Faire un duo avec une artiste plasticienne qui illustrerait mon histoire en live, qui retracerait les parcours, les chemins, les obstacles, les espaces, les avancées, les reculs, qui reviendrait sur les moments de bonheur et de détresse de la vie d’une très petite entreprise : une compagnie de théâtre.

Et moi qui raconterait cette chance d’avoir fait ce métier, les recherches, les cours de cœur, les désespoirs, les impasses sociologiques, philosophiques, morales, artistiques et la force des questionnements, des raisonnements, des discussions collectives et toutes ces années d’errance, de rencontres dans les quartiers populaires pour trouver le lien, l’empathie, ce qui élève et nous grandit, ce qui fait le travail d’une ou de plusieurs vies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Enivrez-vous !
Mais de quoi ? De vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.  » Baudelaire

 Souvenirs ….

Un jour, j’étais avec Hamid Ben Mahi, à Mostaganem en Algérie pour travailler sur le spectacle qu’on allait présenter à Avignon,Faut qu’on parle, c’était chaud, cette aventure là. Qu’est qu’on a casqué ! Comme on dijot dins ches corons ! (On reviendra dessus par la suite). Je dis à Hamid, puisque on a une journée off, je vais aller à Bou Sfar, près d’Oran, voir la tombe de Kader et m’y recueillir. Hamid était persuadé que je n’y arriverai, parce que, comment dire, j’étais en Algérie et pas en France. Pour Hamid je n’étais pas en mesure de trouver la tombe de Kader parce que les cimetières en Algérie sont disposés très différemment des cimetières français. Je me suis dit, qu’importe, si je ne trouve pas, j’aurais au moins essayé. C’était sans compter sur le président de l’association du théâtre, la vague, qui décida de m’emmener à Bou Sfar, au cimetière.
On est donc parti, un matin très tôt, on était à plusieurs centaines de kilomètres  d’Oran. Il y avait M. Omar El Barfi, sa femme et Martine Cendre. Il pleuvait comme jamais. Des trombes d’eau. Au cimetière, on a été accueilli par le responsable du lieu qui nous offert un thé, et précisément expliqué l’endroit où se trouvait Kader. Comme un fait exprès la pluie redoublait de vigueur, on n’y voyait rien, on avait un mal fou à se repérer. On a cherché longtemps. Mme Omar El Barfi était trempée jusqu’aux os. Je suis allé plusieurs fois vers elle pour la remercier grandement et pour lui demander de se mettre à l’abri. Sous la pluie qui ruisselait sur ce visage extraordinaire, sous son voile, elle me répondait que ça n’était rien et qu’il fallait continuer à chercher. Nous étions tous dispersés dans le cimetière quand dans la brume, elle nous a appelés, en faisant des grands signes. Elle avait mis la main sur Kader. Nous nous sommes rejoints autour de la tombe. M. et Mme O. El Barfi ont fait une brève prière en arabe et ils nous ont laissé ave Kader. J’ai pris des cailloux rouges sur sa tombe que j’ai glissés dans ma poche. On est resté là, un temps puis on a rejoint nos amis dans leur voiture qui nous ont emmenés nous réchauffer dans un café à Oran. Quand je leur ai dit, dîtes moi ce que je vous dois, je veux partager les frais de ce voyage ? Ils ont échangé quelques mots en arabe, et m’ont dit « rien du tout, vous nous avez montrés que l’amitié, ça existait vraiment ». Quand t’as vécu ça, min tiot-e-, en restant digne, mais quand même, tu peux mourir à ton tour ou passer le reste de ta vie à méditer ce qui vient de t’arriver. C’est ce que je compte faire dans ce spectacle, qu’on pourrait, parce que Kader et moi on aimait Les Pink Flod, James Brown et Gérard le Normand, Wish you were here.
Et puis le jour où je me suis dit, à Shoppy à Liévin, sur la place de la plus grande pharmacie du monde, la pharmacie des terrils, c’est un beau jour et un bel endroit pour mourir. J’étais en train de faire des courses pour mes camarades Veilleur-e-s qui dansaient sur le toit d’un camion sur la place devant un nombre plus que restreint de spectateurs. Je les voyais à travers la vitrine du magasin. J’ai eu à cet instant la sensation de quelque chose d’infiniment beau, insensé et éternel.

Et puis….

Ce projet n'a pas de représentation à venir.

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Mise en scène : Guy Alloucherie
Artiste plasticienne : Marie Bouts
Marie Bouts, artiste plasticienne, s’occupe généralement à récolter des histoires auprès des gens.
Elle en fait ensuite des livres ou des performances qui contiennent du texte (des paroles) du dessin et de la photo.

Regard extérieur : Martine Cendre
Martine Cendre a été complice de toutes les créations de la Cie HVDZ, comédienne, assistante à la mise en scène, dramaturge, création de bande son. Elle a participé à toutes les veillées et portraits, rencontres filmées, montage vidéo des interviews pour la diffusion. Elle a d’autre part travaillé avec un groupe de femmes victimes de violences conjugales sur l’écriture et les témoignages avec la collaboration  de HVDZ, le SIRA et mouvement et partage dans le douaisis.

Elle met en scène un spectacle regroupant des chercheurs et danseurs acrobates sur le thème des migrants au sein d’une jeune compagnie.

Production : Compagnie HVDZ

Coproducteurs :  Culture Commune, Scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, MC93, CDOI LE grand Marché, Théâtre de l’Agora, Scène nationale d’Evry et de l’Essonne, (en cours)