Il y a

Il y a un château d’eau dont je n’avais visité l’intérieur, faute d’en avoir la clef heureusement, le technicien l’avait.

Il y a un pool d’entretien dans les locaux duquel je n’étais jamais entré.                 Je n’en avais jamais essayé les balais nommé << Faubert>>.

Il y a une serre avec des bananiers que je n’ai jamais pu arroser en 31ans de maison.

Il y a un hangar à outils de jardin dont je n’ai jamais pu affuter les bêches et les serpes.

Il y a tout prés un enclos avec deux ânes que je n’ai jamais pu mener par la bride lors d’une promenade champêtre.

Il y a … mais je ne vais pas faire un inventaire complet style guide Michelin.

Il y a nécessité de faire chauffer le cuivre à une température de 1800° pour le faire fondre.

Il y a un parc de 220 voitures de service dans l’hôpital.

Il y a 1500 agents soignants, administratifs et techniques à Barthélémy – Durand répartis par les secteurs intra et extra hospitaliers.

Il y a deux ânes dans le parc

Il y a beaucoup de talent ici

Il y a de belles personnes

Et Xavier se souvient :

Je me souviens des 31 dernières années passées à BD, 1986 est loin.

Je me souviens, l’hôpital était moins ouvert sur l’extérieur, sur le monde habituel même si la politique de secteur avec ses dispensaires de ville était déjà lancée depuis le début des années soixante.

Je me souviens, des hospitalisations un peu plus longues ou des rechutes plus fréquentes, des médicaments un peu moins performants, des états de manque être plus marqués, une souffrance plus intense…

Je me souviens du boulevard des arts permettant l’entrée de la culture, d’artistes extérieurs dans l’établissement…

Je me souviens, car je n’oublierai jamais les talents du poète de Serge. L’écriture était parfaite, construction de la phrase et musicalité, tout y était.

Je me souviens, nous avons lu ses poèmes à haute voix, individuellement ou à plusieurs voix.

Je me souviens aussi des textes écrits par Sylvie d’autant plus que l’écriture est un de mes centres d’intérêts.

Je me souviens, l’un de mes poèmes, “à Nouria” a clôturé la séance.

 

Une danse à trois temps

Ce matin nous avons lu les poèmes, les miens, ceux de Sylvie et Xavier, après plusieurs lectures nous sommes allées nous restaurer mais avant nous avons surpris ceux qui mangeaient en leur effectuant une dance ensemble dans le réfectoire . Ca nous a bien mis en appétit. J’y ai vu deux infirmières du CMP bien étonnées de me voir danser.

Serge

La matinée a commencé par une répétition de pas de danses sous la conduite de Christophe, dur, dur, le boogie boogie, je m’étais un petit peu planqué au fond du groupe, avec mes grosses godasses de marches pas prévues pour la grâce d’un danseur.

J’ai dû leur faire une démonstration mime dramatique (c’est l’expression de Didier). Enfin, l’essentiel c’était d’zssayer et de surprendre le personnel déjeunant à la caféteria de l’hôpital.

Xavier

Et c’est parti pour une valse autour d’un café et d’un tango au grand Bar. Une valse à trois temps où les regards se croisaient au fil des rencontres.

Les sourires et la joie pétillaient sur tous les visages des patients et du personnel.

Un belle échange et une bonne humeur était très présente et les sourires gravés.

Martine a mis en garde Christophe en lui lançant un défit, car elle savait fort bien danser les danses de salon et c’est parti pour un pas de deux sur une valse à trois temps puis en a découlé une flashmob avec tous les patients présents et le personnel. Ambiance assurée et fiesta à gogo avec une dynamique formidable.

Christophe

« Au revoir président »

Lucien, Serge et Xavier sont arrivés à 13h20 au service nettoyage. En retard. Nous étions attendu à midi et demi. Il y a parfois des informations qui se transforment d’interlocuteurs en interlocuteurs, qui se terminent par une duplication de ces informations. Sur notre planning il est écrit 13h30, sur le leur 12h30. C’est ainsi.

Mais les personnes savent nous accueillir et on nous dit que ce n’est pas grave. Simplement l’interview destinée à un article dans ce blog sera un peu écourtée. La plupart ont commencé la journée à 6 heures du matin, nous finirons donc la rencontre à 14h pétantes. Le point horaire étant bien arrangé pour tout le monde nous commençons la discussion.

« C’est quoi le service nettoyage ? C’est différent des ASH ? – En fait c’est du ménage, c’est pareil. » nous répond-on en riant. Ce n’est en fait pas tout à fait vrai. Le service nettoyage se charge des locaux techniques (cuisines, gardien, maintenance, etc.), quand les ASH s’occupent des pavillons des patients. Mais on appelle aussi le service nettoyage pour les plus gros dégâts dans certaines chambres ou pour préparer l’arrivée d’un nouveau patient. Il y a des machines, certes, mais surtout de l’huile de coude.

Ils et elles ont unanimes pour dire qu’on ne choisit pas le service nettoyage par choix, mais parce qu’il faut travailler, et comme il n’y a pas beaucoup de travail aux alentours, ils se retrouvent ici. Il y a deux équipes : celle de 6h-14h et celle de 9h-17h. Ce n’est pas que les journées sont longues, mais parfois la fatigue ou la routine fait qu’on attend avec impatience l’heure de fin.

On reparle de l’immensité du site : nous arrivons à présent à une estimation de 92 hectares, 6 kilomètres de clôture, et 13 kilomètres de marche pour faire le tour complet. Ainsi, l’équipe nettoyage dispose de deux camions et une voiture attitrés pour les pavillons les plus éloignés. Cet espace est une bonne chose pour les patients. C’est un endroit chaleureux. Il y a des ânes (voisins du local du service nettoyage), des moutons, des chèvres. Les vaches, que l’on retrouvait parfois au milieu de la route (on en rit encore), sont parties. Depuis le site, on a une vue magnifique sur le paysage alentour. Surplombant la vallée, on peut voir le soleil de son lever à son coucher et en contrebas la Tour Guinguette, vestige du Château d’Estampes.

Pour ce qui est d’Estampes, le groupe se partage entre Estampois.e.s qui n’aiment pas cette ville (ville-dortoir, sans activité pour les jeunes et au RER pas très fiable) et Estampois.e.s qui s’y sentent très bien. Celle qui est en est parti pour le 26 sacrifierait bien un vœu pour y revenir. Les gens sont tellement moins racistes à Estampes.

Et puis on revient à des considérations plus pessimistes. Quelque chose ne va plus dans le travail : il y a un problème de mentalités qui s’est installé ici. Le plus ancien nous raconte qu’avant il y avait une plus grande convivialité (on se connaissait toujours au moins de vue, on se tutoyait, on partageait un repas de Noël et un repas de Réveillon, le jour de Noël on servait le petit-déjeuner des patients au lit, etc.) alors qu’aujourd’hui tout change trop vite, et pas dans le bon sens. Il y a plusieurs raisons mais la principale est peut être la « technicisation » du travail administratif. Avant, on commençait au bas de l’échelle et petit à petit, on avait de plus en plus de responsabilités tout en transmettant le métier et lorsque l’on dirigeait cela n’empechait pas de mettre encore la main à la pâte si nécessaire. Aujourd’hui, ce sont des personnes qui se forment directement à la logistique par exemple et qui sont des gestionnaires. Le lien se coupe et on ressent à l’équipe nettoyage une sorte de déshumanisation : des rapports, de la reconnaissance. Et puis le contexte politique effraye un peu : depuis le regroupement des hôpitaux les salaires ont baissé, les RTT qui représentent 4 semaines de congés sont remises en question (« Travailler plus pour gagner moins »), et ce débat sur les fonctionnaires sur qui tout le monde frappent rend ironique : « enlevez les fonctionnaires de notre équipe, et on verra bien qui se chargera du ménage ! ».

Avec une baguette magique alors ? On reviendrait vivre à Estampes pour l’une, on changerait la mentalité pour une autre ou on gagnerait à l’Euromillion pour être en costume de poussin jaune et chanter « Au revoir président ».

Portrait de Groupe

Christophe, Serge, Michel ,Bouchra, John, Sylvie, Francois, Xavier nous ont rejoint pour réaliser le portrait de de l’Epsm Barthélémy Durand . Ce matin nous nous sommes donc présenté .

Christophe :je trouve qu’il y a une bonne dynamique de groupe .Belle présentation. J’ai trouvé Francois très sensible dans sa façon de dire les choses, de parler de la musique qu’il fait. Je le trouve très touchant ce garcon .Toutes les personnes présentes ont des personnalités ont des personnalités très différentes mais très complémentaires .Xavier est très sensible au son et a observé avec passion la manière dont Francois fait les prises de son. Pour Xavier le son c’est l’âme des choses ,l’âme du bois ,l’âme du fer. Il a aimé la poésie de Serge .Le demarrage du regard accroche sur les mots. Sylvie s’est sentie attendue, ça lui a plu, ça a commencé par le coup de fil de Marie de la cie Hvdz qui lui a confirmé que ça commencait bien lundi à 10h et puis Véronique coordinatrice du projet pour l’hôpital l’a contacté pour savoir si Marie l’avait appelé .C’est rassurant d’être appelé, ça met en confiance .

Sylvie a parlé de la poésie, de ce qu ‘elle écrit et de son désir de créer des fanzines .Serge a parlé de ses poèmes, sa passion .Christophe est danseur, il a parlé de ses aptitudes, de sa formation, du mouvement, du silence . Xavier est potier, il est dans les arts plastiques depuis 30ans, il a raconté comment il en est arrivé là .Michel a juste dit qu’il était patient de la mas et qu’il avait fait beaucoup de photo argentique. Bouchra fait de la coordination culturelle à la Mas. Elle est éducatrice et aime mettre en relation les différentes compétences artistiques

 

Au second jour, les nuages se dissipèrent

Deuxième jour d’Instantanés à l’EPS Barthélémy Durand à Etampes.

Marie, Martine, Didier, Sylvie, Jérémie, Christophe et Xavier sont partis rencontrer les chauffeurs de B.D. (c’est ainsi que l’on dit quand on vit/travaille ici). Ils vont leur proposer des protocoles divers : portraits chinois, citations, portraits-citations, valses, etc. Toutes ces façons que l’on a mis en place de rencontrer les personnes tout en faisant avancer petit à petit le film que l’on projettera vendredi.

Pendant ce temps, en attendant l’arrivée imminente de Serge, Lucien retranscrit les textes du groupe qui nous accompagne, composé du personnel du site et de patients (ou doit-on dire « usagers psy », hier la Docteur Lemaire nous a dit que cela paraissait plus correct, mais un peu trop « à la mode »). Car il s’agit bien pour nous cette semaine de partager toutes les facettes de notre travail : interviews, images, montages, écriture du blog, distributions de tracts, petites formes artistiques. Et aussi de se laisser porter par les proposition de ce groupe de huit personnes baignant dans l’art : Sylvie, Xavier et Serge écrivent, John aussi mais plutôt du théâtre, François crée de la musique, Christophe invente des chorégraphies contemporaines, inspiration moderne-jazz, Michel fait de la photographie argentique (mais ici, accompagné par Bouchra, il devra se contenter de notre trop moderne appareil numérique).

A 10h30, tous ces talents vont donc se réunir pour proposer des « happenings » que nous irons ensuite montrer dans différents lieux de B.D.

Il y a de l’espace ici (on oscille entre 44 et 70 ha à ce moment de notre enquête), des chèvres, des ânes, et un ciel qui parait se préparer à nous satisfaire.

L’écrivain infirmier, qui sculpte, écoute.

La journée vidéo/prise de sons démarra décontractée par la présentation des talents, des capacités et des attentes de chacun. La convivialité était présente au rendez-vous, comment faire entrer sinon les démarches artistiques dans un hôpital à vocation psychiatrique ?

Les services techniques étaient le premier lieu de rendez-vous des participants avec Jérémie et Michel à la photographie. François à la prise de son. Les sonorités, bruits et martèlements… des ateliers menuiserie, serrurerie, chaufferie, etc. devraient après mixage donner lieu à une composition musicale sous la baguette du maestro François. Bruits de scie, grincements, enclume… me rappellent les années Punk (fin des années 70) avec notamment le groupe Devo et ses enregistrements de tambour de machines à laver…

Pour la photo/vidéo, je me suis contenté d’observer le cameraman, d’essayer de mémoriser le fonctionnement de l’appareil, n’étant pas technicien en ce domaine.

Ce sera pour moi une semaine de découverte, étant plutôt habitué en matière artistque au ciseau, au burin, à l’ébauchoir du sculpteur ou du potier, bref l’outillage ancestral ou alors aux planches de théâtre, à l’écriture.

Voilà, je vous livre mes impressions sans prétention, brutes de décoffrage.

Xavier