia, qui donne des cours de trapèze aux Turbulents pendant toute l’année, à la recherche menée par Hvdz et toute la compagnie.

Guy part demain en mission à Calais pour créer des brigades d’utopie dans l’esprit des ses illustres prédécesseurs et conseillé en cela par Didier.

Grande joie d’être aux Turbulents

Deuxième journée aux Turbulents. On avance, on avance. On est logé pas loin du boulevard  de La République. Tous les matins, on démarre à 9H30. C’est à 30 minutes en métro et dix minutes de marche. Le chapiteau se trouve près de Levallois-Perret. Au métro Pereire. On y boit un café tous les matins et une jatte le soir. Demain Guy quitte Paris. Didier continue à construire la spectacle de l’histoire des Turbulents jusqu’en fin de semaine. Et on revient une dernière fois cette année, en novembre, pour finaliser la maquette.

on y vient à pied

En route pour Paris et la compagnie des Turbulents. On va turbuler toute la semaine. Didier, en particulier puisque Guy quitte Paris en milieu de semaine car, à Calais démarre un atelier de passionnés de théâtre avec Hvdz. Le thème de l’atelier est l’Utopie. A Calais, l’utopie ! L’utopie, c’est Zimako et son école pour tout le monde, la plus belle école du monde, dans ce qu’il appelle le forum qui n’est autre que le camp de migrants. Celui que l’état veut détruire, ce qui oblige les migrants qui veulent rejoindre l’Angleterre à prendre tous les risques pour passer le détroit du Pas de Calais, avant l’arrivée des policiers et des bulldozers. Imaginons que l’utopie chasse la bêtise et qu’on construise dans Calais pour les migrants et les Calaisiens une ville neuve, et que chacun apporte son savoir à l’édifice. Dans un vaste élan d’intelligence, d’humanité, d’espoir et de vie, on invente des lieux de vie partagés et qu’on construise ensemble un autre monde, varié, diversifié, ouvert, solidaire. No border.

Tiré du Blog Le passeur d’hospitalité

Loon-Plage ce trouve à proximité du terminal ferry du port de Dunkerque. Il y a longtemps eu un campement dans les dunes à proximité du port, de nombreuses fois détruit de nombreuses fois reconstruit.

https://goo.gl/maps/nsUtgKpjq9p

Trois exilés ont été heurtés ce matin par un train près du port. Un est mort, un est gravement blessé, avec de multiples fractures, le troisième est légèrement blessé.

http://www.lavoixdunord.fr/59095/article/2016-10-14/trois-migrants-happes-par-un-train-un-mort

La situation s’est fortement tendue au camp voisin de Grande-Synthe, où des abris ont été démontés, et des familles refusées d’entrer ou expulsées. Mardi dernier, comme à Calais (voir ici, ici, ici et ), une décente de police a visé les petits commerces créés par des exilé-e-s. Neuf personnes ont été arrêtées. Comme à Calais, il est à craindre que cet accroissement de la pression sur les exilé-e-s entraîne une plus grande prise de risque et une multiplication des accidents.

http://www.lavoixdunord.fr/58191/article/2016-10-12/les-echoppes-illicites-du-camp-de-migrants-de-la-liniere-demantelees

Il s’agit du quinzième décès connu à la frontière britannique depuis le début de l’année. Le 10 février, le corps d’un exilé afghan disparu depuis plusieurs jours a été retrouvé dans le port. Le 2 mars, un exilé soudanais a été retrouvé mort dans sa tente dans le bidonville. Le 31 mars, un exilé afghan est mort sur l’autoroute, renversé par un camion qui ne s’est pas arrêté. Le 1er avril, des bénévoles britanniques ont annoncé la mort d’un exilé qui vivait dans le campement de Grande-Synthe. Il avait réussi à passer la frontière sur les essieux d’un camion, qui a eu un accident au Royaume-uni. Le 9 mai, un exilé pakistanais est mort sur la rocade d’accès au port, renversé par une voiture. Le 29 mai, un exilé afghan est mort sur l’autoroute A 16, renversé par un camion. Le 4 juillet, un exilé est mort sur la rocade. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, Samrawit est morte renversée par un camion qui ne s’est pas arrêté, sur la rocade, alors qu’elle était bloquée à Calais suite à l’expulsion le matin même du campement de Steenvoorde (voir ici et ). Le 21 juillet, le corps d’un exilé a été retrouvé au bord de l’autoroute. Le 26 juillet, un exilé est mort d’un coup de couteau dans le bidonville. Le 27 juillet, un exilé est mort sur la rocade portuaire heurté par un véhicule dont le conducteur ou la conductrice ne s’est pas arrêté-e. Le 23 août, un exilés est mort dans une bagarre près des lieux de passage. Le 16 septembre, un enfant de 14 ans est mort sur la rocade, renversé par un véhicule qui ne s’est pas arrêté (voir ici et ). Le 24 septembre, un exilé est mort renversé par un train près de la rocade menant au port. Le 9 octobre un couple a été renversé en traversant l’autoroute, l’homme est mort à l’hôpital des suites de ses blessures.

Qui c’est qui a dit qu’on devait s’arrêter ?

On organise deux rencontres dans l’idée de l’éducation populaire, comme formation politique des adultes.  D’abord, sur le développement durable, animée par Marie Decimes du CRDD (centre de ressources et de développement durable) et puis dans un deuxième temps, sur le genre (sous réserve de la disponibilité de l’intervenante). Comme au temps des nos rencontres avec des intervenants de la Scop le Pavé ou de la journée passée avec M. Verrier, sur l’économie et Marx . Quelle bonne idée de reprendre ces pratiques d’échange, de réflexion et de découverte!

Les journées qui viennent sont très chargées mais on prend tout cela du bon côté. On s’inquiète toujours de n’avoir pas suffisamment d’actions à mener et de rester coincés au bureau. Mais c’est le moment où jamais de prendre des rendez vous de ci de là, dans tous le pays pour relancer notre activité. Les Portraits, les Spectacles, les nôtres et ceux de nos artistes associés. On n’a pas bouclé les budgets, il nous faut donc aller toquer aux portes, se déplacer (au téléphone, ça n’est jamais pareil) pour dire aux gens ce qu’on fait. Dire aux décideurs (comme on dit) qu’on a besoin d’un coup de main. Comme on fait nos Portraits !

La place de la réflexion du site 11/19 de Loos en Gohellle

La place du site de Loos en Gohellle réalise la pensée de Nietzsche qui voulait créer partout des « lieux de marche et de pensée ». Un pensoir.
Trouver un rythme. A force de courir partout et dans tous les sens, on n’en oublie d’où on est et ce qu’on vit. Trouver un rythme. S’en remettre à ce qu’on fait. Aller coeur du problème. Pour être sûr de bien occuper son temps. Faire en sorte que le rythme devienne un rituel.
Faire de chacun d’entre nous dans l’accomplissement de sa conversion, un exemple de douceur, de gentillesse, de vérité, de tempérance et de générosité. Dans le désir, l’action et et l’assentiment. Devenir stoïque pour de vrai. Comme l’étaient tous les disciples d’Épictète et l’Empereur romain Marc Aurèle. Transformer le rythme en une succession de rituels. S’arrêter régulièrement pour parler à son démon. Consulter ses fantômes. Les questionner, leur demander leur avis. Chercher la vérité vraie et la liberté libre.

N’en parle à personne

Un peu de détresse au menu. Laisser passer du temps et couler les émotions. Penser à autre chose. Parler. Être gentiment écouté. Discuter. Se moucher dans du sopalin. Et se mettre au travail. Se concentrer sur son travail. Si tout va bien, on oublie…
Aller faire un tour à la pharmacie pour acheter un paquet de biscuits. Faire un détour par Carrefour Contact à Liévin, en face du collège Curie, pour se procurer trois cahiers Clairfontaine, à petits carreaux. Boire un grand bol de café et le tour est joué : on peut travailler jusqu’à la nuit tombée. On a oublié combien on était triste quand on est arrivé. On ne sait pas bien pourquoi on était si démuni, cependant on pense maintenant à autre chose.
On a parlé de psychanalyse et de manque (comme on est en manque). On a parlé d’héritage. On est remonté à un temps où on avait peur de tout, peur pour les autres, tout le temps.
On n’est jamais si heureux, ni si malheureux qu’on se l’imagine. (La Rochefoucauld)

Vers un théâtre pauvre

On a l’impression d’avoir une saison moins chargée que les précédentes mais on est pris du matin au soir, tard tous les jours, surtout en temps de Veillée ou de portrait ou lors de nos déplacements à Paris ou Evry, Etampes, Fleury-Mérogis… Ou ne serait-ce qu’un long rendez-vous à Roubaix, si on compte le trajet, ça occupe une journée aux trois-quarts. On a toujours eu beaucoup à faire à Hvdz depuis qu’on a créé les Veillées en 2003. Un boulot comme un autre, comme je me plaisais à dire. Où tous les matins, on est en rendez-vous ou sur le terrain, toute l’année. C’est très différent des temps où on fabrique des spectacles sur les plateaux de théâtre. On travaille davantage l’après-midi et le soir et on reste enfermés dans le théâtre. Souvent sans voir la lumière du jour. Quand on se prépare à présenter le film-spectacle des Veillées et des Portraits, dans les deux derniers jours de résidence de fabrication, on fait des essais et on répète dans les salles obscures des scènes de théâtre.Toujours, on a l’impression que ce sont les moments les plus difficiles des Portraits ou des Veillées. Parce que on se retrouve enfermés, l’ambiance n’est plus la même, le groupe est éclaté et ça nous rappelle le théâtre qu’on ne voulait plus faire. Une forme qui ne convient pas à nos partis pris, notre démarche, notre axe esthétique et politique. On se retrouve coupés des gens.