Encore une de faite

Eh bien… On a tout passé en revue. On a mis en place (à quelques détails près) chacune des séquences et ça rend bien. Trois jours de travail collectif qui ont fait grandement avancer la machine. On a les yeux qui piquent, ce soir (on attend avec appréhension le résultat des élections. Mais pas d’inquiétude, quoiqu’il arrive, on continuera à se battre) .
On a de la chance d’oeuvrer au Channel de Calais ; c’est grand comme tu peux pas t’imaginer. Et c’est aéré, t’es pas tout le temps enfermé dans une boîte noire, il y a la lumière du jour. Tu peux recevoir ta dose de vitamine D pour la journée. Ça joue, t’es moins dépressif que si tu restais dans le noir, sans voir la vraie lumière de toute ta journée de travail. Hier on n’a rien mangé, trop à faire, on n’avait pas le coeur à ça. On s’est rattrapé ce midi. Une grande salade de chèvre chaud et deux tartines grillées de pain complet. Chacun sait ce qu’il a à faire dans le spectacle et ça change tout. On a tous nos repères principaux. C’est tout cela qu’il nous a fallu tester durant ces trois jours. Tous ensemble. Ça fait une belle équipe. On a perdu M.Moustache, qui doit se faire opérer en mai, quand  sont programmées les représentations du spectacle. On a reçu une lettre de sa cousine qui nous a annoncé la nouvelle. On a trouvé des solutions de remplacement. On lui consacre une salle, le bazar ou la salle de cathering, où l’on va exposer des images et des trucs qui le concernent. Comme Boltanski quand il exposait des affaires ayant appartenues à une famille sans qu’on sache si c’est vrai ou faux.

Sylvie, Raphaëla, Eric, Daniel, Julien, Catherine, Valérie, Jacqueline, Christine, Paul, Mathilde, Nathalie, Nina, Guy, Fabienne, Jean-Marc

Calais. Deuxième jour. Hier, le rendez vous était fixé à 17h, et on travaillé jusque 22h. Aujourd’hui, dès le lever du jour on s’est consacré à l’écriture pour les acteur-trices. Pas le temps de déjeuner et direct au taf, avec les camarades, de 13h jusque 19h01. Hier soir, on s’est nourri de galettes de riz complet de Camargue, saupoudré de chocolat Poulain, avec du jus de rhubarbe et de pommes bio.
Demain, c’est les élections. On aura tout juste le temps de rentrer à la maison, pour voter. On reprend, demain, le travail à 10h et on finit à 16h. Les bureaux de vote ferment à 19h. D’ici à Fresnicourt, il faut compter une heure et demi de voiture. Il est rare que nous finissions pile à l’heure.
Ça prend forme. C’est un grand plaisir de voir les scènes et les personnages éclore. Dans la densité, le sens, l’émotion. Dans la forme et la personnalité de chacun. Ça prend du temps et ça demande beaucoup d’énergie mais c’est réjouissant. Cette journée de recherche fut particulièrement intense.
Mathilde de l’équipe du Channel nous donne un bon coup de main et fait bien attention à ce que tout puisse se faire et être fait dans les limites du temps qu’il nous reste, pour fabriquer le spectacle, qui s’appelle, on y vient à pied, comme dans la chanson de Maxime L.

qu’il est loin le temps devant nous

Ce soir, Calais. Pour trois jours. Et revenir, dimanche, voter à Fresnicourt puisque les bureaux de vote dans les petites communes, cette année, sont ouverts jusqu’à 19 heures. Trois jours à Calais sur l’utopie (deux nuits à Calais sans Georges). Avant d’aller à l’hôpital psychiatrique d’Etampes. Pour une semaine. Dans le cadre de notre association avec la scène nationale de l’Agora. L’objectif, cette fois, est de réaliser un travail de cocréation avec les patients et les habitants d’Etampes sur le lien qu’entretient la ville avec l’hôpital et inversement. Calais, le vote, l’hôpital et la ville, trois sujets qui concernent l’utopie. Qu’il faudrait développer, ensemble ou indépendamment même si par la force des choses nous allons vivre tout cela en quasi simultanéité ! Avec la volonté de changer le monde comme dirait Marx et de changer la vie comme dirait Rimbaud !

Tous à Torremolinos (à reprendre en chorale en écoutant Stella)

Aujourd’hui, bureau, pour finir la préparation de Calais. On a avancé, mais ça n’est pas vraiment prêt encore.
Le retour de Villeneuve les Avignon fut rapide.
Je me souviens d’un hôtel aux Angles (en périphérie d’Avignon) ; nous y logions tous les étés, à la grande période du Ballatum, avant l’éclatement de celui-ci. A chaque festival d’Avigon. Dans ces années-là, Stanislas Nordey avait présenté les Ailes du Dragon d’après Hervé Guibert. C’était majestueux. On voulait faire pareil, au Ballatum. Après tout a changé. Jusqu’au déchirement.
C’était une sacrée divergence politique. Une partie du Ballatum est restée avec Eric Lacascade et l’autre est revenue dans le Pas de Calais. Un sacré coup de massue. On ne s’en est jamais remis complètement, à vrai dire. C’est complexe, comme dirait Nathalie Besançon de Tulle, on n’est jamais aussi heureux ou aussi malheureux qu’on le croit. La question qui se pose, c’est celle de l’existence, de l’amour et de la politique ; l’amour ne s’embarrasse pas de la durée mais de l’instant et de l’éternité et la tragédie aujourd’hui, c’est la politique. Comment a-t-on pu, politiquement, se sentir, pendant des années, au Ballatum Théâtre, si peu concerné ? Nathalie B. a raison, c’est très complexe. La confusion de l’amour s’était mêlée à la complexité de l’engagement politique. 

je vois des vents vermeils briller par la mer des branchages

Le mistral par rafales à 110 km/h. On est à Villeneuve les Avignon pour des lectures de No Border. On n’avait jamais visité les cellules d’écrivain-es. C’est impressionnant, toutes ces vieilles pierres. Un pays où tout le temps naviguent des touristes du monde entier. On loge à l’hôtel de l’Atelier en face de la Chartreuse, blindé de visiteurs. L’hôtel est habité par un magnifique chat marron qui dirige son beau monde d’une main de maître. Chambre 40, qui donne  sur le patio. Les arbres sont secoués comme des pruniers.

les cloches ont ramené le chocolat dans la nuit sur le terrain de football

On est sur le point de quitter le Pas de Calais, pour se rendre à Villeneuve les Avignon, pour travailler sur No Border, avec N. Prugnard. Pour quelques jours, avant d’enchaîner avec la Fabbrika au Channel de Calais et d’aller voter dimanche, pour Philippe Poutou, et puis de filer à Etampes, à l’H.P. On a passé une bonne partie de la journée à courir, à travers champs et à travailler sur la construction du spectacle, on y vient à pied, qu’on va présenter à Calais au mois de mai.
Mes camarades de la compagnie sont allés voir le spectacle joué par les ouvrières de Samsonite, sur l’histoire des salarié-e-s, depuis la fermeture scandaleuse de cette usine. Succès total. Les spectateurs ont fait une ovation debout à l’équipe du spectacle.
Demain à l’heure qu’il est, on aura pris nos quartiers à Villeneuve les Avignon à l’hôtel de l’ Atelier. Il n’y avait plus de place à la Chartreuse, à moins de dormir sur un lit superposé dans une cellule de groupe. Bon, on nous a dit, soit le lit superposé, soit l’hôtel. Ne pas oublier de réserver un taxi avant de partir, demain matin car le dimanche de Pâques, personne ne peut venir nous prendre à la gare TGV. Peut-être qu’on fera le chemin à pied. Nunc est pede liberar pulsanda tellus.

Saint Lugle et Saint Luglien

Un week end un peu plus long que d’habitude qui permettra à certains d’entre nous de récupérer un peu. Si on veut prendre soin des autres, faut bien qu’on prenne un peu soin de nous, sinon ça ne peut pas marcher. Genre flâner au grand air, dans un bois ou sur des chemins cavaliers (là où il y avait les chemins de fer des mines). Aller jusqu’à Hurionville ou Burbure. Passer par Ferfay, cité 3.  Et par le terril du 2, tout couvert d’arbres. Des chênes et encore quelques boulots. L’autre jour, en Corrèze, après la Brique, on a rencontré des spectateurs qui connaissaient parfaitement cet endroit du Pas de Calais. Ils habitaient dans le temps, à Lillers (à 7 kms de Ferfay cité 3). Ils connaissaient parfaitement le café théâtre de l’Abattoir dont on parle dans la Brique. Ils ont quitté la région, il y a une dizaine d’années, ils y reviennent de temps en temps, mais, nous disaient-ils, pas plus de 2 jours. Ça nous a blessés, forcément, on est tellement attaché à ce territoire. Tout à l’heure en marchant, dans la vallée de la Scyrendale, on a eu de la chance, les branches des arbres nous ont fait une haie d’honneur tout au long du chemin.

Pas de Céline Dion au bureau

Ouais, ben ouais ! Tous les jours, on va au 11/19, ach’ bureau ! Y a toudis du monde qui passe. Bientôt, on va avoir les commissaires aux comptes au bureau, alors on a installé deux grandes tables supplémentaires et remis la porte entre l’administration et la production. Pour que tout le monde puisse se concentrer sur son taf. C’est Christophe qui s’occupe de tout ça. On s’est réuni pour parler de la saison, de la saison prochaine. Y est temps. On a la tête dans le guidon en permanence, ça fait qu’on n’a plus le temps de voir venir. On est en vadrouille une semaine sur deux. Sur des actions différentes. T’en as même qui reprennent le train le dimanche de Pâques pour l’autre bout de la France. Avant Calais d’un côté et l’hôpital psychiatrique B.D à Étampes, dans l’Essonne, d’un autre côté. Et demain réunion au sommet sur Éperlecques, le spectacle de Lucien Fradin. Pour Avignon. On a déjà sorti le tract. C’est beau, c’est coloré. Marie S. a super mal à l’épaule. On était inquiet mais d’après le rhumatologue, aux dernières nouvelles, pas de panique, ça va passer, si elle prend soin d’elle. Et c’est important. On finirait par oublier qu’on n’est pas des machines.

Henri Laborit : Éloge de la fuite

Ainsi, l’homme des sociétés industrielles va enseigner à ses enfants, et d’autant plus parfois qu’il a souffert lui-même de sa soumission aux hiérarchies, qu’il est situé plus bas sur leurs échelles, à s’élever sur celles-ci. Il est évidemment facile pour un enfant de bourgeois et qui le demeure lui-même, de critiquer ce comportement, alors que tout son environnement lui a facilité son accession à un pouvoir relatif. De même, l’absence d’indépendance économique dans un société complètement organisée sur la valeur économique des individus, ne peut-être non plus considérée comme un facteur favorisant le bonheur. Comment se regarder soi-même avec un certaine tendresse, si les autres ne vous apprécient qu’à travers le prisme déformant de votre ascension sociale, lorsque cette ascension n’a pas dépassé les premières marches ? Comment peut-on parler d’égalité quand le pouvoir, qui crée les inégalités de toutes les espèces, s’acquiert par l’efficacité dans la production, la gestion et la vente des marchandises ?