Au printemps, c’est joli pour se parler d’amour…

Et là, ce n’est que le début des émotions partagées parce que nous sommes aux Mares-Yvon, à l’hôpital de jour. On sent que dans cette grande salle, une forme d’ébullition se met en place.
Il y a du mouvement dans l’air mais pas seulement. Il y a Céline et Laurence qui ont envie de nous montrer une chorégraphie. Leur chorégraphie.
Tout est prêt. Les chaises, la table de ping-pong et les plantes vertes ont été poussé contre les murs. L’espace est libre, le public éphémère est en place et le son sera celui de Barbara.
On sent le temps passé à répéter et répéter encore ce duo qui tangue et qui chavire comme les paroles de la chanson. Tout est beau et si on ne se retenait pas, on pourrait pleurer. Les gestes et les regards de ces deux jeunes femmes semblent se demander : « dis, quand reviendras-tu ? » et insister : « parce que le temps qui passe ne se rattrape guère ». Les faces à faces succèdent aux dos à dos et on croit entendre les corps qui disent : « je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin ». Là, on n’a pas envie de mourir. On a envie de danser. Alors Céline et Laurence nous entraînent dans leur duo qui devient un groupe de danseurs. On forme un grand cercle, on se frôle, on se sépare, on se regarde, on suit le mouvement triste et si joyeux de la mélodie.

Alors, c’est vrai « au printemps, c’est joli pour se parler d’amour ».

Les tesselles, on les laisse entières !

Ce matin, on a découvert l’activité mosaïque des Mares-Yvon.

Le lieu est paisible, les salles sont spacieuses et claires. Il y a de la couleur partout : dans les placards, dans les tiroirs, sur les étagères, sur les portes, sur les tables et sur les murs.

Il y a des pinceaux, des pinces, des ciseaux, des crayons, des boîtes, des pots et des bocaux.

Il y a des bruits aussi, des sons qui relient les gens à la matière. On entend le cliquetis des pinces à roulettes qui cassent les carreaux de mosaïque. On entend les petits morceaux de tesselles brisées tomber sur la table. On entend le froissement minéral des mains qui cherchent les tesselles rangées par couleur dans des barquettes en plastique. On entend les pinceaux qui caressent les surfaces dociles. On entend les chuchotements des mosaïstes.

Il y a des senteurs de colle, de peinture, d’enduit et de vernis.

Autour de la longue table, chacun s’affaire sur son ouvrage avec une méticulosité nécessaire. Les gestes sont précis et maîtrisés, les outils sont des doigts supplémentaires.

Les gentilles infirmières mettent à notre disposition tout ce qu’il faut pour créer un tableau en un temps record. Jérémie propose deux couleurs pour améliorer notre performance et accentuer les contrastes et… les tesselles, on les laisse entières parce que cela permet de garder un effet géométrique et rectiligne. On choisit un fond noir et des lettres blanches. Le cadre est dessiné, le motif apparaît peu à peu et l’ensemble devient une œuvre collective artistiquement belle.

On ne colle pas.

On ne colle pas parce que Jérémie va fabriquer un film avec ce tableau et nos mains qui prélèvent les tesselles une à une jusqu’à ce que les formes et les couleurs disparaissent puis réapparaissent avec la magie du montage vidéo.

Cette mécanique du geste sur les petits carrés bicolores anime la mosaïque et de nouveaux motifs apparaissent de manière inattendue. A la fin, il reste une bordure blanche et le support en bois clair : notre œuvre a disparu mais… pas complètement puisqu’elle est dans le film et qu’elle y restera !

Aurélie Lecaille et ses magnifiques dessins au stylo-bille

Nous avons rencontré et interviewé Aurélie cette après-midi aux Mares-Yvon. Elle est, ce qu’on peut appeler – même si elle n’aime pas le terme – une artiste « entre guillemet » nous dit-elle. Elle aime dessiner et peindre, c’est la passion de sa vie. C’est magnifique ce qu’elle fait, ça vient de la graine de la créativité nous dit-elle mais parfois, cette graine, elle hiberne. C’est le vide créatif mais ce qui est rassurant, c’est que cette graine repousse au printemps.

Elle ne veut pas, par contre, qu’on la cantonne à cela. Elle nous dit qu’elle n’aime pas quand les gens ne lui parle que de son « aura d’artiste » quand ils la rencontrent. Elle voudrait qu’on lui parle aussi de ses sentiments, de ses joies, de ses peines, de ce qui l’intéresse. Beaucoup de choses à vrai dire: la marche à pied, le trek, la musique, les autres artistes-peintre, la solitude.


Compagnie HVDZ!

Quatre consonnes qui sonnent et résonnent,
Qui nous font partir pour cette fois en Essonne,
Travail nous emplissant d’actions et de réactions,
Ou nous ramons et nous escrimons,
A nous dépasser, parcours de dépassement de nos limites,
Apprendre à aller, au contact, questionner ainsi de suite,
Ces personnes inconnues, leur faire dire de leur propre voix,
Donner leur avis, leur ressenti qui les mettrons en joie,
Mais le clou, la finale, c’est le spectacle final,
Où nous retrouverons ensemble dans cette salle,
Ou par la magique magie du scénario et l’aide de DIDIER, LUCIEN, MARTINE, JEREMIE et d’la jolie MARIE, et tous les autres,
Il ne me reste plus qu’à dire à la Cie HVDZ,
Tel un gigantesque feu d’artifice, à la cie HVDZ, BRAVO et MERCI!

 

Martine! texte de Xavier

Martine! Une mine de références littéraires et philosophiques tout au long de la conversation. Une conversation, je dirais presque un cours magistral, il ne lui manquait qu’un amphithéâtre à sa disposition. Malraux, Anna Harendt et la banalité du mal, d’autres encore ont été cités…

En outre, cette femme est une poète remarquable, j’ai soigneusement lu son texte « éternité », le temps me manquait pour savourer tout son recueil. Bref, une femme de lettres du rang de la comtesse de Noailles et de Marcelline Desbordes Valmore. Il ne reste plus à Martine qu’à trouver une maison d’édition.

Ce matin, on a rencontré Claude

Claude, c’est le Monsieur Sport de BD Sud et BD Nord.
A 11 heures, Serge, Lucien et Sylvie sont dans la salle de sport. On avait pris rendez-vous et quand on arrive Claude rame.
Rame, rame, rameur, ramez, on avance à rien dans ce canoë… Quand on voit Claude en sueur sur son rameur, cette chanson résonne dans nos têtes.
La salle n’est pas très grande mais très lumineuse et aérée, des machines sont éparpillées : on peut pédaler, courir, marcher, ramer et « abdominer ».
Un patient en bermuda court sur un tapis, un casque sur les oreilles. Claude a épongé son visage, la sueur a disparu. L’entretien commence dans ce lieu sans bureau.
Claude dit : je suis infirmier, je suis entré dans l’hôpital en 82, ça va faire 35 ans. J’ai passé 15 ans dans les services puis j’ai demandé un poste dans le service des sports.
La question est : pourquoi? La réponse est : déjà dans les services, je participais aux activités sportives. Je suis sportif. C’est un bien-être, on ne peut pas faire une scission entre le cérébral et le corps. Je peux apporter ma vision des choses et il y a toujours une interaction avec l’équipe soignante. Le sport se fait toujours sur prescription médicale.
Le problème est : je travaille seul sur les 2 sites. Avant, on était 2. Je suis seul depuis 2010. Je travaille dans l’urgence, je ne passe pas assez de temps avec les patients. Je me bats pour une création de poste.
J’organise tous les ans un championnat de sports adaptés, on s’entraîne toute l’année. On fait de la compétition de pétanque, natation et badminton. Tous les jeudi, on s’entraîne. Il y a une cinquantaine de personnes et le midi, je prépare un barbecue : on fait des barbecues même dans la neige !
J’adore mon métier. Je reçois beaucoup, les gens sont adorables. Quand les gens viennent faire du sport, ils vont déjà un peu mieux.
J’ai pas de blouse blanche, c’est un métier passionnant. J’anime un atelier badminton le mercredi, je vois partir les gens avec la banane.
Je ne me verrai pas assis à un bureau, ici il n’y a pas de bureau. Je reçois des gens qui ont oublié ce que c’est le sport, je les aide à remettre le pied à l’étrier. Mon but, redonner le plaisir, on vient chercher ici le plaisir et le bien-être. Je fais du soin mais je mets mon côté soignant de côté.
J’ai des collègues qui accompagnent les patients et qui participent, j’aime bien. J’espère être utile dans la vie des patients.
Et là, le patient qui courait demande à prendre la parole. Il ne court plus sur le tapis et il a enlevé son casque depuis longtemps déjà. Il nous écoute, il nous regarde et il dit tout le bien qu’il pense de Claude et de sa salle de sport. Il dit : c’est bénéfique, je viens de l’hôpital de jour. Je ne suis plus hospitalisé alors, la salle de sport permet de garder une vigilance. C’est de l’oxygène. Ici, on reprend une vie sociale même si au début, on n’a pas envie. Les médicaments ne permettent pas tout, on doit faire attention et comme Claude est infirmier on se sent en sécurité.
Claude conclut qu’il a l’impression de faire un métier comme un autre et que son entourage ne trouve pas ça bizarre. Claude dit : j’explique, ça ouvre des portes ! Je ne me verrais pas faire mon métier dans une salle de sport à l’extérieur et : ce boulot, c’est un bonheur pour moi !
rt, je les aide à remettre le pied à l’étrier. Mon but, redonner le plaisir, on vient chercher ici le plaisir et le bien-être. Je fais du soin mais je mets mon côté soignant de côté.
J’ai des collègues qui accompagnent les patients et qui participent, j’aime bien. J’espère être utile dans la vie des patients.
Et là, le patient qui courait demande à prendre la parole. Il ne court plus sur le tapis et il a enlevé son casque depuis longtemps déjà. Il nous écoute, il nous regarde et il dit tout le bien qu’il pense de Claude et de sa salle de sport. Il dit : c’est bénéfique, je viens de l’hôpital de jour. Je ne suis plus hospitalisé alors, la salle de sport permet de garder une vigilance. C’est de l’oxygène. Ici, on reprend une vie sociale même si au début, on n’a pas envie. Les médicaments ne permettent pas tout, on doit faire attention et comme Claude est infirmier on se sent en sécurité.
Claude conclut qu’il a l’impression de faire un métier comme un autre et que son entourage ne trouve pas ça bizarre. Claude dit : j’explique, ça ouvre des portes ! Je ne me verrais pas faire mon métier dans une salle de sport à l’extérieur et : ce boulot, c’est un bonheur pour moi !