14h00 Filage

Dans mon village on parle FILAGE quand on se retrouve pour parler dans une écurie chaude, au coin du feu ou autour d’une table c’est comme une VEILLÉE. En théâtre on parle de filage pour bout à bout, sans s’arrêter, une fois pour du beurre, ça compte pour rien et pourtant c’est là que ça commence, c’est là que tout s’assemble, tous ensemble.

Un petit bout de la conduite : Texte Frontière – portraits 1 sur les deux écrans en musique – Parcours – Texte à trois voix – Interview PSA– Portraits citations avec musique…….. Séance 1 scotch – Interviews Sasa industries – Yacouba bombardier – Portrait chinois – Séance 2 scotch…Texte à 5 voix…. Solo Yacouba……Interview Transville ……Step ensemble.

   

Quelques remarques oisives en attendant l’heure du filage

Julien trouve que Trackmania, on s’en fiche, ça n’a rien à voir avec le projet. Je le questionne sur ce jeu vidéo qui les a tous occupés partiellement cette semaine. Il me reçoit bien (7 sur 7, me dit-il), mais il ne souhaite visiblement pas me répondre – j’aurais pourtant tellement aimé en savoir plus. Qui est arrivé le plus loin dans les niveaux? Quelle est sa couleur de voiture préférée?, Est-ce qu’on joue contre les collègues ou contre l’ordinateur?, etc.
Julien a mis une chemise en marbre noir, aujourd’ui, c’est une belle chemise. Il a un spectacle à dix-sept heures au Phénix, puis il mixe à 19h à Louvroil, il ne nous a pas donné le nom du bar, malheureusement.
Dylan n’a pas ramené son bob constellé d’étoiles, il n’ pas remis son bob, Dylan – dommage, Marie avait mis des boucles d’oreilles assorties, au cas-où.
Qu’est-ce que c’est, être sur scène, pour chacun? Comme on a jamais de consigne vestimentaire, les jours de spectacle, chacun arrive à sa façon. Mathieu a un sweat-shirt particulier, aujourd’hui. Noir avec un col rond légèrement retombant sur le thorax. Marie a mis de l’argent à ses pieds et de l’or sur son torse.
Kevin aime le vrai, pas le faux, en marques.
Matthieu, lui, n’achète pas de marque, sauf pour les chaussures, par exemple pour son match de volley ce soir, il a des chaussures de basket de salle assez performantes. Etre bien chaussé, c’est important pour les appuis.

Feinter les murs, les faire bouger

 

« Je viens voir votre mur dont tout le monde parle ? »

Celui qu’on a fait disparaitre derrière les dessins, derrière les portraits ? Ou celui de tout à l’heure qu’on a scotché ? « Je ne tiens pas en place il faut tout le temps que je bouge et je me prends les murs. » Ce qui est  fascinant avec le dessin par terre et sur les murs c’est qu’on ouvre,  on casse les murs, on fait entrer l’extérieur à l’intérieur. On parlait des limites, le mur n’en ait pas une on peut le transformer en trois fois quatre minutes, il suffit d’être 10.

Pour faire l’histoire d’un mur on peut gratter, voir les couches de peinture, de ciment les faire apparaître mais on peut aussi le feinter ce mur qui tient si bien. Ce mur qui bouche la vue, on peut en faire un support, juste ça une feuille pour une nouvelle couche qui le fait disparaître.

On ouvre un mur, je ne pensais pas que c’était si vivant, faire bouger les murs, les déplacer c’est possible. Je crois que si on me demandait ce j’ai appris je dirais ça : je sais que faire bouger les murs c’est possible.

« Je ne tiens pas en place il faut tout le temps que je bouge et je traverse les murs ».

En attendant que ça commence

Dans la salle du haut, celle du quatrième dite la salle des pédagogies il y a deux portants. Deux portants avec une vingtaine de cintres chacun. Ces portants et leurs cintres respectifs ne sont ni beaux ni moches. Qui y met son manteau, sa veste ou son sweat ? Cela fait 9 jours que je n’y fait pas attention. Aujourd’hui le 17 Mars 2017 à 16h30 je les vois.

Ils ont bon dos depuis 9 jours. Si nous marchions dans les Cévennes , ils seraient nos ânes, si nous marchions dans le désert ils seraient nos chameaux, si nous courions sur la plage ils seraient nos chevaux, si nous nagions dans la mer ils seraient nos dauphins…En route !

Trois fois quatre minutes

Rouleaux en main prêt à scotcher, scotcher le sol et le plafond, faire des rails, des tours, des tunnels, des flèches. Trois fois quatre minutes et le sol est recouvert d’un autre univers. On le construit en trois fois quatre minutes.

Quelque chose se dessine sous nos yeux, sous nos pieds.

Un peu comme ce qui va se passer demain : sous nos yeux va se dessiner ce qui nous a scotché en deux fois cinq jours. Assemblage, superposition.

On est impatient que ça commence demain à 17h00 = assemblée scotchée au plafond !

Jeudi : hamburgers et répétitions

C’est jamais la journée la plus simple, celle où on répète, parce que le rythme à suivre est lent et long et répétitif et parfois chaotique.
Heureusement on a eu des hamburgers à midi, tout le monde était content, d’ailleurs tout le monde était là.
On soigne notre diction, on affute nos déplacements, on trouve (assez collectivement) des solutions rapides et concrètes à des problèmes soudainement surgis de derrière un buisson.
On essaie de rester soudés, de croire les uns en les autres, faut tenir jusqu’au bout. Il ne faut pas oublier que demain, tout ça s’enchaînera plus vite. On pourra aussi lire les textes avec nos tasses à la main, c’est une idée de Martine que tout le monde a trouvée bien et qu’on a immédiatement adoptée.

16h33: le groupe de step reprend et reprend encore les danses, Rémi signale une façon adaptée de récupérer les dernières gouttes de jus de pomme dans la bouteille, Brandon répète ses textes puis sort faire une pause, il a toujours ce même beau t-shirt qui va si bien avec celui de Dylan quand ils lisent sur le fond noir et rouge du Phénix (l’oiseau de feu), Marie-Lis, Didier, Mathieu et Yacou répètent le texte des cent voix qu’ils ont encore recoupé, Béné, Martine et Julien devisent autour des derniers montages. Kevin, Paul et Steeven vont et viennent, viennent et vont. Guy envoie des scuds. Didier est fatigué, Marie-Lis ça va (sauf les courbatures). Voilà une journée de répétitions dans la salle des pédagogies de l’oiseau de feu.

Il est 16h43, on va faire un cercle.

Nous sommes là

Nous sommes Valenciennes, Anzin, Onnaing, Marly, Petite forêt, Saint Saulve, Bruay, Crespin
Nous sommes tasses, gourdes, fontaine, feutres, scotch
Nous sommes dedans dehors,
Nous sommes ascenseur, portes vitrées ou fenêtre,
Nous sommes café et coca
Nous sommes chaises et tables
Nous sommes cercle
Nous sommes rideau, skate et piano
Nous sommes percussions corporelles
Nous sommes Ha, Ho, Hé
Nous sommes téléphone et dictaphone
Nous sommes sons dans le silence
Nous sommes caméra aux poings
Nous sommes caméra de loin
Nous sommes Bombardier, Transville,  PSA et SASA
Nous sommes contrôleurs, planeurs, soudeurs, bucheron, plaquiste, monteur
Nous sommes ville et campagne
Nous sommes rue
Nous sommes Sud, Bahamas, Thaïlande, Corrèze, Alsace
Nous sommes rire, jeu, impatience et refus
Nous sommes présentation, questions, portrait
Nous sommes recherche
Nous sommes bois, métal  et feuille
Nous sommes groupe
Nous sommes casquettes, sacoche, foot et volley
Nous sommes là
Est-ce que vous nous voyez ? est-ce que vous nous entendez ?

 

J’ai appris (Kévin)

Moi je suis quelqu’un qui réfléchit tout le temps.
Tout ce que je peux apprendre, je l’apprends. Je suis sans cesse dans l’apprentissage.
Je sais manger je sais faire du vélo je sais parler je sais voir
J’ai appris à soulever j’ai appris à tourner j’ai appris à lire
Mais surtout j’ai appris à apprendre
J’ai préparé les flexibles de cable pour carburant, on pliait, on assemblait, on coupait, on mettait tout dans la machine, on devait lire les process pour ensuite représenter les process sur les postes de travail et donner les pièces finies et assemblées pour ensuite répartir dans différents rayons de stockage dédiés à l’exportation des pièces pour les différentes entreprises partenaires
J’ai appris à changer des mises, électrodes de robots soudeurs et de robots assembleurs
J’ai appris à respecter les distances de sécurité, j’ai appris à travailler sur un poste à commandes numériques, à calculer les trajectoires et programmer la robotique
J’ai appris à assembler les traverses des pièces en tôle métallique sur une carcasse vide en début de production
J’ai appris à contrôler une pièce finie en bout de chaîne appelée le « contrôle qualité », il fallait suivre des gammes imagées, c’était une lecture de plan de tous les défauts faits pendant l’assemblage