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Pas d'histoire. Juste un spectacle. Comme un espace à jouer.
Un lieu où prendre la parole. Cirque - théâtre - danse
Onze artistes, acrobates, danseurs réunis pour l'occasion.
Comme au cirque avec un présentateur un peu particulier.
C'est spectaculaire comme au cirque. C'est dangereux comme au cirque.
Un état des lieux. Un lieu à risques. Un terrain miné.
Des artistes confrontés à l'écho du monde, au cour d'une nouvelle guerre mondiale, celle du néolibéralisme.

Un spectacle-bilan. État des lieux. Voici "les Sublimes".
C'est un temps de travail suspendu.
Le tout a vu le jour, au 11/19, sur un ancien carreau de mine, haut lieu de production de richesses, de profit économique et d'exploitation ouvrière. Dans un endroit particulier du site, la salle des pendus, là où les mineurs venaient accrocher leurs vêtements avant de descendre au fond.

Les "Sublimes", c'est un spectacle sur l'économie et le physique.
Le physique et le politique. Le lieu, le 11/19, nous a entraînés vers ça. C'est ça. Au fond, c'est pour ça qu'on fait "les Sublimes".
Être sur un carreau de fosse, un lieu industriel. Ça travaille, comme on dit. C'est à dire que ça ne laisse pas indifférent.
Les murs vivent et nous disent de témoigner ou de prendre en charge, du moins de ne pas ignorer que ce lieu ouvert à l'art par la volonté de nouveaux militants est celui de la classe ouvrière, des luttes, des grèves, des catastrophes, de la silicose, du travail.
Donc, à un moment ou un autre, ce lieu qui représentait la grande industrie capitaliste et paternaliste issue des grandes exploitations du XIXème siècle (aujourd'hui transformée en néolibéralisme et mondialisation) nous dicte la nécessité d'un art réaliste, de celui qui dénonce et prend parti.

On est dans une forme de théâtre particulier, comme au music-hall. On est dans une friche, c'est ça que raconte le spectacle . Et on invite les spectateurs à prendre le pouls de nos répétitions.
Sur ce carreau de mine, on a mis en route de nouveaux ateliers où les corps sont bousculés, mis en danger. Sur le carreau de mine, le lieu de nos répétitions, il y a un bruit de fond, tout le temps, comme un bruit d'usine, des prises de parole, des coups de gueule, des témoignages. On vient voir « les Sublimes » comme on visite le carreau de mine en activité, ça brasse de toutes parts. On travaille pour produire.un spectacle de cirque-danse-théâtre. Ça semble dérisoire par rapport à ce qui se faisait ici avant mais il faut continuer.

Trop de vies se sont arrêtées à cause des mines. Une histoire dangereuse comme un passé qui vous claque à la figure. Un lieu hautement risqué, sacrément dangereux qui peut vous tomber dessus à chaque instant. Un lieu où il faut rendre des comptes. C'est à dire raconter, dénoncer en travaillant, adapter la forme au fond, le fond à la forme. Quoi ! Ce n'est pas par hasard si on est là. C'est comme un lieu qui impose qu'on résiste, qu'on se batte.

Guy Alloucherie - décembre 2002


Le corps dans tous ses états, le corps à l'épreuve.
Résultat d'une série de tentatives, d'essais, d'improvisations.
Artistes québécois et français réunis dans un spectacle sur l'épuisement. Comme on dit aller jusqu'au bout ! Spectacle engagé.
Partir d'un groupe d'individus, c'est parier sur la rencontre.
Si histoire il y a, elle naît du groupe.

Prendre le risque du poème et de l'éphémère
On se frotte à la matière, le sang et la terre.
Certaines scènes pourraient heurter les sensibilités - cette fois on y échappe pas - on est déjà allés trop loin, on ne peut plus reculer.
Faut prendre le risque de l'affrontement, le risque de tout retourner.
Aller à la folie - parler de ça justement.
S'arrêter. Nous désorienter nous-même.
Se mettre à nu pour nous éprouver.
Faut bouger. Impossible d'en rester là où on est.
Sonder de nouveaux espaces pour nous perdre, pour reprendre goût.
On va réinventer ce qu'on fait.
Ça ne suffit pas - ça ne suffira jamais.
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Aller sur ce spectacle comme on passe à l'attaque.

En demander beaucoup aux gens, aux artistes.
On est tous des funambules.
Un coup de folie, comme une transe. Comme avoir du mal à se maîtriser.
C'est difficile de savoir ce que veut dire aller plus loin.
On va vers ce qu'on redoute - point.
Un spectacle comme une fête rituelle - c'est ça.
C'est un peu comme si on se réinventait nos rituels
avec le sang, avec la terre.
Comme un besoin de ça,
pour ébranler nos certitudes - si tant est qu'on en ait.
Se servir du cirque, de la danse, du théâtre
pour cette cruauté du spectacle comme un sacrifice - c'est ça.

Guy Alloucherie - mai 2002



LES SUBLI MES - à posteriori
Entretien entre Guy Alloucherie et Claudine Boulet - mai 2003


Comment sont nés "Les Sublimes" ?


"Les Sublimes", c'est une longue histoire, le résultat d'un ensemble de recherches artistiques, d'expérimentations, de chantiers menés depuis 1998.

Depuis la création de la compagnie H.V.D.Z et notre arrivée à la Fabrique sur le site du 11/19, à Loos-en-Gohelle, nous avons cherché à faire coïncider recherche artistique et action culturelle, nous avons cherché ce qui pourrait mêler notre engagement militant et les spectacles de la compagnie. Cela touchait au fond et à la forme de nos spectacles. L'envie était forte et le besoin indispensable de parler du monde d'aujourd'hui.

Notre présence au 11/19 aux côtés de Culture Commune dont l'un des principes de base est le travail sur la mémoire du bassin minier, nous a incités à aller à la rencontre des habitants, à travailler à partir de leur parole. Pour bien situer l'endroit, le site se trouve sur une ligne qui va de l'usine Metaleurop jusqu'à Sangatte en passant par les anciennes usines Levi's à La Bassée. Nous avons mené de nombreux travaux en lien avec les populations de l'ex-bassin minier du Pas-de-Calais : stages, séminaires où se sont rencontrés les acteurs de la compagnie et les gens des quartiers.

C'est aussi une envie de parler du monde d'aujourd'hui qui a motivé la création des Sublimes, une envie de prendre position contre la pensée unique et le capitalisme qui comme le prédisait Marx en arrive à son stade ultime, n'ayant plus de compte à rendre qu'à lui-même, en continuant à exploiter des millions de gens à travers le monde au profit d'une minorité de spéculateurs sans scrupule. Avec les armes dont nous disposons : le cirque, le théâtre, la danse, la vidéo.

Ce qui motive la création des Sublimes, c'est aussi le fait d'être au 11/19, sur un ancien site minier : ça travaille nécessairement, ça travaille. Et tous les artistes qui viennent y travailler : j'ai tout particulièrement été sensible à la création de 501 Blues mis en scène par Bruno Lajara avec des anciennes ouvrières de l'usine Levi's de La Bassée qui racontent comment elles ont été, du jour au lendemain jetées à la rue après dix, vingt, vingt cinq ans de bons et loyaux services rendus à l'entreprise, acculées au désespoir, à l'humiliation, pire au suicide. Et un autre travail : KompleX KapharnaüM, une compagnie de théâtre de rue qui utilise la vidéo. Ils filment les habitants des quartiers et projettent ces images sur des façades d'immeubles au cours de spectacles déambulatoires qui entraînent les spectateurs jusqu'aux centres des villes.


Pouvez-vous nous en dire plus sur les chantiers artistiques qui conduisent jusqu'aux Sublimes ?

"Les Sublimes", c'est le résultat de nombreuses expériences menées au cours de l'année 2002, qui ont pour la plupart eu lieu à la Fabrique.

Après la mise en scène de deux spectacles de cirque qui réunissaient exclusivement des acrobates, du Cirque désaccordé et de la Compagnie de cirque Anomalie, dont les proposétaient plutôt existentialistes, la question s'est posée de savoir comment continuer, comment parler du monde autrement, de façon plus radicale. Cela impliquait que nous élargissions nos points de vue et de nous allier d'autres partenaires au-delà du domaine purement circassien.

Nous avions mis en place un stage de recherche en collaboration avec Les Chantiers Nomades. Ce stage intitulé « prendre le risque du poème et de l'éphémère » a été délibérément ouvert à des interprètes de différentes disciplines et d'horizons sociaux différents, d'âges différents. Au bout de quelques heures d'improvisation autour de nos thèmes favoris, essentiellement existentiels, nous nous sommes rendus compte que les gens se regroupaient en fonction de leurs aptitudes physiques et ne communiquaient pas. Il nous fallait trouver quelque chose qui réunirait le groupe et donnerait à chacun la pleine possibilité de s'exprimer.
La proposition fut alors faite par Marie Letellier, chorégraphe de la compagnie (qui a fait partie de groupes de performers, de plasticiens performers s'intéressant aux expériences d'Orlan ou d'Hermann Nitsch, activiste autrichien.) de recentrer notre recherche sur le corps, le corps dans tous ses états. Nous avons réuni sur le sujet une abondante documentation que nous avons proposée aux stagiaires et en particulier tout ce qui de près ou de loin touchait au body art. Et ce fut comme un coup de folie, comme une libération comme dans ce fameux film de Lars von Trier : Les Idiots. Tout était permis. C'est devenu une expérience extrême où sont apparues des images impressionnantes dont certaines sont reprises dans Les Sublimes. Pas tout, car nous étions allés très loin.


En quoi cette expérience vous a-t-elle permis d'avancer dans votre recherche ?

L'exigence artistique, la découverte d'une nouvelle forme artistique ! Ce que nous avions expérimenté là nous excitait. Un peu comme si nous nous étions autorisés ce que jusque là nous n'avions pas osé, même si on ne nous attendait absolument pas sur ce terrain là.
Et c'est un moment de rupture avec les précédents spectacles de cirque. Cela répondait à l'objectif que nous nous étions fixés, de lâcher une certaine forme de cirque trop liée à la performance sportive en conservant les éléments du cirque, les agrès, les techniques, les acrobates mais en détournant tout cela au profit d'une forme plus plastique et plus subversive.
Une forme qui réunissait sur la scène des corps de différents gabarits, d'âges différents, un corps plus universel et à la fois plus quotidien. On se rapprochait davantage de la vie.


Comment passe-t-on du body art à la critique du capitalisme selon Marx ?

Très simplement. Non, je plaisante.Nous avions prévu un autre laboratoire, une autre recherche. Celle-ci concernait le parcours de la compagnie au travers des spectacles de la compagnie au cour de son implantation dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Nous avons mené cette expérience avec Martine Cendre, dramaturge et conceptrice sonore, Marie Letellier, chorégraphe, Sophie Oswald, cinéaste et moi-même. Pour ce nouvel essai, j'avais écrit des textes sur mon enfance dans les corons, ma découverte du monde théâtral et le fossé qui sépare ou éloigne le théâtre du monde ouvrier. Cette nouvelle recherche, nous l'avons appelée « Inventaires ». On est parti de la question du lien entre les spectacles que nous créons et l'endroit où nous travaillons. Concrètement on s'est servi d'images, de vidéos, de photos archivées par la compagnie comme un témoignage d'une histoire en train de se faire, un parcours artistique en évolution. Et nous sommes allés en reportage dans les bistrots du quartier pour capter la vie autour de nous.
On s'est demandé : qu'est-ce qui fait que la compagnie crée ces spectacles-là, de cette manière-là, à cet endroit-là ? Quel est le lien ? Pourquoi on se retrouve à faire ce qu'onfait au milieu des corons ? Est-ce que c'est purement du hasard, est-ce que c'est une nécessité ?
On n'attendait pas nécessairement des réponses, mais on voulait voir comment objectivement on pouvait rendre ça.
Comme toujours ce travail a été suivi d'une présentation publique. Pour ces présentations sont principalement conviés les publics des quartiers du 11/19. Cela nous permet d'aller à la rencontre des publics et d'instaurer un dialogue. Cela permet aux gens de suivre l'évolution du travail et d'être dans une attitude moins consumériste vis à vis des spectacles. Cela nous le pratiquons depuis que nous sommes sur le site. Les réactions du public nous permettent par ailleurs d'approfondir nos réflexions et nos propositions.

Au résultat, on a donc la réalisation d'une performance vidéo et texte : sur deux des murs d'un des studios du11/19, on projette des images de nos spectacles et des images du quartier, et faisant partie de l'installation, j'interviens comme un récitant face à un pupitre où je dis ma vie dans les corons. Dans les textes j'insiste plus particulièrement sur la présence forte et révolutionnaire du parti communiste auquel appartenaient de très nombreux mineurs dont un de mes oncles qui fut déporté à Dachau.


Y-a-t-il d'autres spectacles qui mènent à la création des "Sublimes" ?

Tout à fait. Nous avons réalisé deux autres spectacles à peu près dans le même temps, qu'on pourrait qualifier de spectacle-portraits, l'un "J'm'excuse" interprété par Kader Baraka avec là-aussi une forte présence de la vidéo et un autre : "Martine ou Clown littéraire avec élastique", interprété par Martine cendre, qui comprend toute une partie de danse acrobatique. Ces deux spectacles sont écrits à partir de la vie de Kader Baraka et Martine Cendre. Ces deux productions traitent de l'engagement militant dans le spectacle vivant.


Qu'est-ce qui fait la différence entre ces travaux (spectacles, performances, laboratoires) et "Les Sublimes" ?


Ce n'est pas tant la différence que le prolongement qui est en jeu. Nous nous sommes rendus compte que nous avions fabriqué jusqu'alors deux types de spectacles au sein de l'ensemble de notre démarche : les gros spectacles qui étaient les plus connus de la compagnie - les spectacles de cirque - et les formes plus légères où l'engagement politique était la raison même de ces réalisations. A cela venait s'ajouter le travail sur le body art mené au cours de l'atelier "Prendre le risque du poème et de l'éphémère".
Les Sublimes agissent comme un travail de synthèse de ces différentes recherches, aussi bien dans l'idée qui gouverne le projet que dans la distribution des interprètes du spectacle. Dans "Les Sublimes" , les différents médias utilisés interagissent à plusieurs niveaux. Les concepteurs ont agi en simultanéité, au jour le jour. Toutes les propositions sont archivées et différents montages sont proposés où la vidéo, les textes, la danse, le son, les acrobaties, les images sont compactés, retravaillés, mixés. D'abord cela se construit au hasard et par la suite tout se démonte et se reconstruit en fonction du sens et d'une certaine vision du monde.
Dans un dossier qui présente le spectacle j'ai écrit : "Les Sublimes, c'est un spectacle sur l'économie et le physique, le physique et le politique. Trop de vies se sont arrêtées à cause des mines. Une histoire dangereuse comme un passé qui vous claque à la figure. Des artistes confrontés à l'écho du monde, au cour d'une nouvelle guerre mondiale, celle du néolibéralisme".

 

 

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